mardi 24 novembre 2009

49 Swimming Pools


Emmanuel Tellier quand il n'est pas critique rock, est à la tète du groupe 49 Swimming Pools qui sort son premier album « trimphs and disaster, rewards and fairytales ». Les clichés pleuvent à l'écoute des douze chansons magnifiquement jouées et interprétées, de Mercury Rev et Sparklehorse pour la voix, à Luke Haines et Kevin Tihista pour les textures, avec en plus un bagage Beatles évident. L'architecture acoustique est solide, les mélodies imparables. Loin du copiste pop, ce disque est un objet unique par les arrangements oniriques: des idées de cuivres, d'accordéons et de tambourins, d'orchestrations autour d'un piano constant relèvent le tout, comme une consécration musicale. A ranger tout prêt du « Wake up captain » de Kevin Tihista's Red Terror, autre énorme coup de cœur de variété pop publié il y a quelques années.
49Swimming Pools 2009 "triumphs and disasters, rewards and fairytales " label=elap
quand on aime : Luke Haines; Kevin Tihista; Mercury Rev; Sparklehorse; Hugh Colteman

jeudi 19 novembre 2009

Birch Book


Voici donc le carotène s'injecter dans les nervures comme une pandémie systématique, le ressac suicidaire des fins d'étés sourds, et moi je rêve soudain de cerisiers en fleurs cotonneux et généreux. Pourtant un disque me rappelle à la beauté automnale et vient à point nommé mettre en musique les brumes grises, le mordoré des feuilles et le cramoisie des âmes. Le troisième volet de Birch Book « a hand full of days » hypnotise le cœur d'humidité et de fraicheur. Une beauté sans âge suinte un délicieux poison moyenâgeux et psychédélique. La lumière est blême, la grâce bucolique, une virginité pastorale erre dans cette contemplation béate. Dans l'esprit de Six Organs of Admittance, les murmures acoustiques sont confidentiels, et l'intimité devient mystique. Si c'est ainsi, je veux bien attendre les prochains bourgeons sans broncher.
B'eirth est américain, du Vermont, il a sorti douze albums sous le nom de In Gowan Ring, dans la même nervure chlorophyllienne, il sort peu à peu de sa tanière avec Birch Book et ces trois volumes publiés plus largement.... enfin. Ce malandrin paisible injecte dans son folk épure des lueurs de tradition celtique anglaise tout proche d'Alasdair Roberts. Quant au Mystique, c'est du côté de David Tibet qu'il faut aller puiser. Tiens, "les feuilles mortes se ramassent à la pelle", nous sommes bien en automne, si en plus elles s'envolent et nous amènent à la mémoire et à la mer, au celtique médiéval pour fredonner Cosma, je ne réponds plus de rien.

Birch Book volume III 2009 « a hand full of days » label : LSR

quand on aime : six organs of admittance; alasdair roberts; esper; jethro tull acoustique....

This Immortal Coil


Découvrir un groupe par le biais d'un hommage est une démarche inverse hasardeuse, troublante et totalement excitante. C'est chose faite avec This Immortal Coil. Guidé par le label « Ici d'ailleurs » et quelques très bonnes critiques, ajouté à cela un casting de rêve, je me suis laissé tenté par ce chemin aveugle puisque à ce jour, je ne connaissais rien de Coil. Une vague étourderie, me laissant embarquer par le jeu de mot, a d'abord faussé mes pensées en imaginant un travail hommage au groupe mythique du label 4AD This Mortal Coil. Recalé in extrémis sur la réalité, je découvre alors un disque d'une rare élégance, d'une délicate mélancolie. Les paysages défilent, unis, graves et envoutés. L'homogénéité du tout semble évident, aucun artiste ne tire la couverture à lui, tous se fondent pour mieux épouser ce que doit être l'esprit Coil. Même Bonnie 'Prince' Billy (encore lui) laisse son Lo-Fi au vestiaire pour se fondre au décor et revêtir un habit de flute, de contrebasse, violon, scie et hautbois. La fidélité des ambiances laisse imaginer la douceur inquiétante de l'âme de Coil endeuillé par la disparition d'un des cerveau, Jhonn Balance, il y a cinq ans. Peut être est-il mieux d'ignorer ainsi les racines d'un groupe afin d'apprécier à sa juste valeur un tribute.
Sur une page du site d'ici d'ailleurs, on peut lire « Coil is more than music »... moi qui aime les couleurs noctambules des paysages, c'est exactement ma première impression à l'écoute de ces fans sérieusement rassemblés pour prier musicalement . Il est temps pour moi d'aller fouiller les bacs, de retourner aux sources.
Entre parenthèse, histoire de faire une autre transition (bonnie prince billy) avec tôt ou tard de l'article précédent, Yaël Naïm lâche le morceau le plus bouleversant du disque avec "Tattoed Man", dans l'esprit gothique des Black Heart Procession si au PMU on pariait plus sur le vertige des anges..... Peut être même un des morceau les plus bouleversant des hommages rendus. Des années après son sublime album, elle témoigne et dévoile une passion certaine pour un groupe révolu et toujours invisible qu'il faut qu'on me fasse voir.
This Immortal Coil 2009 "the dark age of love" label : ici d'ailleurs
quand on aime .....ce disque et black heart procession, yael naim, yann tiersen, ici d'ailleurs.

