mardi 27 octobre 2015

C Duncan / Sweet Baboo



 


Deux petites nouveautés pop attirantes se promènent sur les terres britanniques.

 
Vers les contrées écossaises, C Duncan souffle des ballades sonores paisibles et intemporelles. Cette pop huis clos synthétique et chafouine, proche de ses compatriotes The Beta Band, éclaire l'horizon d'une lueur rêveuse et psychédélique.

 
Plus loin, sur les collines galloises, Sweet Baboo répand sa fragilité poétique folk proche de ses compatriotes Gorky's Zygotic Mynci. C'est intime, mélancolique une pop de chambre à la clarté automnale.


Sweet Baboo 2015 « The Boombox Ballads » label : moshi moshi
C Duncan 2015 « Architect » label : fat-cat


dimanche 25 octobre 2015

Rayland Baxter



Il faut voir le CV musical des méandres du Tennessee, comme celui du Mississipi, tout ce qui lèche les lits de ces gigantesques serpents fleurit merveilleusement depuis des décennies.
C'est à Nashville qu'a bourgeonné à nouveau un enfant du cru avec un album drainé du jus du coin, des couleurs traditionnelles et des allures modernes qui peuvent renvoyer à  Findlay Brown.
Rayland Baxter est une discrète passation, « Imaginary Man » un très bel album rural, de la jeune country, avec un bon son et des compositions imparables.


Rayland Baxter 2015 « Imaginary man » label : ATO

jeudi 22 octobre 2015

Deep Purple 96



Pas facile d'attaquer de front la montagne pourpre, de passer outre les chemins balisés, la garance des flèches, et risquer de tout perdre, de rester accroché à la falaise au dessus du vide comme un con andrinople, ou en dessous du néant comme vers l'auberge bleue violacée, du ciel aubergine.
Ne pas paniquer et se dire que si ça tient, on va se prendre une bonne prise pierreuse, un caillou inébranlable pour aller là haut, au sommet, sur la cime hasardeuse de sang bleu des dômes hardeux.
 

 
Le Zorno m'a plaqué sur le flan avec ces vieux opus profonds du Deep que j'ai tendance à oublier, comme le particulier « The house of blue light », ou encore « Rapture of the deep » .. et une fois à gravir la chaine des monts empourprés, j'arrive toujours sur le palier magnifique violet des avancées perpendiculaires, mon album préféré, les 70's hors jeu.

« Purpendicular » terrible, du début à la fin.

Deep Purple 1996 « Purpendicular » label : BMG


 

dimanche 18 octobre 2015

Shuggie Otis 1970



Des airs de Hendrix, avec cela en plus que le psyché devient soul et l'acide jazz, le folk-rock cinématographique avec un orchestre comme chez Scott Walker, c'est un précurseur du genre, c'est le fils de Johnny, Shuggie Otis. Juste l'écoute de l'intro « Oxford gray » suffit à tout démontrer.
 

Et voilà les feuilles qui font la moue parce que le soleil ne monte plus très haut depuis quelques semaines. Il change d'hémisphère de boutique, et cette bouderie n'en finit pas de revenir, le ressac annuel du roussi perpétuel.

 
L'automne est aux portes de nos bacs, des vieux albums marcescents restent accrochés aux promontoires comme les feuilles grillées des hauts chênes d'une saison révolue. On les croit mort, ils sont toujours là, beaux et mordorées. Le caduc est impitoyable, ça tombe à la pelle, des caisses d'opus oubliés. J'ai retrouvé un disque aux couleurs d'automne resté accroché à la vitrine, un petit trésor comme une couleur fauve de fin de saison qui réchauffe le fond gris sur lequel beaucoup de disques agonisants restent accrochés malgré les mouvements saisonniers qui défilent. « Here comes Shuggie Otis » est un chef d'œuvre oublié toujours accroché aux étagères marcescentes.



Shuggie Otis 1970 « Here comes Shuggie Otis » label : epic





jeudi 15 octobre 2015

Paul McCartney 1982/83




Avant toute chose et que l'on se gausse, écoutez d'emblée « Somebody who cares » pour la beauté des choses écrites ou « Keep under cover » pour la facilité juteuse d'un génie de la chanson.

Déjà chroniqués ? Bah nan, j'en ai juste parlé, enfin je crois.. bon quelques mots seulement !! oui ??!!cool …
 

1981, juste après McCartney II, Paul entre dans une phase de retrait, affublé par la disparition de son frère d'âme, il restera toute l'année silencieux, la première fois depuis 20 ans. Il tape la quarantaine, la douleur Lennon le pousse à retrouver les siens plus encore, des vieilles connaissances perdues, des anciens amis, un break sentimental. Il reviens vers George Martin, Ringo, puis George Harrison en acceptant son invitation pour faire les chœurs sur « All those years ago », chanson hommage à John, l'équivalent du bouleversant « Here today » pour Paul.
 

