samedi 26 janvier 2008

Fonal : Elenoora Rosenholm / Ville Leinonen




Une nouvelle fois je voudrais m’attarder sur deux des dernières productions (53 et 54 ième) d’un label bouillant des pays nordiques. « Fonal records » est une richesse artistique locale très peu distribuée en France. Pourtant de multiples couleurs très à la mode jaillissent de ce bouillon culturel, des teintes chaudes comme le psyché expérimental, l’électronica, la pop naïve, le rock dans ses versions les plus country et surtout une liberté de composition d’un collectif qui comme chez Constellation échange les artistes et les invités pour de multiples collaborations. Cette osmose est telle que l’arborescence qui croît de ce cœur musical va jusqu’à toucher des racines les nimbes acid-folk américaine au travers de groupes comme Pharaoh Overload (last visible dog), ou Avarus (secret eye records). Le tout est emmené par un homme polyvalent autant dans la musique (auteur compositeur) que dans le graphisme des pochettes. Il est aussi ingénieur du son et fondateur du label qui a dorénavant son nom dans les incontournables indépendants. C’est en 1995 que Sami Sänpäkkilä lance Fonal, aidé par le distributeur belge Kraak, label tout aussi indispensable.
La plupart des albums sont chantés en finnois, et donne une idée sur l’identité revendiquée par ce courant musical scandinave. Chaque disque obéit à une ligne graphique digne des plus beaux objets à collectionner relarguant aux tristesses le Mp3 insipide. L’hébergement d’un artiste offre un design somptueux, des pochettes différentes mais une présentation unique. La bague entourant harmonieusement la couverture cartonnée est une signature exclusive. Oui, je persiste et j’insiste, l’objet du disque en tant que tel a une importance vitale.
Elenoora Rosenholm et Ville Leinonen donc sont les deux dernières productions finlandaises disponibles dans les bacs. Deux disques au style différent, mais à la fraîcheur égale. C’est l’automne quand sort "Suudelmitar" de Leinonen, une localité dont il est amoureux et qu’il revendique au travers une collection de chansons très poétiques et printanières . Le disque est impressionniste, descriptif (les paroles sont traduites dans le livret), fleuri et amoureux. Les meilleurs musiciens finlandais sont là, pour un disque qui devait à la l’origine être chanté seul avec une guitare…. C’est très frais, et même chaud comme des balades lusitaniennes. D’ailleurs certaines chansons sont très hispanisantes, tant au travers de la langue que dans les guitares sèches. Le folk se promène dans les nimbes fantomatiques des premiers albums de Supertramp et la réalité pop espagnole d’un confrère européen Nacho Vegas.
Beaucoup plus tourmenté, Elenoora s’exprime dans un fun-pop post 80’s sérieusement basé sur des programmations synthé. Les chansons dynamiques entament un disque court entrecoupé de deux plages instrumentales ambiantes et inquiétantes. A la manière d’un générique de dessin animé japonais, « vainajan muotokhva » lâche deux morceaux très ludiques avant de calmer le jeu avec « Ovet ja huoneet » dans un cold wave sombre comme le design général de la pochette. En guise de présentation d’album Elenoora affiche une réflexion complexe pleine d’excuses et de remords sur les sentiments et des comportements, contrairement à Ville qui exprime fidèlement un élan poétique très en adéquation à son disque chlorophyllien.
Deux artistes d’actualité aux expressions différentes pour un label référence dans ce coin d’Europe vers lequel tous les regards curieux d’un folk au sommet de son art doivent se tourner.
Elenoora Rosenholm 2007 "vainajan muotokhva "
Ville Leinonen 2007 "Suudelmitar"

