mardi 31 mai 2011

Movietone



Petite trêve aux nouveautés, j’ai ressorti une pépite emballée dans un étui simple cartonné, comme s’il s’agissait d’un disque promo.
En 1995, Kate Wrigt et Rachel Brooke sortent un premier vinyle chez planet rec, label complètement charpenté à l’époque par les opus de Crescent (Kate Wright participe d’ailleurs à l’enregistrement de « Now » et « Collected »). Rachel Brook, même si elle aussi a travaillé avec Crescent sur la fin, c’est plus du côté Flying saucer attack qu’il faut fouiner pour trouver des traces. De belles influences qui va inéluctablement se retrouver dans leurs compositions.
Sauf, qu’il faudra attendre 2003 pour trouver l’édition cd de cette petite merveille.
Entre temps, sans rien connaître de Movietone, je fais l’acquisition en 2000 de « The blossom filled strteets » et tombe littéralement sous le charme de ce pop underground douce et habitée, ce grand disque fleuri. Complètement anglais, ce duo de filles qui rappelle Mansfielf TYA, voire Electrelane distillent une musique gentillement hallucinée qui va visiter les esprits du Velvet et beaucoup plus franchement de Crescent. D'ailleurs le batteur de Crescent Matt Jones tient les baguettes dans le disque qui nous intéresse ici.

« orange velvet » sur des airs de blues éthéré plaque des plages grunge détonnant, juste après que « green ray » nous ait saisi de beauté sur à peine deux minutes de poésie blême proche de Marissa Nadler période « Mayflower ». Matt Elliott est à la guitare et coïncide exactement à la mélancolie molle du disque. « darkness-blue glow » est un slowcore ravagé par le désespoir comme sait le chanter Amnélie Monserré. « mono valley » et « alkaline eye » continuent de nous enfoncer grassement dans les brumes d'un paysage urbain en décomposition.

Les filles de bristol auraient pu figurer sur le label local Sarah records. Mais c'est Geographic, maintenant disparu qui aura la sublime idée de ressortir Movietone 95 des oubliettes.
En bonus, deux inédits single, une démo et le single officiel « orange velvet » justement.
Un véritable objet rare et complètement oublié, ressorti ponctuellement des étagères poussiéreuses, apparition éphémère, sur un label disparu depuis longtemps et qui détient le catalogue du groupe mythique The pastels.


Il est fort à parier que ce petit bijou de disque pop a dû avoir quelques influences, notamment ici, avec un autre album disparu sur un label disparu : Delaney chez lithium 1998. Qui se souvient de ce disque intime complètement Movietone, sauf que Christelle Delaney était seule.


Movietone 1995 "movietone" label : planet rec / 2003 label : geographic



échelle de richter : 8

support cd

après 20 écoutes

quand on aime : velvet underground, crescent

Pascal Mathieu / Claude Mairet





Des mots sur Claude Mairet ici, via Thiefaine qui nous rappelle à l’ordre. Il est toujours là, il gratte et il compose. Ses notes, c’est sur les mots de Pascal Mathieu qui les fait vibrer.
Pascal Mathieu, le poète anard doux dingue qui offre habituellement ses mots à Romain Didier, se les garde ici pour lui, juste accompagné dugrand Claude donc.
Son dernier album en date « Les routines aventurières » est caché dans l’ombre depuis 2008.
« En attendant des jours pires » son premier album en 2000 avait pourtant été bien reçu par Chorus, fraîchement disparu.

Ça se passe au limonaire dès demain soir. Un petit moment intime dans un bar à vin, bourré d’histoire, de passé, avec plein de références fantômes en bonus.
Et puis quand même, un des plus grands guitaristes d'ici joue encore parmi nous.

http://limonaire.free.fr/

lundi 30 mai 2011

Huiles sur toiles








Pat Jordache


Quand je vous disais que les télétubies étaient nuisibles pour la pop.....

Pat Jordache, contrairement à Skeleton$ ne possède que tout ce que je ne supporte pas des Animal Colletive.
En fait je suis assez désemparé (c'est peut être bon signe ??) avec cette nouvelle apparition dans le catalogue Constellation, ressurgie d'une bande chrome archivée.
Y a t-il quelqu'un pour me guider afin que je puisse me dépatouiller avec cette galette nauséabonde ? Absolument insupportable.
Je le range penaud et anéhanti pour le cas où il faudrait le ressortir, pour une occas de désapointement, d'angoisse, je sais pas moi .. les prochaines élections, une cohabitation forcée avec super-connard, une poussée de testostérone ravalée, un thé à la menthe avec des ramures de liserons pas invitées dedans, une utopie bafouée... désolé, je suis en pétard.

Au secours, aidez-moi.
Pat Jordache 2011 « Future songs » label : constellation


http://www.cstrecords.com/

échelle de richter : 2
support cd (d'où ma douleur)
après 1 écoute...dispo sur deezer (d'où ma douleur).

samedi 28 mai 2011

Larsen

A la manière d'HRSTA, Larsen aborde « Cool cruel mouth » sur une pop sombre interprétée par Little Annie telle Brigitte Fontaine ou Thalia Zedek. Les albums de Fabrizio Monese Palumbo sont habituellement instrumentaux. Violoniste de formation, il œuvre ici sur une pop moderne au son emphatique, vaste et solennel.
Néanmoins, les pièces de Larsen restent ambiantes, à la pointe d'une expérimentation qui fait sa renommée. Parmi les protagonistes sonores de la scène italienne expérimentale, Fabrizio travaille en parallèle sur quelques projets de graduations différentes dans la démonstration ambiante.

Notamment, il vient de sortir sous le pseudo ( r ), en édition très limitée un disque que je n'ai pas eu le temps de choper en bac, « Drame queen ». Un disque apparemment réservé au monde gay et qu'il annonce comme tel « a gay album ».

Il est aussi membre du Blind Cave salamander en compagnie de Paul Beauchamp. « Troglobite » (ça s'invente pas) est un monument gothique planant sur lequel, à l'aide de son violon électrique, il reprend « set the control for the hearts of the sun » de Waters. Une superbe reprise qui semble guider tout l'album sorti en 2009.