Silence discographique de deux ans, compteur émotionnel remis à zéro, plus aucun groupe à faire tourner, beaucoup pensent qu'il va s'étioler. C'est mal connaître le génie pop britannique.
Une certitude, rebondir, stopper définitivement les Wings, d'autant plus que « McCartney II » fut un gros succès.. et repartir de plus belle.

 
1982, il redevient l'élève de George Martin, impressionné, un challenge et en l'espace de quelques semaines il envoie sur le papier le matériel intégral de ses deux prochains albums « Tug of War » et « Pipes of Peace » avec des automatismes Beatles pour la première fois depuis très longtemps. Il a un besoin vital d'être entouré, sur Tug sont invités Carl Perkins, Ringo Starr et Denny Laine entre autre et bien sûr Stevie Wonder. L'énergie, le génie et les charts sont au rendez-vous, alors que cette année là, la concurrence nouvelle génération est rude. Être en danger est son déclic.
« Pipes of Peace » l'année suivante sonne comme la deuxième partie du double album War/Peace, avec ce sentiment que le meilleur a été déposé sur War le premier volume, en dehors des hits planétaires. Les invités sont plus rares et Michael Jackson a remplacé Stevie Wonder, ces 2 guest stars ont quand même donné la couleur de chacun des albums. « Say Say Say » ou « The Man », ou même « The Girl is mine » sont des perfections pop, tout comme « Ebony Ivory », des ballades interplanétaires quoiqu'on puisse en juger, et je pense à la difficulté d'écrire des chansons légères, des hymnes lumineux, des marches dansantes universelles.
 

Ce que je pense des deux albums ?? j'ai dit « quelques mots seulement » ;D
Ah oui, si je vous parle de Macca 82/83, c'est parce que ces jours-ci sortent les rééditions des deux bijoux, avec des bonus réservés aux amoureux. Deux magnifiques objets pour une nouvelle phase, une carrière qui redémarre sur les chapeaux de roue.


Paul McCartney 1982/83 « Tug of War » « Pipes of peace » label : parlophone




Spéciale dédicace pour Mylène :DD

 
 

mardi 13 octobre 2015

Bertrand Belin 2015



Cette manie de Devant d'aller fouiller derrière la pile de magasines entassés depuis des années.. que dis-je, des décennies. Chiche ! N°78 mars 2004 pris au hasard dans la pile magique de la revue pop moderne. Magic à l'époque avec une virgule.
Quel numéro ce Tonio, quelle idée est-il allé me souffler, comme un tic que je vais surement garder. Quel numéro ce 78 de printemps musical.. en vrac des sorties d'alors: le « Weather System » d'Andrew Bird, The Coral, Polar, Octet, Explosion in the sky, Stereolab, Alias, Girls in Hawaï, Zero 7, Refree, Blonde Redhead, Liars, Oneida, Matt Harding, The Experimental Pop Band, Dominique A « Tout sera comme avant », Scissor Sisters, Miossec en « 1964 », Hymnie s Basement, Feist, Daniel Darc et son « Crève coeur », Autour de Lucie, Franz Ferdinand tout neuf, l'apparition de Encre...

 
Et puis ce formidable album du mois de Pierre Bondu, « Quelqu'un quelque part », un grand disque de part ici à ranger parmi mes meilleurs, tout près de Julien Baer 1997 par exemple, ou « Le dernier présent » d'Alexis HK, ou encore « Parcs » de Bertrand Belin, histoire de rester dans la même famille. Tiens, justement, Bertrand Belin, l'imparable auteur compositeur guitariste écrivain qui embellit nos bacs et nos platines depuis 2004.
 
 
« Hyper nuit » est un chef d'œuvre, « Parcs » est un hyper chef d'œuvre, « Cap Waller » sa nouvelle production que je découvre en feuilletant quelques pages de magasine ou Pierre Bondu s'est affiché album du mois en mars 2004 s'installe solidement.

 

 

« Cap Waller » est plus pop, groove, enlevé, burlesque, éclairé et balancé. Une nuance se dessine, une couleur un déhanchement plus fauve que d'ordinaire.
 

Encore une idée de noyade qui flotte, comme du temps de « Peggy » sur « Parcs » et qui ramène vers son livre « Requin » .. quelle écriture! chaque mot une tonne d'images entêtantes, comme dans ses chansons, quel verbe fantastique! un livre savoureux.
Bertrand Belin, c'est un tout, jeu de voix, guitare rassurante, mots ciblés, ambiances malignes, vidéos folles.
 