JP Nataf


Depuis Devenda Banhart, les barbus généreux façonnent le paysage folk à tendance hippie. Confirmé par le menton roux opulent de Bonnie 'Prince' Billy, autre icône boisé, la mode druidique s'est emparée de ces baladins en fleur. Tels des prophètes, les visages allongent leur collier à la vitesse des Fab Four quand l'horloge « when i'm sixty four » s'emballe, comme s'il fallait s'affranchir du déguisement pour épouser un mouvement culturel et rendre authentique leur musique. Je n'ai rien contre les gros barbus et j'aime plus que tout le mouvement folk, mais le principe des costumes me fait horreur. Eels; William Fitzsimmons (magnifique album 2009); Edward Sharpe; The Black Crowes; Herman Dune ....... adhèrent à ce profil qui s'étend. Certes ce n'est ici qu'une petite remarque, il n'empêche, l'habit ne fait pas le moine, et notre barbu hippie national vient de sortir son deuxième album loin des sentiers country ancestraux au collectif « t'en veux??? ». JP Nataf, totalement mésestimé depuis qu'il a lâché imberbe son collectif à lui (Les Innocents), vient d'offrir « Clair », une merveilleuse collection de chansons pop françaises proche de Matthieu Boogaerts à la visibilité plus franche. Hébergé chez Tot ou tard, ce chanteur « imbécile » dirigé alors par Olivier Libaux a d'ailleurs participé à la compilation hommage pour l'anniversaire du label. Un disque très très bon, poil au menton.