Post rock floydien chanté, « Cool cruel mouth » torturé est hébergé chez important, sa résidence officielle. Baby Dee vient prêter ses notes de piano, autre symbol gay de la scène œuvrant sur le label mythique durtro (label de Little Annie).


Larsen 2011 « Cool cruel smouth » label : important

http://www.larsen.to.it/
http://www.importantrecords.com/

échelle de richter : 8,3
support cd
après 3 écoutes

quand on aime : swans, thalia zedek, hrsta























Thurston Moore


« Mina Loy » en contine médiévale semble directement provenir d'un recueil de Ben Chasny. Thurston Moore a pris un coup de chaud. Le soleil irradie ses arpèges devenus secs. Tout est boisé, tout est débranché. Violon, harpe.. et même si « Illuminine » et « circulation » coïncident encore avec les mélodies habituelles du Sonic Youth, l'obédience de ce nouvel album solo de Thurston Moore est à la balade, suivant les traces de Cass McCombs dans sa nouvelle accalmie radicale. Ce disque possède même des parfums celtiques de Johan Asherton.
Un petit coup de soleil, des idées cuites à l'insolation d'un weird folk, il ne reste que la matière interprétée avec poésie.




La tendance actuelle est donc à l'apaisement.


La preuve en est, « Demolished thoughts » est logiquement abrité par le label Ecstatic peace (distribué par matador), catalogue renfermant une pléthore de disques folk plus ou moins acides.
Du coup ça s'écoute laconiquement, paisiblement, perso ça me convient tout à fait, mais il est fort à parier que Beck va se faire engueuler.

Thurston Moore 2011 « Demolished thoughts » label : ecstatic peace
www.myspace.com/treesoutside
http://www.sonicyouth.com/
http://www.ecstaticpeace.com/

échelle de richter 6,9
support : streaming
après 2 écoutes

Quand on aime : ben chasny, greg weeks, ecstatic peace, johan asherton

Chronique multi média ici.






jeudi 26 mai 2011

David Sylvian


Au détour d’un billet sur David Sylvian, j’avais joué à saute mouton, rebondissant de « Blemish » à « Sleepwalkers », zappant volontairement « Manafon ».
Comme un rappel à l’oubli, « Manafon » ressort ces jours-ci sous d’autres lumières. J’avoue aussi que l’original 2009 ne m’avait pas percuté comme l’avait fait « Blemish ». Ce nouveau contraste me rappelle à l’ordre, étant complètement sous le charme de chacune des pièces abritées par Samadhisound, l’architecture musicale de David Sylvian depuis 2000.

Pour le coup, le mouton est là, avec sa laine, il est même question d'y mourir. Attaché par les pattes, sur le flan, merveilleusement dessiné dans le livret du superbe boîtier renfermant ce matériel revisité.
On pourrait penser à une arnaque, mais rien n’y fait. « Died in the wool » est une superbe ré-interprétation de « Manafon » gonflé d’inédits, notamment avec un irréaliste morceau ambiant de 20 minutes offert sur un cd bonus (comme pouvait l'être la révision de "The opiates" (album original des Anywhen en 2001, superbement revisité donc par Samadhisound en 2008 : "the opiates revisited")). A la manière du dernier Peter Gabriel, ce dique pourrait s’intituler « no drums, no guitars », à quelques exceptions prêts. Une dentelle symphonique expérimentale aborde ce tableau impressionniste encore plus crépusculaire. Des bosquets de cordes délicates (dont quelques guitares pas branchées) s’emparent de cette écologie musicale, et l’on se sent pétri devant autant de beauté. Les sons papillonnent avec le silence et imposent un respect religieux devant cette biosphère humide et contrastée.

Je suis très attaché à ce coin du monde, cette auberge inégalable renferme des trésors discrets. Un néo-classique jazz particulier à Sylvian suinte avec tous ses parfums, ses ambiances uniques, ses textures sensuelles. Christian Fennesz participant aux partitions est dans l’orchestre, avec ses effets programmés. Si quelques cordes sont claires et lumineuses, d’autres plus graves viennent épouser le souffle baryton des sax qui grondent en arrière plan.





Ces cuivres, on les retrouve sur « when we return you won't recognise us » du deuxième cd. Ils sont représentés par des poumons de Touch records avec Arve Henriksen, ou Unsounds avec le très rare John Butcher. Unsounds, un autre coin du monde renfermant du néo-classique jazz expérimental fabuleux. Du beau monde, de très belles invitations, pour un instant de magie bouleversant.
Quel événement a pu à ce point modifier son art muté depuis qu'il a créé cette contrée magnifique? Reprendre le thème fondamental d'un tableau et le repeindre sous une palette différente, inspiré par la collaboration. Le design est cette fois-ci couvert par George Boisier et Chris Bigg, tout aussi prenant.
Le gros inconvénient de cette « amélioration » est qu'il va être très difficile de retourner au « Manafon » 2009.

David Sylvian 2011 « Died in the wool » label : samadhisound
http://www.samadhisound.com/
http://www.davidsylvian.com/

échelle de richter : 8,9
support cd
après 1 écoute



mardi 24 mai 2011

Simon Dalmais

Un bel instant de grâce à la recherche du songwriting d'Elliott Smith. Ce doux disque matinal est un pur rafraîchissement, une petite brume au levé du jour.




Beaucoup plus piano que guitare, les balades flottent avec une certaine maîtrise et une « Incroyable vérité ». Alternant petites plages instrumentales étincelantes et chansons délétères proches des « Sessions », le chef d'œuvre Tellier, Simon Dalmais propose avec une grande classe, un délicieux album d'ici à la magie rêveuse avec un contrôle pop de Chris Garneau, Billy Joël ou Peter Von Poehl...et même quelquefois McCartney (« unfounded home »).
Les cordes sont aussi là, plus discrètes les unes que les autres, symphoniques, intimes, aimantes. Sébastien Martel est dans l'équipe. Pour le son, c'est une envergure sublime gravée entre NewYork et Londres, Paris et le Tarn et Garonne...

