dimanche 16 janvier 2011

Barn Owl



Débutons l'année avec fracas sur un drone élégiaque, une cathédrale sonore, un shoegaze électrique brulant à des années lumière de l'écorce terrestre.
Le métal enragé sonne dès la première note « sundown » et envoie l'album directement dans les hautes sphères. Luxuriant, le drone s'allonge en doux vrombissement jusqu'à la pause finger picking familier à Ben Chasny : « cavern hymne ». Courte accalmie puisque le pH regrimpe en flèche sur « flatlands » et le souffle incandescent rebrule les yeux. « twilight » transfère la nappe vers un piano, un autre drone inventé par Keith Jarrett dans ses moments les plus abandonnés, et tout flotte désintégré.
Le planant et le vent musicale allongent les notes et les morceaux, la particularité de Barn Owl est aussi de proposer des plages drone courte avec la même densité : « incantation »(1min30). « light from the mesa » est un final majestueux.
Une très haute dimension s'est emparée de Barn Owl depuis qu'il a posé ses guitares chez Thrill Jockey, un son pastoral, une autre échelle sonore tétanisante, laissant leur profonde intimité invisible chez Digitalis avec « From our mouths a perpetual light » en 2008, ou sur les deux projets solo des deux membres de Barn Owl: « Psychic mud shrine » d'Evan Caminiti 2009, et « Nemcatacoa » de Elm (jon porras). Thrill Jockey innove ici avec l'hébergement de son premier souffle solaire torride et vivifiant.
Barn Owl 2010 "Ancestral star" label : thrill jockey
Chronique Multi-média ici.

jeudi 13 janvier 2011

The Black Heart Procession et autres canassons



Cascadeur, comme les Daft Punk, se coiffent d'un casque de moto pour faire de la musique, Oslo Telescopic quant à eux ont préféré se bander le crâne pour apparaître au grand jour. D'autres dissimulent leurs tètes dans des tronches équestres comme pour arborer d'énormes gueules de bois.
Mes deux petits chevaux de bois préférés sentent effectivement l'alcool fort, la murge et on reprendrait bien un dernier verre avec eux.


Mark Linkous s'est perdu dans l'excès à maintes reprises jusqu'à disparaître en laissant un monument posthume dans le plus grand désordre. Vivant sur la toile, c'est un fois parti très loin que la dernière galette de Sparklehorse est apparue physiquement dans les bacs. « Dark night of the soul » comme une préméditation, laisse un bouquet final extraordinaire en compagnie de l'omniprésent Danger Mouse et d'une pléthore de voix pour une gigantesque réunion artistique. Mais comme pas mal d'aficionados, « It's a wonderful life » fut indéniablement l'incontournable disque de chevet... à l'époque où il dissimulait encore sa calebasse derrière une crinière.

Sparklehorse 2009 « Dark night ofthe soul » label : internet



Encore plus profond dans les abysses ténébreux d'un rock nocturne, Black Heart Procession ont sorti en 2010 leur sixième album et leur retour fracassant chez Temporary Residence (touch and go ont désormais disparu). Je me souviens encore de cet étourdissante apparition en 99 avec « 2 », notre canasson jouait de la trompette, et les chauve-souris rouges voltigeaient sur fond noir. Une voix à faire pâlir Bill Callahan dansant avec un accordéon et une scie.
« Rats » en 2010 a avoiné mon cerveau en rock toxique pour mieux braver le tumulte misanthrope du trafic qui nous plaque, asphyxié. Quelle gueule de bois ce disque, quel retour, quel galop surréaliste. Et pourtant ça débute comme une berceuse pennsylvanienne, tendre et comateuse avec des violons ajoutés. « Wasteland » reprend le flambeau d'un Tom Waits diabolisé. « Witching Stone » calme le jeu avec un morceau pop au gimmick pianistique. « Heaven and Hell » est là à point nommé dissertant sur l'avenir et le passé du groupe. « drugs » encore une berceuse pieuse avec la lenteur d'une nuit sans bruit, ni vent où viennent se ruer quelques cœurs volants, des zèbres fantômes et des lunes anthracites. J'ai le nouveau foin des Black Heart Procession entre les mains, ce retour noctambule m'enchante et me ramène à « 2 » et « three » mes errances d'alors.
Black Heart Procession 2010 « six » label:temporary residence.