Winter Family


Un moment de flottement dans la discographie, un disque en état de grâce qui défraye la chronique depuis quelques mois déjà. Winter Family est un duo franco/israélien. Xavier Klaine penché sur son clavier accompagne en nappes et en notes les textes que psalmodie Ruth Rosenthal.
On est pétrifié, saisi de frissons et d’entrée on ferme les yeux pour mieux voir la lueur véhiculée par les ondes d’orgues et de piano. Un romantisme rare et intemporel suinte de ce timbre grave et monocorde profondément appuyé par les récits en hébreux et un enregistrement dans une chapelle. Xavier lui place avec harmonie et dévotion ses notes de piano minimales et répétitives, bien loin de son passé électro au sein du groupe Blockhead (ninja tune). Le double album (un noir et un blanc) est publié chez Sub Rosa, auberge musicale très expérimentale qui place la plupart de ses productions dans un genre de « musique nouvelle », contemporaine, « open » à tendance électronique. Voilà pour le curriculum vitae de cette œuvre incantatoire.
Pour ce qui est des émotions qui peuvent sourdre de cette messe mystérieuse et musicale, chacun laissera son épiderme s’exprimer, être remué malgré lui. Les paroles tantôt en anglais, tantôt en hébreu parlent de guerre, de souffrance, d’amour, la consonance est biblique, mais les images incontrôlables habitent nos pensées et on se laisse dériver par quelques fantasmes délicieux et inquiétants à la fois. Comment expliquer alors que des bouffées sensuelles peuvent naître de cette messe, que chaque phrase puisse être une caresse, un chuintement humide. Les articulations vacillent, les bas sont noirs, des soubresauts amorcent la syncope, les mains tremblent, les yeux sont clairs comme la peau laiteuse d’une femme directement sortie d’une scène de Kubrick. Et l’on sort de cette communion mystique comme partagé entre un pardon amoureux et une foi sentimentale sans remord ni regret.
Une rencontre opportune qui fait coïncider deux arts dans une osmose parfaite chargée de visions théâtrales, de politique, de mélancolie cosmique, de foi, de pudeur aussi, de noir et de blanc, de mélodies, de musique et de mots.
Winter Family 2007 label : sub rosa