Sublime.

Simon Dalmais 2011 « The songs remain » label : bee pop
www.beepop.fr
www.myspace.com/simondalmais

échelle de richter : 8,6
support cd
après 5 écoutes

quand on aime : sebastien tellier, elliott smith....









Multi-média/interview ICI

Greg Brown / Bobby Long





Ehh, un nouvel album de Greg Brown, le songwriter au 30 albums, profondément encré dans sa terre du Tennessee. Sa sent bon la country rocking chair, le blues terreux, la cabane en bois. Totalement cliché, « Freak flag » est une énorme fidélité américana comme pouvait le proposer Leon Redbone quand il culminait avec « sugar ».
Enregistré à Nashville, le berceau du country, ce chanteur à la voix caverneuse (de plus en plus : « flat stuff ») affiche une mine burinée, le chapeau tressé, l'anneau à l'oreille et la corde légère (celle de la guitare). Un disque par an depuis 1980, celui-ci possède un son parfait, une ambiance traditionnelle, rurale à souhait, une bande son idéale pour les grosses journées lourdement caniculaires (on garde les tiags quand même), fatigantes, un bourbon à la main à mater le paysage, ce petit chemin d'herbes sèches se tortillant vers nulle part...ça cogne.

Greg Brown 2011 « Freak flag » label : yeproc
www.yeproc.com
www.gregbrown.org

échelle de richter 7,8
support cd
après 2 écoutes

Quand on aime : johnny cash; dire straits; jj cale; lee hazlewood; willy deville; leon redbone














Une autre galette country se profile, prolongement délicieux de la pause Greg Brown, en attendant que le soleil descende. Même s'il est anglais, Bobby Long vit outre-atlantique. Son folk est profondément enraciné dans ses terres ci. Et même si la voix est plus nasale, elle chante contrairement à Brown la mélancolie d'un baladin qui serait habitée par Dylan, Mellemcamp et Springsteen.


Autre différence d'avec le vieil indien mal rasé, Bobby Long est très jeune et sa discographie légère, puisque « A winter tale » est son premier album. Époustouflant début donc. Il fait moins chaud, l'horizon s'enflamme. C'est trsè bon.

Bobby Long 2011 « A winter tale » label : ATO
www.bobbylong.info
www.atorecords.com

échelle de richter : 7,2
support cd
après 5 écoutes

Quand on aime : springsteen; mellencamp; dylan; jack johnson

William Fitzimmons / James Vincent McMorrow






Après plusieurs écoutes, je démissionne et n'insiste plus. Malgré quelques bribes de luminosité qui percent à travers de beaux éléments folk, je n'ai pas réussi à assimiler ces deux disques dans leur ensemble.

C'est même l'ennui qui m'envahit après quatre écoutes attentives. William Fitzsimmons m'avait pourtant embarqué avec ses deux premiers albums épures. Mais à trop vouloir s'enfoncer dans les textes d'analyses psychiques, il a fini par oublier la mélodie. Ainsi, « Gold in the shadow », derrière une pochette franchement pas terrible, s'enfonce lentement dans la monotonie. Une vague impression qu'il s'agit là de la même chanson tout le long, avec la fâcheuse tendance à trop appuyer le chant dans la guimauve. Peut être ici, sous la torture de nos cerveaux décortiqués, aurait il fallu se mettre en pétard. Son art s'est aplani, est devenu sans relief, malgré de beaux arrangements délicats.
Ce ressentiment est totalement confirmé par l'ajout d'un disque bonus reprenant tout le matériel avec comme seul accompagnement sa guitare. L'insipide est prouvé là dans cet ajout ennuyeux, avec en plus l'impression que les chansons ne sont pas finies. N'est pas King of conveniensce qui veut, preuve à l'appui.

Dommage.

William Fitzsimmons 2011 « Gold in the shadow » label : nonesuch

www.williamfitzsimmons.com
échelle de richter : 4
support cd
après 4 écoutes


A l'inverse, James Vincent McMorrow affiche une pochette merveilleuse et de belles critiques dithryrambiques à propos de son album « Early in the morning ».
Chacune des chansons démarre merveilleusement et propose un paysage folk rêveur plein de promesse.
Mais, comme un joli dessert crémeux servi généreusement dans de belles assiettes, on finit par être écœuré par le surplus de glucose. La production exagérée gâche les premières lueurs, et l'on tombe systématiquement dans un brouhaha orchestral sous une voix aussi exagérée (exemple : « sparrow & the wolf » insupportable). Trop de crème, trop de sucre, trop de sirop et si l'on déteste Charlie Winston, il faut se priver de dessert. Un piège si l'on écoute que les 30 premières de chaque morceau, malgré quelques tubes potentiels "breaking hearts".
Encore dommage.

James Vincent McMorrow 2011 « Early in the morning » label : EMI

www.jamesvincentmcmorrow.com
échelle de richter : 3,5
support cd
après 3 écoutes







dimanche 22 mai 2011

Skeleton$


Au détour d'une occasion très abordable en bac, j'ai rompu mon systématisme à fuir les disques du mois et d'autres de Magic depuis plusieurs années. Malgré la grande admiration que j'ai pour leur écriture, je reste lassé par leur choix pop rébarbatif.


Ceci dit Skeleton$ abordé avec méfiance, a tout de suite réveillé une certaine excitation, un autre sentiment de grande liberté juste après Gang gang dance.
Pour magic donc, il plane sur ce disque une grosse influence Animal Collective, n'arrangeant rien à ma réticence. Sauf que Skeleton$ n'a pas tout ce que je déteste des Animal. Eux savent s'arrêter par moment, faire une pause au tumulte pop, au ludique tralala télétubies, pour quelques moments apaisés de poésie acoustique..tout aussi folle. Et surtout, il n'y a pas les chœurs asiles insupportables post « Sung tongs » jamais égalé.


C'est dans l'optique architectural qui faut creuser pour aller vers la ressemblance, le fond. « grandma » est la preuve que la folie du trio peut même outrepasser celle que l'on croit la plus moderne des 2000's (escapade guitare en plein milieu du morceau).
Les calibrations sont impossibles, aucun moyen de jauger, d'analyser, d'écrire un quelconque protocole artistique qui puisse définir la poésie tribale établie.