Quant au chevaux de pochettes, il y a quelques disques excellents dont lesauteurs n'ont osé se coiffer de crinière mais:
SOY UN CABALLO (excellent folk intime, ouaté, carrefour artistique : melon galia, venus, morning star, high llamas); BOB SEGER et son imparable « against the wind » (mon premier essai peinture en reproduction), Alex Delivery (plus expérimental en son) et The Besnard Lake (le shoegaze pastoral qu'on leur connais) chez Jagjaguwar; Flowers from the man who shot your cousin en 2006 (ruminant eux aussi des balades à l'état pur, proche de Roger Quigley cette fois-ci).
Tous ces disques équestres ont un espace démesuré, et sont absolument recommandés.
Bob Seger 1982 « against the wind » label : colubia.
Alex Delivery 2007 « star destroyer » label : jagjaguwar
The Besnard Lakes 2007 « the besnard lakes are the dark horse » label : jagjaguwar
Flower from the man who shot your cousin 2006 « hapless » label : waterhouse
Soy un Caballo 2006 "soy un caballo" label:matamore

dimanche 9 janvier 2011

Heligoland / AubeL / Chloë & the Lonesome Cowboy

La récompense quand on diffuse quelques mots sur la musique qui nous tient à cœur c'est les retours, les témoignages d'artistes en tout genre, ceux qui font la musique, les auteurs eux même. Je veux donc commencer l'année par trois entités artistiques indépendantes qui se baladent sur les ondes et viennent yeuter chez moi à l'occasion, sur nos ondes de la toile musicale. Je prends bien volontiers les liens offerts, qu'ils soient à téléchargement, au streaming, ou à l'envoi physique du cd qui m'enchante (oui il faut que je touche), j'écoute et je remercie sincèrement.
Le point commun de ses trois artistes prometteurs c'est l'extraordinaire voix qui transporte les compositions.

Chloe and the lonesome cowboy

Moriarty lançait sa voix en pâture aux cordes acoustiques qui l'entouraient, Chloë, dans une même absence d'électricité instrumentale jette son gosier à son cowboy guitariste qui épouse à merveille.
« Right at the Sun » est le premier mini-album complètement auto-produit et divulgué par l'intermédiaire des ondes internet..complètement pas distribué ici dans nos contrées.
Faire table rase du passé artistique tout en gardant l'envie de repartir à zéro, une polyvalence musicale sans conteste et une intimité qu'ils partagent sur scène (grosse actualité à suivre). Guettons du côté de Bruxelles cette révélation qui gronde, avoir l'espoir de voir surgir un album histoire de concrétiser cette entrée fracassante dans la pop de qualité.
Très belle chronique chez Saab ici...un blog riche de découvertes à visiter.

Chloë & The Lonesome Cowboy : 2010 «right at the sun »
www.myspace.com/chloeandthelonesomecowboy
http://vi.be/chloeandthelonesomecowboy





Heligoland.

Dans la vielle langue germanique, « heligoland » veut dire « terre sacrée ». Il suffit de se laisser porter par les guitares claires pour deviner la couleur des matins frais planant au dessus de contrées vierges, car ce disque est loin d'être crépusculaire, il est matinal, une envolée lumineuse sous de grands vents frais. La voix haute, tremblante, puissante et délicate de Karen est au centre de tout comme un hymne à ce vaste paysage.
Ce quatuor australien résident à Paris depuis 2007 a déjà joué avec The Zephyrs sur scène, et ce n'est pas un hasard, les mêmes nappes d'éther soulèvent les arpèges d'une guitare qui sonne comme Piano Magic. Une vague idée lointaine d'un post rock progressif rappelant quelques plages de Porcupine Tree dans ses phases les plus douces et Song of Green Pheasant.
Le tout est produit par Robin Guthrie, un premier album pastoral aux références déjà gonflées à bloc et on ressort de ce voyage féérique complètement engourdi de délicatesse, étourdi d'oxygène et de fraicheur. La chronique multi-média ici.

Heligoland 2010 « all your ships are whisle » label : commission45
http://www.heligoland.org/
www.myspace.com/heligoland
http://www.heligoland.bandcamp.com/


AubeL

Autre perfection vocale, celle de Aube, mais sur les ailes de Godspeed You Black Emperor cette fois-ci. L'organe pulse dans des vrombissements plaquant un post rock proche d'Acétate Zéro. Tantôt explosive sur des nappes de guitares saturées, tantôt sombre grave et belle distillant des balades gothico-folk ambiante (« song for your silence ») rappelant ici Thalia Zedek, Elizabeth Vajavic là, tout cet univers unique bien à elle pourrait faire une halte du côté de chez Constellation pour communier.
Perso, puisque « la musique est écrite par et pour l'être humain », je dévide toute mon ressentiment sur « fade into the moon » comme un flamenco sombre et poétique que Dominique A pourrait entonner...un sommet, un recueillement. Quant à « I don't care », je rends les armes et pose l'autre genou à terre...une vitrine fidèle de son univers, une bouleversante mise en bouche pour effleurer en chair de poule lacrymale l'univers d'AubeL.
AubeL 2010 "souls to the wind"


La chronique multi-média ici.