Depuis que je griffonne ce billet, « Cap Waller » passe pour la troisième fois, une contagion me monte le long de l'échine, remonte encore et me raidit le cou pour tendre l'oreille, mieux écouter à nouveau et venir rejoindre les Hyper-Parcs. Ce disque est fou fou fou, juste ce qu'il faut, une folie littéraire et musical, un style, une façon de chanter, les morceaux défilent et je suis pris de soubresauts, de tics syncopés, il va falloir que l'on songe à parler le folle. Mais je bavasse et me répands au fil des vers appuyés et du son cyclique, faut nager et se laisser appâter quitte à se noyer.
Chez Belin, la finesse est telle qu'il faut absolument se laisser engluer dans ses écritures pour savourer sans bêcher les embuches, toute la subtilité des saynètes et du mot juste.

 
Oui, comme le dis si bien Pax, il n'y a pas de hasard, et de par Devant je suis allé vers l'arrière pour fouiller et tomber sur un certain album superbe en écoutant le dernier opus de Bertrand Belin qui pointe assurément le bout de son cap sur l'idéal que je me fais de l'hyperbelle chanson de par ici.

Bertrand Belin 2015 « Cap Waller » label : cinq7



dimanche 11 octobre 2015

The Declining Winter 2015



The Declining Winter est un morceau arraché à Hood, groupe mythique du Yorkshire englué jadis dans la mélasse mélancolique d'un rock pop dévidé et sombre. Si Hood arrivait à l'époque, grâce au label Domino, à retenir une attention affirmée, la tangente de Richard Adams reste totalement invisible. Pourtant le cinquième album sort ces jours-ci.
 

Lancinants, répétitifs, les paysages electro-pop de « Home for lost souls » se morfondent dans une guimauve robotique et monocorde. Un semblant de lumière lutte comme pour sauver Hood de la vase séduisante. Sans succès, toujours le sable affamé remue et une jambe privée de grand air reste agrippée dans la boue. Ne pas bouger pour ne pas sombrer, juste écouter et contempler, se rappeler de Hood, et se dire que de toute façon, le jour va finir par se lever.

 
Je me souviens du magnifique « Goodbye Minnesota » avec ses allures plus sèches, plus acoustiques, Richard Adams venait à peine se s'extraire de Hood. « Home for lost souls » est à l'image des photos de la pochette, sublime, éclaboussé de mélancolie. L'hiver se dessine dans un déclin automnale tiède et lumineux.


The Declining Winter 2015 « Home for lost souls » label : home assembly music



mercredi 7 octobre 2015

Low 2015



Voilà l'humain qui a bien plombé, tout tombe à Low. Comme une vague idée de décroissance espérée pour arriver à l'équilibre, le trio du Minnesota a toujours eu des ondes sur les mêmes longueurs que les miennes. « Secret name » en 99 m'avait mis la puce tsétsé à l'oreille. « Trust » mon préféré, la cime d'un drame musical sublime, puis les albums qui défilent, sans que je ne puisse contester le bonheur d'une certaine lenteur récurrente, la rudesse des émotions ralenties, comme pour les déguster. Low est un précepte et un principe.

Onzième album depuis 1993, minimalisme éprouvé, trio sans fioriture, avec une palette juste légèrement plus organique. Low est dans le peloton durable de mes groupes contemporains les meilleurs, je me demande même pourquoi ils ne sont pas anglais ces trois là de Duluth, Minnesota.
« Ones & Sixes », la bande son automnale des chimères endormies.


Low 2015 « Ones & sixes » label : sub pop

mardi 6 octobre 2015

HUMAN




 
Je ne contemple plus rien, du moins depuis mes contemporains tintintin.. c'est pas pour rien que je peignais sans eux sur le lin, j'avais un doute, je m'abstenais.

La virginité de l'horizon devient un luxe.


A force de croire qu'il fallait que je les aime je me demande si je n'ai pas perdu mon message en route. Celui enfant que l'on doit transmettre au vieillard que nous serons.

Les évidences sont souvent fades à dire, à répéter, tout dépends la façon de les montrer et de les mettre en musique. Les bras tombent, on le savait qu'ils étaient lourds, une sauvegarde ou un égoïsme de les laisser tomber ainsi comme des larmes ?
L'adulte, c'est-à-dire l'homme devenu administratif, doit lutter pour ne pas perdre son statue d'homme, garder ce message d'enfant donc pour ce vieillard, essayer au mieux de ne pas anéantir ses chimères, ses utopies amères qui le deviennent à force de surenchérir l'indifférence parce que le quotidien que l'on nous offre est un endormissement des envies, un engourdissement des jouissances, du bromure pour nos herbes folles.