Tout comme Gang gang dance, les idées inspirées sont indomptables. Aucun morceau plus haut que l'autre, un concept magma soumis à des éruptions anarchiques. La décontraction ludique de cet afro-jazz clair et joyeux (et c'est ce qui les oppose à « eye contact ») fait de ce disque un petit joyau de liberté cinglée et énergique.
Une autre dose de dopamine, intuitif, d'intelligence improvisée...très très bien défendu par le label libre belge culte Crammed disc.

Skeleton$ 2011 « people » label : crammed discs.
www.crammed.be
www.skeletons.tv

échelle de richter : 7,7
support cd
après 2 écoutes

quand on aime : animal collective; gang gang dance; fog; why?; hymnie's basement...

samedi 21 mai 2011

Hills






C'est du lourd, bouillant, vertigineux. Le jerk torride aux allures de hard est un fracassant mélange de Black Mountain et d'Acid Mothers Temple.
Le psychédélisme des scandinaves rappelle aussi le délire endiablé d'Elf Power lorsque leurs voyages ("winter is coming" 2001) allait fouiner du côté du Velvet.
Le tempo plombé de « rise again » puise sa force dans la queue d'une comète. Absolument 70's. Tandis que « bring me sand » louche sur « venus in fur », « claras vaggvisa » souffle mollement des vapeurs de « More ». Légère trêve avant l'explosion cosmique de « the vessel ».. quatrième piste de « Master sleeps » et déjà on a très très chaud.


Les voix sont rares et complètement englouties par la force des rythmiques, dissoutes par l'acidité des riffs, sans pour autant que les mélodies soient disloquées.

Une belle grosse tranche de transe de rock camé prog-kraut qui remet les choses en place.

Hills 2011 « Master sleeps » label : transubstans
www.transubstans.com


échelle de richter : 6,9

support cd

après 3 écoutes


quand on aime : acid mothers temple; more; elf power; the velvet underground; black mountain

jeudi 19 mai 2011

Dark dark dark

A la manière des Moriarty, tout l'acoustique danse autour de la voix de Nona Marie Invie. Le timbre appuyé de sa voix contrôle la somme des cinq autres musiciens jouant la mélancolie sur un folk zinc artisanal. Beaucoup moins festif que Moriarty certes, Dark dark dark s'acoquine plus à un americana Alela gospel.

Un point commun à tous ces artistes, le manège trouble intemporel et enivrant d'une musique proche d'une certaines humanité.


La virtuosité du piano ajoute au prestige du vague à l'âme. Quelques électricités assaisonnent discrètement les boiseries (« heavy heart »). Un ping pong vocal fille/garçon tourmenté renvoie la balle à Ai Phoenix sur le superbe « Learn that way forever » en 2002. Quelques vents de rue insufflent un air chaud, du zinc, du celtico-balkanique. Et on tangue doucement sur ce doux carrousel, les joues en récifs lacrymales, se bombent sous un menu sourire de joie lunaire.

Melodic est une auberge anglaise habituellement orientée électro-pop. L'artisanal zingué du Minnesota vient danser au milieu de groupes comme Minotaur shock, Pedro, Baïkonour, Department of eagles, The soundcarriers et des restes de l'Arab strap. Une belle preuve d'ouverture et une belle visibilité pour un grand label très discret.

La pochette est sublime, la face cachée de Nona-Marie pointe un regard troublant, dénudé lui aussi du verre épais, parmi d'autres corps noyés d'écume. A l'intérieur des clichés de tout le monde, en live ou réuni autour d'une table. Un joli contraste d'intimité inversée.

Petit cadeau très appréciable, leur mini album sorti en 2009 que je découvre ici.

Dark dark dark 2011 « Wild go » label : melodic
http://www.melodic.co.uk/
http://www.brightbrightbright.com/

échelle de richter : 8,2
support cd
après 2 écoutes

quand on aime: moriarty; alela diane; ai phoenix




Dark Dark Dark - "Daydreaming" (from 'Wild Go') by METRO Magazine

mardi 17 mai 2011

Gang gang dance


La fièvre est de retour avec « Eye contact » de Gang gang dance. Toujours la même fureur pop transgressant toutes les architectures modérées.
Pour moi, ce nouvel effort est avant tout un disque world aphrodisiaque. Et je me souviens d'un grand disque pop qui insufflait la même contagion exotique, OOIOO avec leur chef d'œuvre en 2004 « kila kila kila ».
Tous les styles se mêlent à tous les coins du monde... New wave, zouk, funk, punk, kraut, dubstep... arabique, européen, extrême orient, africain et toujours très américain.
Et si l'on ne sait plus où l'on est, on se réjouit de la transe communicative, de la contagion folle irradiant le corps et l'âme jusqu'à l'apoplexie.





Épopée dance endiablée, ce genre de pilule d'uranium peut effrayer par sa grande liberté, sa lumière, par sa brûlure d'idées expérimentales qui bousculent et bouleversent.






La pop japonisante sonne comme un disque de Kim. La force des sons et de l'énergie rappelle l'époustouflant « Eggs » de Oh no ono, sorti aussi cette année avec une pochette tout aussi belle. The chap a aussi injecté cette folle ardeur toxique à l'époque où le caniche se gonflait à l'hélium.

Ce disque hybride de pop baroque va à coup sûr être un prétendant aux grands albums des années 2000 les plus allumés, et risque de détrôner ainsi, «Yoshmi battles the pink robots » des Flaming Lips jamais égalé. La capacité de ce groupe à s'ouvrir et à élargir les limites de leur inspiration est vaste. Juste à côté de leur « discographie officielle », Gang gang dance a sorti en 2007 sur le mythique label Latitude (branche de southern records) une pièce unique, une autre épopée expérimentale encore plus profonde, encore plus ouverte, avec une pincée de rap. Juste un morceau de 15 min de puissance crescendo (même durée que le premier morceau troublant de « Eye contact ») en édition limitée (toujours 1000 pièces proposées). Témoin radical de l'évantail.