Chloë, Karen et Aube... trois entités vocales pour une même idée, revendiquer la musique qui les habille chacune dans des paysages différents sur des terres sacrées quelles soient arides, électriques, pures ou tempérées.

mercredi 5 janvier 2011

Les années 2000 : 50 albums






























Faire un bilan sur une année reste un exercice assez difficile mais avec la largesse de pouvoir être évasif voire excessif (je dis ça pour me rassurer). Une règle de trois offrirait le loisir de choisir 500 albums pour une décennie.
Profitant de l'élan de la synthèse 2010, je propose ici les 50 albums qui ont marqués mes écoutes 2000/2009 et laissé des traces indélébiles à coup sûr.
Autant le recul sur un an risque de se modifier avec le temps, autant sur une décennie, l'aveu reste plus ferme, bétonné. Après le best 2010, le best de la décennie qui la précède, comme un cv musical en tant que témoin émotif, pour me dévoiler un peu plus, toujours dans le désordre, 10 ans de musique:


Alain Bashung « l'imprudence » 2002 : à coup sûr au dessus de tout (avec l'album Remué de Dominique A en 1999, et Melody Nelson 1969... ma trilogie infernale) quelques semaines de dépression en cadeau.
Goldfrapp « felt mountain » 2000 : énorme album, le seul du groupe que j'écoute d'ailleurs.
P J Harvey « white chalk » 2007 : j'ai des frissons rien qu'à regarder la pochette et à écrire ces mots.
Esmerine « if only a sweet surrender to the nights to come be true » 2001 : l'album musique contemporaine par excellence, des membres du collectif de Constellation chez Resonnant records maintenant disparu.
Smog « rain on lens » : parce qu'il faut en choisir un et que c'est celui qui revient le plus souvent sur ma platine.


The Notwist « neon golden » 2002 : l'objet parfait, l'œuvre d'art.
Arab Starp « the red thread » 2001 : sommet de noirceur.
Low « trust » 2002 : sommet de mélancolie.
A Silver Mont Zion « born into trouble as the sparksfly upward » : 2001 sommet ambiant avant que les chœurs tralala ne viennent saturer les albums qui suivirent.
Manic Street Preachers « know your enemy » 2001:


Cat Power « you are free » 2003
Migala « asi duelle un verano » 1999/2002 : 99 mais réédition 2002 et c'est vraiment mon préféré du groupe avec encore des chants, découverte d'Acuarela discos, un monde entier se cache à travers ces plages dévastatrices.
Grandaddy « the sophtware slump » 2000 : la bible alcoolico-acoustique-grunge-Lo-Fi.
Blonde Redhead « misery is a butterfly » 2004 : changement radical pour ce groupe punk et aussi annonciateur de Penny Sparkle, sorte d'aboutissement que 'on connait (transition parfaite avec le top 2010).
Marc Morvan & Ben Jarry « udolpho » 2009
David Sylvian « blemish » 2003
Encre « encre » 2001: étape musicale inoubliable dans le word spoken, slam, rap, hyper moderne de chez nous...choix difficile entre L'Ocelle Mare ou Thousand and Bramier.
The New Year « the end is near » 2004
Melpo Mene « bring the lions out » 2008
Sparklehorse « it's a wonderful world » 2001



Herman Düne « turn off the light » 2000 : découverte du groupe, disque Lo-Fi collossale jamais égalé.
The Czars « the ugly people / the beautiful people » 2001
Bright Eyes « fevers and mirrors » 2000 : jamais égalé non plus, œuvre écorchée, voix fragile, émotions à fleur de peau, totalement méconnu à l'époque, il faut écouter « Ariette » et pleurer.
Hood « cold house » 2001 : le trouble est absolu.
The Experimental Pop Band « the tracksuit trilogy » 2001: énorme condensé proche du Velvet.


Max Richter « the blue notebooks » 2004 : énorme révélation néo-classique.
Nacho Vegas « actos inexplicables » 2001
Colleen « everyone alive wants answers » 2003 : découverte de grands frissons.
Laura Veirs « carbon glacier » 2004 : ce disque peut représenter à lui seul toutes les filles qui folkent depuis quelques années.
Rachel's « system/layer » 2003



