mercredi 24 mars 2010

A Taste of Ra






Un pollen canadien revêche et tenace s'est déposé sur les contrées scandinaves amenant avec lui une once de matériel génétique américain, et Neil Young devait fleurir loin du berceau country-folk des vastes prairies. En 2002, Nicolai Dunger s'emparait de la perche tendu par Will Oldham pour collaborer et devenir un des plus célèbre cowboy de Scandinavie avec « tranquilisolation ». Le « new folk sounds from northem europe » depuis n'a fait qu'élargir ses enclos avec dans ses écuries des songwriters troubadours comme St Thomas; Thomas Dybdahl; Mattias Hellberg; Kristofer Aström.... Confirmant et affinant au fil de 6 albums, Nicolai Dunger qui, malgré une tendance pop plus affirmée façon Van Morrisson, cache en fait une âme plus acide, expérimentale et sonore. C'est chez lui cette fois-ci qu'il exprima sa liberté psychédélique. Un label suédois extraordinaire,mais en silence radio puisque la dernière nouvelle de Häpna mise ligne date de mai 2009 avec la sortie du deuxième album de Anna Jarvinen. Hapnä, c'est quand même Hans Hapelqvist, Tape; Giuseppe Ielasi; Andrea Belfi; Pita; Patrick Torson, Stephan Matthieu, une pièce unique pour un duo culte : Loren Connors/David Grubbs (« arbovitae »).... et une trentaine de disques aux pochettes cartonnées recyclables, d'une même écriture, d'obédience weird folk, d'ambiances expérimentales, comme beaucoup de labels de ce coin du monde résineux.
A Taste of Ra est le nom des trois albums d'une discrétion totale puisqu'aucune information ne laisse deviner qu'il s'agit de projets de Nicolai Dunger. Il faut se laisser bercer par cette déstructuration pop pour imaginer ce qui boue dans le cerveau du suédois.
Un collectif en jachère, un catalogue riche parmi les plus précieux et les plus rares (disponible que sur commande), un délire enfoui dans ses racines scandinaves, une culture importée et bien assise depuis, un artiste visible et mystérieux à la fois.




A Taste of Ra : " I " 2005; " II " 2006; " morning of my life" 2007 label : häpna






Peter Doherty


A des années lumières de The Libertines, meilleur qu'un disque de Babyshambles, "Grace/Wastelands" l'album solo de Peter Doherty est un excellent disque que les masses médiatiques allergisantes m'auront caché pendant un an. Une très belle surprise pour cette pop coincée entre Syd Barrett et Pulp.
Peter DOHERTY "grace/wastelands" 2009
label : parlophone

jeudi 18 mars 2010

Peter Broderick & Machinefabriek


Remède idéal à la panne d'inspiration, à la « chiadure » médiocre d'une muse en berne, « Blank grey canvas sky » est exactement le catalyseur qu'il faut pour que mes ciels retrouvent vie. C'est le fruit d'une association magistrale, un point de rencontre parfait, une connexion juste entre deux visions musicales compatibles. Le néoclassique de Peter Broderick et la crème ambiante électronique de Machinefabriek dansent autour d'un seul élément qui les lie cette jonction unique, le silence une fois de plus. Il est fort à parier que cet art de l'aquarelle musicale relève d'une maîtrise surdimensionnée, un état de grâce basé sur le blanc de la trame. Ces épousailles ponctuelles du classique et de l'ordinateur prend aux tripes et aux larmes quand, dès la deuxième piste, le sommet est atteint avec « planes ». L'aboutissement d'une telle association n'est pas de composer une œuvre philharmonique moderne, mais seulement de dessiner un paysage évolutif et impressionniste.
Peter Broderick flirte avec quelques labels de qualité; type, bella union, kning disc, et distille un art néoclassique très proche de Sylvain Chauveau, ou Max Richter, prolixe et généreux ( il a permis a erased tapes de sortir de l'ombre les travaux pianistiques de Nils Fraham), il est un paysagiste gigantesque.
Machinefabriek est le très prolifique Rutger Zuydervelt, sa discographie est un véritable labyrinthe, énormément corsée de multiples collaborations, ricochant de labels en labels . Mais c'est surtout un magicien sonore, un visionnaire talentueux et un expert de paysages ambiants.
La jonction est là, bien assise autour de vastes paysages et de silences, les deux points communs des deux cerveaux en ébullition. Pour le reste, il n'est question que de mariage des différences.
« Planes » sur la platine et les démons démissionnaires s'évaporent comme par enchantement laissant place à l'hospitalité inspirée illimitée.
Peter Broderick & Machinefabriek 2009 " blank grey canvas sky" label : fang