JP NATAF 2009 "Clair" label = tot ou tard

quand on aime : Matthieu Boogaerts; les Iinnocents; tot ou tard

dimanche 18 octobre 2009

Hotel 2 tango


Que suintent les murs de l'hotel 2 tango pour habiter chaque artiste de passage dans ses couloirs avec une telle force? Quelle muse rode dans les étages pour que Lhasa et Vic chesnutt prennent une autre dimension, une autre hauteur.
Le visage ocre beau comme celui de Janis, enfin dévoilé en monochrome remplace le portrait fauve de "La Llorona". La confusion linguistique de "The living road" n'est plus, c'est un concept immaculé, une mise à plat pour une artiste happé par le mythe montréalais, ainsi que Vic Chesnutt qui lui aussi depuis deux album s'est laissé séduire par ce coin de terre constellé qui donne de l'espace au son, l'envergure des notes, la beauté mélancolique d'un art musical chanté dans sa plus belle maturité. C'est avec "1001 nights" de Lhasa; "north star deserter" et "at the cut" de Vic Chesnutt que l'on doit bien admettre que la croyance des pèlerins qui vont à Montréal offre la consécration artistique comme un miracle, un nord réchauffé par l'écriture sudiste, un sud aplani par les nuits froides et longues du Québec.
Quels sont les anges qui habitent ces murs, quels amis sincères, quelles âmes hospitalières peuvent ainsi révéler l'auteur compositeur ? Quelle piqure, quel sacrifice doit on subir avant de franchir le pas qu'il soit vagabond, curieux ou déterminé? Quelle est cette créature injectant le venin qui "mélancolise" l'inspiration ? Cette suceuse de futilité qui ne laisse à l'âme que la liberté et l'indispensable.
Une croisée des chemins, un point de rencontre inespéré entre une entité artistique et un univers. Accroc aux deux mondes depuis que les corbeaux habitent le rouge d'A silver Mt Zion et que le même crane dépité hantant le bas anguleux de la pochette de « at the cut » fut mis sous les projecteurs à l'olympia 95 (première partie de Dominique a), je vis ce mariage comme un miracle.
J'aime ces deux artistes, et j'aime ce mythe montréalais qui revendique sa politique artistique radical et pertinente depuis 1997. Toute l'hospitalité d'un collectif fidèle au service de songwriters à la géographie différente. Chaque artiste au bon endroit, chaque note exacte, pas une de plus, pas de fioriture alourdissante, pas d'artifice...les cordes minimales du piano de Nadia sur « Chain », les mêmes silences entrelardant les harmonies, les notes graves de Thierry pour tous les album, la même résonance acoustique à la croisée de tous les styles, les mêmes propos dénudés, disséqués, la même adéquation des mesures sur le timbre particulier de chacune des deux voix, Lhasa proche d'Elizabeth Anka Vajagic, voire Carla Bozulich, et Vic chesnutt fidèle à sa fragilité vocale douce et à la fois rugueuse. La chaloupe est toujours étoffée, les balancements sensuels nivelés par une mélancolie planante et omniprésente. Gravité monumentale et doucereuse, Montréal est fortement présent dans chacune des volutes sonores dans une harmonie la plus intègre. Les envolée électriques appelées par Vic sont épiques, le son est épure et le design toujours aussi fidèle et familier.
Lhasa et Vic viennent lier leur vision musicale dans les cordes et les toiles tendues de Constellation comme on fait un pèlerinage, des épousailles, quelque part sur la planète où règne l'amour des atmosphères et de l'art musical dans son plus simple habit. Vic Chesnutt confirme avec plus d'homogénéité, de maitrise et donne espoir pour que Lhasa retourne faire tanguer ses balades dans les grands espaces québécois.



Lhasa 2009 "1001 nights" label tot ou tard


Vic Chesnutt 2009 "at the cut" ; 2008 "north sea deserter" label constellation






vendredi 16 octobre 2009

Electric electric



Le son qui s'échappe du précieux label HERZFELD repose sur un socle en bois. Il suffit d'avoir dans ses mains, les rondins encore poisseux de sève de SPIDE avec l'épique album « rodent »; Renz et son diabolique « wowox », ou encore le premier lp de T, dans sa catégorie B, pour bien reconnaître que les branches qui se dressent et bourgeonnent proviennent bien du même tronc recouvert de lichens et de mousse. Herzfeld en ce temps là s'appelait encore Vergo.
Plus récemment, dérobant l'affiche au fidèle T et tout nouveau Lauter, quelques uns des rameaux ont lâché le bois et tendu vers un son 80's (Drey; Guisberg),histoire d'évoluer et prendre garde à ne pas rester englué dans un même style, une ouverture vers d'autres horizons. C'est finalement la branche la plus nouée, la moins fragile, la plus inattendue aussi et le son sauvage et brut de ELECTRIC ELECTRIC vient étoffer l'arbre strasbourgeois vieux de dix ans déjà.
Comme Battle percutant warp de ces biceps, ou Perceval/Chevreuil cinglant le collectif-effervescence, Herzfeld fait le plein de charbon avec ce duo tonique balançant un brulot d'instrumentaux incandescents. Véritable roche en fusion, "Sad cities handclappers"entre dans une syncope répétitive totalement tétanisante. Une prouesse sportive dans sa construction imparable et son interprétation sauvage. Des pilules d'uranium font tourner les turbines. Malgré la surdose de vitamines, le tout reste totalement maitrisé, dosé et limpide là où beaucoup de groupes similaires bavent dans l'indigeste. C'est urgent et pourtant le challenge dure une heure, dansant jusqu'à l'épilepsie synchrone, bon et jouissif, c'est en sueur et courbaturé que l'on termine ELECTRIC ELECTRIC, la récréation musclée du label Herzfeld. Deux cerveaux électriques pour un duo tonique à la manière d'Hangedup chez Constellation, Eric aux guitares et Vinc à la batterie.
ELECTRIC ELECTRIC 2008 "Sad cities handclappers" label: herzfeld
Quand on aime : Perceval/chevreuil, le sport, Battles, Hangedup.

Jon Mayall 1979

  Tringlot depuis quelques décennies, j'ai usé ce laps de trajet à bouffer du son plus que n'importe quel canasson. Des quantités...