Huiles sur toiles, quatrième page







mercredi 23 janvier 2008

Colleen & Efterklang








La recrudescence de disques appelés par la profession « néo-classique » ne mérite-t-elle pas une étagère à elle toute seule ? L’hermétisme quasi systématique du rayon « classique » (on pourrait en dire autant du jazz) fait que les disques de cette couleur sont mélangés par ordre alphabétique dans les bacs autoproduits et indépendants. D’obédience classique certes, cette musique tend à l’expérimentation, l’ouverture à plein d’horizons différents (électronique ou pop), d’influences et de métissages diverses. Comme le sublime album de Susumu Yokota « symbol », il est plus facile d’être devant sa platine à travailler quelques effets sur tel ou tel morceau classique existant depuis des millénaires que de composer une partition digne de cet héritage ancestral. Et pourtant ce genre de création existe, les artistes composent et sortent des albums superbes dans l’ombre et l’indifférence underground. Slow Six ; Boxhead ensemble ; Rachel’s ; Astrïd ; Clogs ; Max Richter ; Fifths of Seven, Sylvain Chauveau, ou le troublant dernier album de Deaf Center……Je pense aussi au collectif Constellation qui teinte son expérimentation de classique aux travers des travaux de Silver Mont Zion et de leurs multiples collaborations (Esmerine) .Finalement, l’expérience poussée à l’extrême peut s’habiller de « classique » par le biais de labels très ouverts comme important records avec le pianiste Conrad Schnitzler, ou cold blue, ou des artistes comme Jorane ; François-Eudes Chanfrault ; Pierre Bastien.
Bref tout ça pour en arriver au label Leaf recordings et les deux dernières production « néo-classiques » des Danois Efterklang et de la parisienne Colleen (Cécile Schott). Deux magnifiques albums au fond classique mais à la forme différente sur lesquels il est urgent de s’attarder un moment. Si « les ondes silencieuses » de Colleen s’exprime dans un sentiment d’intimité, « parades » d’Efterklang lâche les fauves dans une musique torturée. Pour revenir à mes émotions maritimes (cf Annelie Monserré décembre 2007) la vision océane tumultueuse qui se dégage de « parades » peut s’apparenter chez Colleen à une vaste étendue d’eau calme, une surface d’huile laissant le silence jouer avec les murmures de la nature alentour. Pour elle, l’onde musicale qu’elle exprime peut ressembler au « sentiments que tu peux avoir en étant près d’un lac ou d’un étang ». Dans le langage scientifique, les ondes silencieuses se rapportent aux ondes sismiques que l’homme ne peut entendre mais qui se propagent avec une puissance sourde. Voilà comment pourrait être résumé l’album de Colleen, une colère souterraine qui caresse en surface, le tumulte apocalyptique, c’est du côté d’Efterklang qu’il faut aller écouter.
Tout se clarifie chez Colleen, son art est en perpétuelle évolution, aussi, la mélancolie ténébreuse du premier album « everyone alive wants answers » laisse place au fil des disques à une clarté lyrique guidée par l’amour de la mélodie. Le son est pur, brut, dénudé de tout effet qui faisait de Colleen en 2003 un artiste électro incontournable . Les boucles sont encore présentent certes, mais allégées de silences entrecoupés et d’espace. Les cordes métalliques du violoncelle sur l’album précédent, sont cette fois-ci en boyau, mais la viole reste branchée, électro-acoustique pour un rendu sonore plus fiable et pour un album intemporel sans hommage ou cliché rébarbatif.
Loin de la musique solitaire de Colleen qui laisse les instruments s’exprimer un par un, Efterklang propose un voyage orchestral puissant ; 18 mois de travail dans des endroits d’enregistrements différents et une grosse équipe de musiciens/techniciens très divers (30 au total), une chorale religieuse, des superpositions philharmoniques touchant la perfection. « Parades » pulse dans la musique volumineuse, le son est tectonique et apocalyptique, l’orchestration grandiose. Malgré cet aspect très « classique » à la limite du baroque, Efterklang reste très fermement accroché à notre époque dans la mesure où ses chœurs fous travaillent à la manière des chants vocaux délurés de Cerberus Shoal, ou Silver Mt Zion. Aussi le tout reste expérimental avec une recherche sonique originale allant du celtique dansant, « horseback tenors », au xylophone aéré et cuivré de « caravan ». De même quelques morceaux sont chantés, d’une voix douce qui contraste avec la chorale, une voix pop qui côtoie le fantôme d’un Syd Barrett narcoleptique, voire Tom Yorke.
Tout ça se passe chez Leaf, label à tendance électro-jazz pop..après l’échappée folk de Nancy Elizabeth, l’épopée classique semble prendre forme auprès de ses deux artistes confirmant leur discographie déjà conséquente.
Un véritable casse-tête donc pour les disquaires. Les majors (variété internationale), le jazz et le classique rejettent tout ce qui ne se rapporte pas à leur « caste », toute ouverture possible à un quelconque métissage ou manière de faire. Les bacs indépendants ou électro deviennent alors de véritables fourre-tout qui rangent les disques non pas en genre, en couleur, mais en production ou distribution.

Colleen:
"everyone alive wants answers" 2003
"the golden morning breaks" 2005
"mort aux vaches" 2005
"Colleen et les boîtes à musique" 2006
"les ondes silencieuses" 2007


Efterklang:
"tripper" 2004
"parades" 2007





samedi 19 janvier 2008

Radical Face




Décidement il est question de fantôme, dans la foulée convalescente d’un Syd Matters au plus haut de sa maîtrise (je parle de mon cerveau), RADICAL FACE déboule avec un album superbe intitulé « Ghosts » tout court. Certes moins mystérieux et fantomatique que « Ghost days » , Ben Cooper (alias Radical Face) propose dans le catalogue prestigieux des allemands Morr music, un opus céleste, féerique, un conte musical qui gravite autour des pérégrinations baroques de Flotation Toy Warning avec des airs vocaux et atmosphériques de Mercury Rev.
C’est bien chez Morr musique que l’histoire se passe, là où habituellement le numérique pixélise la pop, où l’électronique s'harmonise avec les mélodies.
Une petite voix nasale proche de Jonathan Wolf (Why ?) qui épouse un cocktail sonore fabuleux très bien dosé pour un conte naïf et frais. De cette poésie enfantine suinte un air revigorant, de l’eau claire et des myriades d’oiseaux. Un travail musical complexe telle une alchimie fragile se distingue dès la première écoute, avec une idée à la seconde et quelques détails délicats qui rendent le tout légèrement cinématographique.
« Winter is coming » claque tel un flamenco nordique, « Homesick » clôture l’album dans une somptueuse balade folk minimale avec la carrure de pouvoir rivaliser avec tous les plus grands songwriters. Finalement une légère pommade électro (on est quand même chez Morr) sera à peine perceptible et restera comme une teinte contrastée dans un disque plein d’insouciance. Le tout est joliment emballé dans une pochette cartonnée au design très Tom Waits.
Pour information, ce disque est sorti officiellement dans les bacs en mars 2007, totalement introuvable neuf, il aura fallu attendre ce début 2008 pour que je tombe dessus d’occas. Son CV artistique très enclin à Morr music (membre du groupe mieux distribué et de moindre qualité « electric president ») aurait dû quand même le rendre plus visible. Une injustice qu’il est bon de préciser. Il est vrai que le terme d’ « électro/pop/folk » est depuis des années un chemin très emprunté, un peu comme l’acid/folk d’aujourd’hui, il est donc de toute première urgence de trier ; d’extraire les pièces majeures de cette rubrique afin de ne pas passer à côté d’un album aussi délicieux.