Joanna Newsom




Des frissons me parcourent l'échine, une véritable piqure de rappel titillant mes anticorps épidermiques. La crinière de Kate Bush accrochée sur mon mur en 1988, alors que je venais d'acheter le vinyl et qu'elle me regardais droit dans les yeux..au verso de la pochette de Lionheart sorti en 1978. Sous-pente extrêmement exigüe, papier peint désuet, maie de grenier qu'une lionne prête à bondir semble vouloir protéger. Fantasme irréversible dont je ne suis toujours pas revenu, passant du recto au verso à la fois pour prendre du recul et s'imaginer entrer sous cette charpente tamisée, invité, et aussi pour s'approcher le plus possible des épaules nues et de la bouche entrouverte. On se calme et on relativise sur la portée musicale de cet album qui ne laissa de trace que dans mon cerveau introverti d'adolescent rural. Le coup de maître avait déjà eut lieu sur « the kick inside » que David Gilmour avait lancé aux yeux du monde musical la même année. Lionheart certes est un coup pour rien pour cette artiste qui va exploser avec « never for ever » en 1980. Mais voilà, le disque que j'écoute en ce moment colle à Lionheart et aux 3.08 minutes de "oh england, my lionheart", comme une gémellité incontestable , une émotion pavlovienne. « Have one on me » de Joana Newson. Une pochette et une frimousse tout aussi troublante... avec des cuivres en plus, des ballades à la harpe, et un lyrisme abondant puisqu'il est question ici d'un coffret triple pour une seule sortie. Une œuvre conceptuelle à l'émotion tenace. Un pavé donc, qu'il est fort à parier, puisque tout tend à bâcler, qu'il reste un moment coller aux oubliettes, comme Lionheart il y a 32 ans...pour d'autres raisons. Une oeuvre collossale, un souvenir inoubliable.
Joanna Newsom 2010 "have one on me" label : drag city
quand on aime : kate bush

jeudi 11 mars 2010

Musée Mécanique


Justement, Grandaddy plane alentours et laisse quelques traces baveuses dans la pop évaporée. Un nouveau bijou 2010 vient alléger les bacs de sa mélodie lustrale. Un frimât pop où tout est conçu à fleur de peau, dans la délicatesse la plus cotonneuse. Grandaddy donc, contaminé au Sparklehorse qui vient juste de perdre sa crinière, mais Musée Mécanique penche aussi vers Elliott Smith pour le chant pop lacrymale, King of Convenience pour les arpèges délétères, Greg Weeks pour les nappes moribondes inquiétantes de solitude. Et s'il faut qualifier plus encore, rapprochons-nous un peu et revisitons Sébastien Schuller, Syd Matters, The Sleeping Years.... un tourbillon de références pour une seule consolation musicale unique à l'hiver qui n'en finit pas. Rester confiné dedans, un cocon de douceur chaleureuse, un vieux bougeoir et des ombres qui vacillent, des diapositives sur le mur, vieilles, dont une brulée par la lumière..la mélancolie d'un visage perdu, la nostalgie en fuite, des souvenirs qu'on cherche.
« hold this ghost » est le premier album de Musée Mécanique, d'une beauté improbable. Il faut ajouter à ce miracle, un son exquis, une production précieuse, des cordes en tout genre et des nappes de synthé en baume, et beaucoup d'invités ajoutés à ce quintette de l'Oregon, comme pour mieux communier à la paix et toute la plénitude qui plane autour.
Musée Mécanique 2009 "hold this ghost" label : souterrain transmissions
quand on aime : grandaddy; greg weeks; eliott smith; syd matters; sebastien schuller