Finalement, « Eye contact », est un disque assez sombre, une vague mélancolie plane sous les airs de puissance déhanchée. Une transe dramatique habite certains morceaux et chante des hommages fantomatiques à des amis New yorkais disparus, la foudre pour un des fondateurs du groupe (« glass jar ») et une overdose pour un collaborateur (« sacer »). Une danse désespérée en quelque sorte.

La voix de Lizzie est coincée entre Kate Bush (qui avait aussi des côtés world) et des Blonde Redhead (qui ont aussi un son très travaillé, même si plus intime).



Indéniablement leur plus gros disque, colossale, ingénieux et très ambitieux.


A écouter avec un gros volume.

Gang gang dance 2011 « Eye contact » label : 4AD
http://www.ganggangdance.com/
http://www.4ad.com/

échelle de richter : 8,9
support cd
après 3 écoutes

quand on aime : flaming lips; OOIOO; oh no ono; The chap



chronique multi-média ICI





















lundi 16 mai 2011

L'altra




Pour apprécier pleinement les retrouvailles avec L’altra, il faut oublier « In the afternoon ». L’état de grâce n’est plus à l’ordre du jour. Depuis longtemps finalement. L’hyper orchestration surproduite qui pourrait être prise pour une évolution n’est en fait que l’intimité étouffée, le musellement des sentiments.

Nous faire croire que les coquelicots en vase restent fleuris est un triste mensonge.

Les cuivres y étaient pourtant déjà en 2002, mais ils avaient une teinte crépusculaire, un air tamisé et distinct. D’ailleurs le disque entier était crépusculaire. Le chao doux et lent luttait directement avec l’easy listening des albums chantés du Dakota Suite. L’envergure n’était pas la préoccupation principale, seule la proximité des âmes soufflait des ondes blêmes, sensuelles et douloureusement belles traffic » , « broken mouths » et l’épilogue « goodbye music »).
Le problème principal de « Telepathic », c’est « In the afternoon ».

C’était aussi la grande époque d’Aesthetic records, cette grande auberge de Chicago qui offrait une vitrine merveilleuse sur un post-rock jazzy raffiné (l’immense « emotional rescue » de Windsor for the derby) et quelquefois electro (Pulseprogramming avec Mark Hellner toujours présent auprès de L’altra). D’ailleurs mes disques de L’altra sont toujours rangés avec les autres pièces d’Aesthetic, comme si le temps s’était arrêté en 2002.
L’état de grâce n’est plus, depuis longtemps. « Different days » en 2005 avant la séparation, Costa music ou WW Lowman, les projets solo 2008 de Joseph Costa et Lindsay Anderson , ne m’ont jamais troublé, même si se sont de très bons album.
Même les disquaires n’y croient plus, Acuarela est proposé au compte goutte, en import, l’art madrilène n’est plus systématiquement affiché parmi les nouveautés. Pourtant Acuarela discos est un abri idéal pour cette pop lente et lumineuse plus proche maintenant de Piano Magic. Leur belle apparition sur la compilation Acuarela song 2 laissait entrevoir un bel espoir.
Le rêve de grandeur abîme, l’onirisme escamote et la luxuriance masque.
L’évanescence spirituelle de « In the afternoon » est un immense problème pour ce duo fraîchement reformé. Notre mémoire est encore fraîche de l’inégalable.

Sinon, « Telepathic » est un très bon disque.

L’altra 2011 « Telepathic » label : acuarela discos
http://www.acuareladiscos.com/
http://www.laltramusic.com/

échelle de richter : 6,5
support cd
après 1 écoute












L' ALTRA - Telephatic - Nothing Can Tear It Apart



L'Altra - Winter Loves Summer Sun

vendredi 13 mai 2011

Mick Harvey





The bad Seeds, « Murder ballads », Polly Jean Harvey, une liaison, une histoire d'amour, "The boatman's call" en rupture, une rencontre, une collaboration, « Let England shake », un album solo.. celui de Mick Harvey.

Je découvre sur deezer le dernier opus du bad seeds, très Calexico, très Johnny Cash, très Nick Cave.

Très bon.


Après une pochette huile sur lin de Bill Callahan, celle de Mick Harvey jumelle, comme un appel à la térébenthine... signe qu'il faut y aller .. au charbon, à l'huile.










Mick Harvey 2011 « Sketches from the book of death » label : mute




échelle de richter : 7,8

support streaming

après 1 écoute



mercredi 11 mai 2011

Thomas Fersen


Il ne faudrait pas qu'on se lasse des sorties poétiques folles de Thomas Fersen. Peu de chose sur sa folie 2011. C'est de sa faute aussi, à faire pleuvoir les balançoires, sourirent les lunes et pleurer les chandelles à chacune de ses sorties, on finit par ne plus voir la poésie pure, les fous qui volent autour de ses notes, les chiens, les scies, les borborygmes, les Dugenou et les bambi, les blattes et les punaises.


Elisabeth, Sandra, Mathieu, Félix, Bijou, Irène, Diane, Germaine, Hyacinthe.... ce bal n'en finit plus. Personne n'en parle. Alors c'est Dracula qui se pointe, comme une pause noctambule sous le clair de lune le plus beau qu'on ait jamais vu. Le manoir est près d'une mer, les airs sont plus celtique que jamais, les instruments magiques, les histoires fidèles au grain de folie, aux monde à part, aux univers parallèles tout près de chez nous, juste à côté derrière notre mur mitoyen du quotidien. C'est notre voisin, notre cousin, notre amoureuse, celui qui nous touche le coude sur le strapontin du métro, ou cet âme inconnue qui vient nous humer le traversin la nuit et que l'on croit être un cauchemar.

Fidèle oui, mais c'est pas une raison pour plus faire attention. La passion s'entretient au quotidien, passer le baume tous les soirs, l'encaustique à chaque composition, pleurer sur chaque histoire, des larmes de joie, puisque tout cela n'est qu'un bal fou, complètement étourdissant.