La vie entière d'un astre chaud ne dépend que de quelques mégalopoles affamées suçant l'énergie du noyau, pompant, phagocytant le vital du globe. Le bipède comme la limaille de fer s'agglutine vers les immeubles aimants et les sous-sols, quelques chose les attire comme un mot d'ordre.
Pourtant, l'idée que chacun d'entre eux est beau me plait beaucoup, il suffit d'une rencontre, de gratter un peu, de regarder bien au fond pour voir la beauté et délier toute chose qui font le charme d'une âme.

J'ai dû resté enfant pour autant pleurer sur « Human » qu'il s'agisse de la splendeur d'un visage, de la musique ou des images, devant l'évidence invisible. Je dois être affublé de symptômes pour arriver à cette altitude de fébrilité, lutter au quotidien contre mon implication consumériste pour culpabiliser sans cesse en silence. Je suis un maillon.

A force de ne plus rien voir de mes contemporains, je ne regarde plus que celle qui m'accompagne depuis 25 ans, je vois une fourmilière moite et contaminée tout autour, je ne vois qu'elle et nos petits fruits à nous, les seuls qui peuvent encore m'injecter un minimum de lucidité et de bonne tenue. J'ai convoqué ces petits fruits pour regarder « Human », c'est tellement facile, devenu anodin et bateau que je me suis dit qu'il ne fallait pas s'en priver. Puis si c'est si évident, il y a donc non assistance …


Ne vous moquez pas.. mes enfants sont les enfants d'un enfant, pourtant je joue le jeux, je suis à peine dedans mais j'y suis, j'y ai un pied et j'essaye de penser à cet enfant que j'étais, solitaire mais pas misanthrope, plein d'espoirs, prendre les individus un par un, jamais en groupe ou à plusieurs. Regarder dedans.. et pourquoi pas les peindre, comme Yann Arthus Bertrand. La misanthropie corrigée pourrait devenir un art ?
C'est pas un film documentaire pour ouvrir les yeux, c'est pour éviter de les fermer un peu plus, c'est pour prendre nos messages d'enfants par la main et les trainer avec nous, sans rien lâcher...aimer chacune de nos rencontres, jusqu'à les peindre, les croquer, les poser sur un horizon, capturer leur beauté définitivement.

Yann Arthus Bertrand / Armand Amar 2015 « Human »


dimanche 4 octobre 2015

Nina Simone 1961



J'ai vu quelques agrumes dans la corbeille posée juste au milieu des tasses de porcelaine gravées de pivoines. La table du petit déjeuner était déjà dressée, marmelade de fruits rouges, tartines de pain grillé, des verres de cristal pour accueillir ces agrumes pressés.
Des couleurs enivrantes que je n'attendais pas pour mon réveil, des vitamines à pleurer. Et pour parfums, le beurre des croissants tachant le tissu les retenant, et le café au loin titillant plus que de raison mes glandes salivaires, mon cerveau endolori et la faim de mes naseaux. Grisant juste ce qu'il fallait s'il n'y avait pas eu ce rayon solaire éclaboussant la nappe épaisse.
Mes yeux grisés ont chuté sur ce vase blanc, avec comme couleur levée, un bouton de rose rouge à demi-ouvert, la dernière floraison de la saison, avant l'hibernation végétale..rouge folksy Nina.. ni sang, ni carmin, ni vermillon, juste la Nina au bouton d'yeux perdus, à la bouche rouge cerise de sourire blanc.. « Just say i love him » flottait sur ce tableau intemporel.

 
Un disque d'elle parmi tant d'autres, et c'est celui là que j'ai gardé une journée entière, après ce petit déjeuner qui aura duré une entière journée. Troublé, empourpré, perdu dans ce rouge d'octobre éphémère, je me suis posé sur cette belle table dressée, j'ai tout pris avant que tout parte bientôt en marée de gris embrassant le zéro du mercure.

 
Aretha ou Billie, et tant d'autres auraient pu éclabousser de lumière cette table des matins tardifs.. mais c'est, sans jamais savoir précisément pourquoi, c'est toujours Nina qui chante quand je vois ce bouton de rose rouge dans ce petit vase de porcelaine blanc, au petit déjeuner le dimanche, avec des toasts de pain grillé, un éclat rouge caressant la carotide qui bat et ce bouton de rose rouge Folksy Nina.

Nina Simone 1961 « Forbidden Fruit » label : colpix