Grandaddy


A mon age, à l’heure qu’il est, je pense être en mesure de me plonger sur quelques nostalgies d’albums déjà passés au rang de trésors classés, aux influences non négligeables, que le recul fixe définitivement. Certes, ces rappels resteront très personnels, mais aussi assez représentatifs de leurs empreintes dans l’histoire de la musique « moderne ».
La première pièce de cette rubrique appelée « arrêt sur image» est un album de Grandaddy, « under the western freeway », le premier véritable lp du groupe de Modesto. L'album précédent, « the broken down comforter collection » est, comme il l'indique, une compilation des ep et autres compositions réalisées jusqu’alors. « The Sophtware slump » aussi aurait pu figurer sur cette liste d'incontournable, sauf qu'il n'est pas la toute première vive émotion du groupe, le coup de foudre. Baptême donc et séduction immédiate. Jason Lytle et ses acolytes jaillissent du monde de Neil Young, petit maître à bord de mes étagères, mais aussi des Floyd, des Beatles et d'Alan Parson Project qu'il écoutait sans cesse enfant (toutes ces influences se sentent réellement sur « sumday » 2003). Cet américana mélancolique, terreux et poisseux traîne sa crasse et son ennui dans les vapeurs d’alcool, les nappes de guitares, une basse profonde et une batterie lourde. Le synthé quant à lui paraît désuet, allège et fait la signature sonore du groupe. Ce rock endiablé de lenteur avec quelques sursauts rugueux à la voix pâteuse et groggy, fut une introduction du genre (tellement de groupes ont plongé immédiatement dans ce rock caniculaire ) tout en rappelant MON « After the golden rush » adolescent…. une sorte de relais. La passion de ce disque fut crescendo, il m’arrive de prendre un pied immense, plus intense qu’à l’époque quand je réécoute ce disque à la mobylette envolée. Influence nette, découverte radicale, je devais suivre ce groupe sans en perdre une miette, jusqu’à la collaboration sur le disque de Peter Walker (young gravity 2006); le réveil de Maarten avec my "favorite sheriff" en 2007 et à l’album solo de Jason Lytle sorti en 2008.
18 juin 2003, rue de Lappe, puis café de la danse, 1h30 de messe dans une chaleur torride, communion frissonnante à l’époque où l’on pouvait encore cloper et écluser en salle. Un film documentaire avec quelques scènes de la vie du groupe déjanté, coupé d’images écologiques, alors que l'imposant bassiste Kevin Garcia finissait lourdement son riff dans une caisse de bières derrière la scène.
1997, un disque venu de nul part à cette époque, et cette lente noyade dans l'autoproduction, l'underground musical tellement riche, un son sec, une envolée fantastique sur « laughing stock »; une transe d'ado californien sur « summer here kids »; une simplicité nostalgique, une authenticité moderne; l'Amérique profonde que l'on connaissait pourtant déjà; une ambiance de délire moite éthylique pouvant aller jusqu'à la nausée « poisoned at harsty thai food », guérie in extrémis par un planant « why took your advice »; une diapositive pour les oreilles, une pièce maîtresse indispensable. C'est surement toutes les influences condensées qui ont fait claquer ce disque dans mon cerveau comme une fringue que l'on vient d'acheter et qu'on a l'impression d'avoir mis depuis des années.
GRANDADDY 1997 "under the western freeway" label = big cat / wills records

samedi 27 février 2010

Get Well Soon




Une complainte tragique et romantique, de la même saveur que Divine Comedy à l'heure de la « régénération », en plus luxuriante, émane de « Vexations » le deuxième album de Get Well Soon; la même folie exubérante que Flotation Toy Warning avec en plus des envolées sombress; la même puissance sonore que The Dears sur « no cities left » avec en plus la sensibilité abîmé des sentiments bafoués; son sommet artistique avec la même force ambiante que « Ok Computer », la perfection totale; un grain de folie comme Tim Burton avec en plus une légère atmosphère slave; désespoir lacrymale similaire à Elliott Smith avec la féminité en plus......
Cet opus faramineux, vient plaquer au néant la moindre possibilité de bilan musicale 2009 (au même titre que quelques pièces qui introduisent 2010 en fanfare : Midlake; Owen Pallett; The Besnard Lakes; ..), une farouche impression d'avoir en possession la pièce maîtresse d'une prochaine décennie. Anéantir l'esprit de synthèse en fixant ses émotions sur cette étude minutieuse de quelques gifles infligées au quotidien...la vexation... « il faut voir comme on nous parle... ».
Combien d'écoute va t'il me falloir pour revenir de cette épaisse forêt ? La bande son idéale introspective pour les pensées d'un promeneur solitaire.
Pris en otage par ce tourbillon sentimental, je reste sans discours rétroactif, j'abdique le bilan et je happe l'instant présent, le carpe diem des bacs intemporels et je défie quiconque à l'étiquette romantique refoulé de ne pas avoir le poil aux aguets définitivement à l'écoute de cette œuvre et d'assumer en bloc cet état de fragilité réelle qui n'est pas une image, mais une vision approfondie et philosophique des choses et des gens qui nous entourent. Cette ode à la sensibilité oblige à dévoiler le dégout des sagesses raisonnables, des rigueurs, des froideurs, sans aucune pudeur, un état d'âme fidèle, le contraire de l'image tricheuse et entretenue … qui vexe.


GET WELL SOON "vexations" 2010 label : city slang




quand on aime : divine comedy; flotation toy warning; the dears, radiohead; le romantisme

John Frusciante 2009 ... 2005, 2004...

  Tout d'abord, il n'y a rien au dessus du sommet «  Shadows Collide with People  » avec cette collection tubesque de morceaux d...