Les mélodies sont extrêmement séduisantes, cet album époustouflant, le château fête ses fous ce soir, les lampions, la pyrotechnie, les violons, les légendes, les mythes, tout y est, la réception bat son plein... je n'avais pas jubilé à ce point depuis « la chandelle ».
Mais c'est pas une raison quand même pour ne pas crier au génie, sur tous les toits, pour chaque disque nouveau de Thomas Fersen. A lui aussi « la folie l'a empêché d'être fou ».

Thomas Fersen 2011 « je suis au paradis » label : tot ou tard
www.totoutard.com
www.thomasfersensiteofficiel.com

échelle de richter : 8,9
support cd
après 10 écoutes

Orka








Le gros son qui émane du deuxième album d’Orka, « Oro » est très spécial. Et pour cause, à la manière d’Einsturzende neubauten, toutes les idées sonores sont bricolées sur des instruments fabriqués sur mesure.
Cela donne un disque industriel vaporeux, une sorte de cataclysme urbain très obscur. Cet acte tribal vient confirmer la belle surprise de leur premier album « Livandi Oyda » sorti en 2008.

Les îles Feroe est leur provenance et vient apporter l’exotisme chez le pourtant très éclectique label Ici d’ailleurs. Pour le coup on l’est vraiment ailleurs, complètement habité par un rock plombé quasi paranormal, frôlant par moment un lointain Kraut.
Vaste exploration incarnée par une voix puissante et grave, aux ondes parfois proches de Swans.

Orka 2011 « Oro » label : ici d’ailleurs/Tult
www.myspace.com/orkaonline
http://www.icidailleurs.com/

échelle de richter : 6,7
support cd
après 1 écoute

quand on aime : einsturzende neubauten ; mobiil ; oslo telescopic ; swans

ORKA - Livandi Oyða

mardi 10 mai 2011

Daniel Balavoine / Tonton


Ce soir, je reste muet et perplexe devant l'histoire et j'avoue ici quelques tendances philosophiques, sans pour autant m'étendre politiquement (j'en suis incapable).

Je suis devant « Le promeneur du champs de mars »... et je reste profondément ému. Rendre ses enfants heureux malgré tout les problèmes sous-jacents et l'oppression, est un art digne d'un être humain aux vertus intransigeantes. Évidemment quelques détails de l'histoire m'échappent, je suis apolitique et veux le rester, un candide de l'hémicycle pour ne pas virer.
Je vote comme un utopiste. Je vote « contre » depuis qu'il y a danger, qu'il n'y a plus personne, et ça me fout en l'air. « Ils ont voté et puis après ».



Je suis vert, rouge, noir, je suis à gauche car dès que l'on fait de la politique on se barre à droite. Il parait évident que pour diriger un pays, il vaut mieux un homme de culture, d'intelligence, de diligence, d'humilité, de dignité, de carrure, de diplomatie qu'un militaire, voire pire un chef d'entreprise.






J'ai trouvé que c'était le moment idéal pour présenter dans ces pages un disque particulier pour moi, presque lié à cet événement du joli mois de mai. Impossible depuis pas mal de temps de trouver une occasion de le faire, un alibi à cet aveu qui me tient à cœur. C'est la musique d'ici que j'écoutais en 81, à l'époque le meilleur de lui était dans les bacs. L'auteur de « Face amour, face amer »; « Le chanteur »; « Les aventures de Simon et Gunther Stein » est à l'origine de la plus forte provocation. Un défit télévisuel, Balavoine et Tonton, j'y étais. Quel moment, quels hommes. J'écoutais ces disques avec acharnement, et je découvrais en décalage ses premiers 45t avec « la confiture », mais surtout son premier LP que je viens de m'offrir avec pour la première fois en édition cd ,la pochette originale: « De vous à elle en passant par moi ». Sur un coffret pas beau de 4 vinyles étaient présenté à l'époque une chanson particulière, ma préférée de Daniel Balavoine, j'avais 12 ans, « Evelyne et moi ».



"Si je suis fou"; "c'est un voyou" étaient mes refuges d'alors sous lesquels j'engouffrais ma bouderie pré-ado et déjà mes tendances anti-conformistes. A fuir la réalité, je transposais mes vagues à l'âme derrière des petits gars comme le "pauvre Nicolas", ou le "pauvre Bobby". Puisque nous sommes aux aveux, dans la même veine, je suis depuis peu citoyen de la présipauté de Groland. On se refait pas.
Voilà mon clin d'œil pour cet anniversaire. "Un autre printemps est possible".



Une autre nostalgie ici.

Daniel Balavoine 1975 « De vous à elle en passant par moi » label : barclay










Désolé pour les images du clip...j'ai trouvé que ça.... écoutez cette merveille, soyez indulgent, c'est un aveu.

Cass McCombs


Presque aussi posé que « Spellbound », je reste pétrifié à l'écoute de « memory's satin », sur lequel les cuivres lambins viennent danser avec le silence, comme sur « Newton plum » le chef d'oeuvre des Bed. Des castagnettes viennent casser subrepticement la torpeur du tempo.
Le cinquième opus de Cass McCombs ressemble à une chaloupe endormie. Ça tangue langoureusement et « Wit's end » vient rompre sa discographie jusqu'ici sans surprise, comme une pause, un aveu, comme quoi le rouleau arrive à son extrémité.



Sa rugosité rock mise au placard, les chansons du nouveau baladin pop pourrait se résumer à un disque de Richard Hawley (tout à fait d'accord avec Benoit) chanté par Elliott Smith, ou une pièce de Lambchop interprétée par Paul Simon jeune, période cotonneuse.
Quelque chose s'est cassé, une rupture n'épargnant que son génie. Passer à autre chose.
C'est fait avec ce disque qui donne envie de valser mollement, des valses anesthésiées, fécondées avec une rare intelligence. Subtile et détendu, son art ramolli fait mouche, appâté par une sublime pochette ébouriffée, et j'ai l'impression de découvrir un autre homme derrière cette géniale flemmardise inspirée. « a knock upon the door » est un morceau de bravoure clôturant l'album, qui souffle et percute artisanalement un son Tom Waits pour une ultime valse dont on ne revient pas.