The Divine Comedy « regeneration » 2001 : le titre est bien approprié, leur meilleur disque.
TV On The Radio « desperate youth, blood thristy babes » 2004
Andrew Bird « weather systems » 2003
Faultline « your love means everything » 2002 : réellement le plus beau disque électro, avec Michael Stippe et Martin (coldplay) et un éclectisme total.
Musée Mécanique « hold this ghost » 2009
Buck 65 « talkin' honky blues » 2003
Superqueens « cheap shots » 2004: gros disque rap quoiqu'on en dise, c'est Pressure Drop « elusive » en 1997 qui rapporta de la même façon tous mes suffrages..
Bonnie « Prine » Billy « the letting go » 2006: parce que là aussi il faut en choisir un et que les 4 premières pistes valent à elles seules tout le disque. Grosse production rejetée par les critiques, moi j'adore.
Giant Sand « chore of enchantment » 2000 : meilleur album dans le genre, étendard de toute l'arborescence Calexico/Amor Belhom duo/Lilium. Disque de chevet.
Fourtet « pause » 2001
Birch Book « a hand fall vol III» 2009
CoH « strings » 2008
Nick Grey & the Random Orchestra « spin vows under arch » 2008
Susumu Yokota « symbol » 2005
Aphex Twin « 26 mixes for cash » 2003
L'altra « in the afternoon » 2002
Syd Matters « a whisper and a sigh » 2003
Sebastien Schuller « happiness » 2005
Song:Ohia « ghost tropic » 2000
Deaf Center « pale ravine » 2005

Grand vainqueur, année 2001.






































Quelques boss impossibles à caser:
Peter Gabriel « up » 2002
Radiohead « kidA/Amnesia » 2000
Neil Young « silver & gold » 2001
Tom Waits « alice/money » 2002
Leonard Cohen « ten new songs"2001






mardi 4 janvier 2011

Jeff Lang



Autre idée en vrac au fil du temps recroquevillé, amorcée par Gene Clark, un sosie physique, la même gueule d'amour d'époque. Jeff Lang, est toujours de ce monde, son visage à changé, son jeu de guitare a pris de la bouteille, un collossale disque de blues bien roulé, chaloupé, buriné, un très grand cru avec un final dantesque "The Janito".... à dénicher de toute urgence.
Jeff Lang 2008 "chimeradour" label: sakifo
quand on aime : xavier rudd; neil young; ben harper; shawn mullin

Tim Hardin






Les idées s'entrecroisent, se marient et Gene Clark m'amène doucement à Tim Hardin pour une réédition de la même époque (2003), mais pour un album de 1971. « bird on the wire », toujours dans la boite à reliques, beaucoup plus Nick Drake, beaucoup plus Ray Charles (reprise logique de « georgia on my mind »). Religieux, Gospel, je prolonge mon recueillement hivernal au coin de feu, avec les crépitements comme pour me dire qu'il s'agit là du vinyle d'origine.

Tim Hardin 1971 « bird on the wire » columbia
réédition 2003 chez sony.

Gene Clark


Puisque nous sommes à fouiller dans la boite à « Fuzzy », allongeons la main, ferrons et ramenons un autre remède à l'oppression hivernale. Gene Clark est là, calé au fond depuis 2003, depuis que la réédition de « No Other » est parue avec pas mal d'inédits et de bonus. Il est venu à l'époque remplacer une vieille K7 audio un peu pourrave.
Cet artiste maudit a quitté prématurément les Byrds en 1966, laissant le groupe mythique à la gloire qu'on leur connait. Il a aussi quitté la vie prématurément en 87 après avoir essuyer pas mal d'échecs commerciaux à travers une discographie poussive et totalement boycottée par le publique. Dans ce catalogue, il y a pourtant « No Other » qui s'écoute inlassablement. Sorti en 1974, ce disque est maintenant devenu une référence. Il suffit d'écouter les pistes une à une pour réaliser l'injustice de l'époque et le bon sens aujourd'hui de réévaluer le chef d'œuvre. Il faut aimer le country porté sur la pop patte d'éph, David Crosby, Stephen Still, Tim Harding, Doobie Brothers, le blues, la soul... pour entrer dans ce disque parfait. Y a t-il un morceau qui se détache du lot ? Moi je vois pas, il faudrait une écoute vierge.. "no other » est un monument soul, « some misunderstanding » un hymne country, « the true one » qu'on dirait qu'Eddy Mitchell l'écoutait en préparant son café noir, « strength of strings » un slow ravageur avec une voix rivalisant avec Steve Winwood et csn.... et « lady of the north ».... à tomber. Sorti en 1974 au côté de « 461 boulevard ocean » de Clapton (à défaut de sa nouvelle moumoutte..oui je suis traumatisé). Le succès pour l'un, le ratage pour l'autre.
Tiens, "461 boulevard ocean" pour embrayer et rester en 1974, je m'en bats l'esgourde, je reste près de ma boite tant qu'il fait pas minimum 25°C dehors, avec du soleil et des nuages de safran bâtard qui nous saupoudre.

Gene Clark 1974 « no other » asylum records.
réédition 2003 sur warner.


Syd Matters 2026

  Je me souviens de tout. Du choc et de l'embarquement .. Whisper and Sigh . Un tel truc par chez nous !! Aussi de mon éloignement lége...