Cass McCombs 2011 « Wit's end » label : domino
www.cassmccombs.com
www.dominorecordco.com

échelle de richter : 8,8
support cd
après 4 écoutes.






quand on aime: richard hawley; elliott smith; paul simon..

lundi 9 mai 2011

Jethro Tull



La quintessence du héron à flute, l'origine du collectif malléable gravitant autour de Ian Anderson, du blues comme les début de Fleetwood Mac, du jazz généreusement incorporé au folk celtico-médiéval du groupe classico-psyché le plus fou de l'histoire du rock foutraque.
Héron fou sur une patte, flamant patchwork halluciné oeuvrant pour tirer vers le haut une pop 70's aux airs de bourrée et de soli à bec inégalable.

Chaque son de flûte traversière depuis me ramène à Jethro Tull, le groupe que j'ai découvert à l'armée avec un pote de chambrée qui me filait des K7 audio d'Aqualung (et de Roy Harper par lamême occasion). Je ne me souviens plus de son nom. Nous avons juste échangé musique pendant des heures et des heures de planton.





Nous sommes en 68, un véritable carrefour des genres, une grande place ouverte à tout, noire de monde. Les Stones ont importé avec acharnement le blues de Chicago vers Dartford, les Beatles chamboulent tous les genres alors qu'ils se meurent inéluctablement, le progressif gronde pour exploser véritablement début 70's (Jethro Tull a d'ailleurs apporté deux pièces à ce mouvement: « the passion plays » et « thick as a brick » 73 et 72, juste après avoir fait exploser les charts avec « Aqualung »).


Cette œuvre majeure, « This was », ne sera jamais dupliquée dans l'histoire du groupe, le socle est alors profondément blues et Mick Abrahams qui partira juste après ce disque, est le guitariste fondamental, et fait de « This was » un brûlot crossroad innovant sans précédent.
68, c'est une petite révolution dans ce genre académique, les puristes blues et surtout jazz crient à l'hérésie, luttent outrageusement contre la « dérive » et l' avilissement du genre..une flute traversière dans le crossroad, c'est un peu comme un impressionniste proposant des ombres violettes dans un paysage classique. D'autant plus que Ian Anderson se lance dans des adaptations méconnaissables: « serenade to a cuckoo », « cat's squirrel » sublimes morceaux. Puis vient s'ajouter à cela une touche de classique bourée » sur l'album suivant), du terreux hard à la Led Zep, du rock pierreux de barbus crades, des rebondissement progressifs, tout en gardant le style établi d'un harmonica à la Mayall et des accords ancestraux. Une lumière nouvelle vient éclairer la caste conventionnelle, et vient assouvir cette soif de changement.





Premier album d'un groupe qui n'arrêtera pas de grandir sans cesse, notamment avec l'apparition du nouveau guitariste Martin Barre dès l'album suivant « Stand up » (fraîchement réédité avec un concert au Carnegie Hall qui existait déjà dans le coffret quatre cd 25 years anniversary, la fameuse boite à cigare), le nouveau duo inébranlable (il restera jusqu'au bout) pour un groupe malléable sans cesse renouvelé (arborescence des musiciens très complexe).

Une pluie de rééditions DeLuxe s'abat sur les bacs depuis quelques temps. L'avantage de ces résurrections, c'est d'y trouver des pièces rares, des prises inédites, des unrealesed, des sessions live par exemple. « This was », contrairement à « Stand up » paru en 2010, est une mine d'or historique, une air que je jalouse pour ne pas l'avoir vécu, alors je me soigne, je compense et je passe en boucle ce double cd qui remplace mon vinyle crépitant, jusqu'à plus soif. John Pell dans les parages, des versions BBC à tomber, l'apparition de « love story », une reprise de « stormy monday », et surtout un de mes morceaux fétiches, « dharma for one » (que j'ai découvert sur le double vinyle « living in the past »), véritable transe indéfinissable.

Ian Anderson a avoué ne plus avoir l'énergie rock pour faire perdurer le groupe sur scène et dans les bacs. Mais la discographie est immensément vaste avant qu'on puisse réclamer le retour du héron musicien phallique brandissant sa flute en onanisme furieux au dessus du publique.
« This was » indispensable.

Jethro Tull 1968 « This was » label chrysalis
réédition 2008 sur EMI
http://www.j-tull.com/







Gary Higgins



Un joyau folk s'ouvre à nous. Drag city divulgue à travers 6 pistes de 24 minutes en tout, les premiers travaux épures de Gary Higgins 1970/71. Ces ébauches déboucheront sur son grand disque 73 « Red Hash » réédité par le même label en 2005. Une punition pénale pour détention de marijuana devait avoir raison de ses arpèges. « Red hash » pourtant très prometteur, est l'unique album de Garry Higgins.

Seul avec sa six cordes sèche, il dévoile sa country lumineuse dans une nudité totale.
On imagine Ben Chasny invoquant son maître, Nick Drake cheminant auprès de ce troubadour, David Crosby dans les parages psychédéliques.
On imagine aussi, Josh T pearson, Iron and Wine ou William Fitzsimmons arborant cette épaisse barbe folk, peut être l'origine des colliers opulents.



Gary Higgins 1970/71 "Dream a while back" label : drag city


échelle de richter : 8

support cd

après 2 écoutes



quand on aime : six organs of admittance; nick drake; david crosby

dimanche 8 mai 2011

Perry Blake





Les ondes trip hop maîtrisée par un crooner tristounet m'ont ramenées comme un flash vers Perry Blake et son chef d'œuvre jamais égalé non plus « Perry blake » 1998. Rangé dans la boite à trésors auprès de « Whiskey », ce disque a marqué irréversiblement ma discothèque de pop introvertie. Ce n'est pas que la suite discographique de ce crooner irlandais m'ait laissée de glace, c'est juste que je suis tombé éperdument amoureux de « Genevieve »...et d' « Anouska » aussi.




Un climat unique, un son acoustique complètement habité de samples, et d'orchestration symphonique. Un album thématique, un concept atmosphérique, tous les morceaux épousent chaque once des vagues à l'âme qui blesse mon quotidien. Souvent la bande son de mes états d'âme donc, je trimbale ce disque comme une fidélité, une récupération personnelle d'autant plus riche que le disque est tombé dans les oubliettes.
Pas une seule note à jeter, un seul son trouble, une seule idée d'arrangement, l'album parfait. Un douce envie de dérive, de naufrage attaque dès les premières notes "little boys & little girls", imparable.
Le plus troublant, c'est la longue dérive vers des abysses sublimes de mélancolie. Une beauté qui gonfle, de « so long » au troublant « naked man », la soul extrêmement lente de « widows by the radio », le douloureux « weeping tree »...


La grande époque du trio hop donc. Ce disque pourtant sorti chez Polydor fut quand même rangé au rayon indépendant à l'époque et je me souviens encore de la première écoute en magasin. Ceci dit, Perry Blake est passé chez Naïve tout de suite après ce chef d'œuvre avec le très beau « Still life ».
Un grand moment d'intimité musicale, un confortable petit moment à moi.


Perry Blake 1998 "perry blake" label : polydor



échelle de richter : 9

après 1000 écoutes

support : cd





Perry Blake - "Genevieve & the Hunchback" par naiverecords

samedi 7 mai 2011

Jay Jay Johanson



« Whiskey » en pleine euphorie trip hop est venu, deux après l'explosion « Dummy », bouleverser le paysage du genre. Et l'on sent bien à l'époque (96 où l'on classait des disques en trip hop, electronica ..etc) qu'il sera désormais très difficile de dupliquer ce coup de génie. Jäge Johansson, en phonétique Jay Jay Johanson, écrivait alors son histoire et celle de la musique sampler. Chaque morceau est un hymne romantique fleur bleue qu'aurait pu composer Burt Bucharach s'il avait eu la maîtrise des boucles et des programmations. Quant à la voix, elle est un doux mélange de George Michael et d'Anthony... crooner à coup sûr, unique, jazz à fleur de peau, mélancolie au raz des bleuets, explosion médiatique pour un coup de maître.
Confirmation hétérogène avec Tatoo sorti alors que nous n'étions pas encore remis de « so tell the girl that i am back in town ».
En 2000, je devais retomber méchamment sur « Poison ». Portishead II était repassé depuis, blessant à coup sûr les âmes sombres d'un trip hop toujours en effervescence et « Poison », aussi sombre. Pochette pas si lointaine. Plongée dans le sonore jazz électro mélancolique. « Changed », « faraway » achèvent et l'on se morfond tout en prenant de la hauteur, dans l' harmonie, où l'accordéon vient pleurer avec le timbre lyriquement crooner. Un sommet. Même « neon lights » et « fire », les morceaux cachés sont à se tordre.
Puis plus rien en ce qui me concerne. Il faut dire que la barre était posée très haute. Je ne peux même pas parler du faciesse Alladin Sane techno de « Antenna » .. j'ai lâché, un peu comme j'ai lâché Goldfrapp, juste après leur premier album.

Blake, une fois de plus m'a sorti de la torpeur. Bondir, choper l'objet en espérant retrouver l'émotion d'alors.

Le trip hop n'existe plus (du moins dans les bacs), le timbre est intact, le jazz incorporé au silence plus que jamais comme savais le faire Mark Hollis. Un léger soul Donald Fagen flotte ici et là. Les mélodies moins flagrantes que « Whiskey » demandent plus d'attention et finissent par proposer le même chemin, offrir la faille. Et l'on s'engouffre faiblement. Nous avons les anticorps Jay Jay, ça y fait. D'autant plus qu'il nous injecte une piqure de rappel en réinterprétant des morceaux de sa carrières sur un cd bonus, comme un bilan, à la sauce « Spellbound ». Nous sommes immunisé, « Spellbound » en trip, « Looking Glass » comme un regret de s'être perdu à ce point, depuis. Pas grave, notre système immunitaire émotionnelle est quasi impénétrable, nous on attendait juste.

L'artiste s'échine souvent à vouloir renouveler son inspiration. Se mentir et se dire que l'on vient de créer une teinte et par le biais d'un contraste inhabituel, on se dit qu'une voix est ouverte vers d'autre paysages jusqu'à l'euphorie. Mais au fond, les mêmes harmonies, les mêmes accords sourdent et le combat est vain. Essayer inconsciemment de duper l'observateur ou l'auditeur, pour lui faire croire qu'il habite ailleurs devant une nouvelle création, qu'il n'a jamais vu cette patine chez vous. Pourtant les murs restent les mêmes, seule la lumière qui en éclaire les parois change, même si on exulte à scruter le plafond sous d'autres rayons. Une fois le cerveau marqué au fer blanc par un style révélé, il est quasiment impossible de s'en défaire.

J'ai surement eu tort de fuir JJ Johanson quand sa lumière devenait fauve, trop claire. Le matériel était sûrement le même. La lumière d'alors fut déviée par un changement d'optique et de label, une pression et une volonté de changer pour un groupe fraîchement dispersé.
Je vous dit cela, car au moment où j'écoute « Spellbound », j'ai replongé dans le guano. Ma violente intention de virer, braquer en bouleversant ma palette et mon style n'est qu'une illusion. La spatule en gestes saccadés, rythmés de pulsion maîtrisée depuis des mois cavale, incoercibles.

5 jours sans billet musical. Les frères Larrieu proposaient de peindre ou de faire l'amour, film merveilleux. Dans mon cas, je hume l'huile de lin à plein naseau depuis lundi... peindre ou chroniquer !!!!!

Jay Jay Johanson est avec son groupe d'origine, en live, sans métronome, juste avec son matériel dénudé de tout artifice, sa récente couleur, sa nouvelle tendance. Quel bonheur de déguster « the girl i love is gone » façon « Newton Plum ». Cette lumière là lui sied à merveille.

Jay Jay Johanson 2011 « Spellbound / Looking glass » label : universal
http://www.jay-jayjohanson.com/

échelle de richter : 8,6
support : cd
après 6 écoutes.





































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