Radical Face : 2007 "ghosts"

Syd Matters



Il y a des patiences qui nous tiennent éveillés avec rage, l’esgourde aux aguets, le cerveau hagard on guette, comme le pécheur, que la mélodie morde…LA récompense d’une fouille obsessionnelle dans les bacs de disquaires pour pécher La chanson qui granule la peau et irise le poil, humecte l’œil et noue la gorge.
Pour avoir déjà ferré avec succès dans ces eaux claires et limpides il y a quelques années, pour avoir déjà eu la morsure de « black and white eyes » au plus profond de la rétine, je suis resté patient autour de ce plan d’eau à essuyer maintes curiosités bredouilles sans jamais trouver égale émotion, égale brûlure poétique.
Et si Connie avait les yeux noir et blanc. Moi qui, comme Radio Nova (une fois de plus), croyait qu’il n’y avait pas plus haut que le sommet « black & white eyes », "Connie" suivait juste derrière comme pour profiter de l’opportunité de trouver une âme à genou, comme pour saisir la blessure et mieux achever ce qui restait de fierté d’être debout. Le mal était fait et je devais me résigner à passer en boucle ce mini album une année entière avant de voir apparaître le premier LP de Syd Matters en 2003 ; « a whisper and a sigh », en plus de son propre label third side. Bizarrement il faudra attendre la trilogie finale de ce disque « have a nice day ; love & sleep ; tired young man » pour saisir la piqûre venimeuse des balades de Jonathan Morali dont on ne sort pas indemne.
Le troisième album sorti il y a quelques jours, m’a plongé dans une autre partie de pèche en sachant bien que c’est ici qu’une prise miraculeuse était possible. Patient, concentré, fin prêt et exigeant, je laissais les pistes défiler dans un bonheur constant à travers lequel je retrouvais le lyrisme poétique de Syd Matters. Des idées sonores séduisantes, une douceur mielleuse qui apaise et oxygène. Tout est juste, limpide et évident. Syd Matters a toujours eu le loisir de prendre son temps à explorer ses chansons, chaque idée est exploitée jusqu’au bout avec des changements de rythme, d’ambiance, d’instrument, des chansons à plusieurs facettes, des solos organiques comme des nappes expérimentales. On a le temps de déguster, confortablement installé dans chacune des mélodies étirées pour mieux l’apprécier….
Puis elle est tombée à la piste 9, "Louise" est arrivée comme La récompense. Et voilà ça tombe comme ça, elle nage le matin dans la rivière où je pèche et on en prend à perpette, on est amoureux à vie et la mélodie trotte incessamment dans le cerveau comme un manège.
Le violon annonce l’émotion, il tremble, timide et laisse place à une guitare intime et dépouillée qui semble prendre les chemins de Connie. Mais les chœurs et le cuivre lointain qui gronde nous rapprochent des tourmentes de Radiohead. C’est la fuite folle des violons qui se cherchent et défaillent qui précise, c’est de Kid A qu’il s’agit. On croit alors que la balade va se terminer comme « a day in a life », dans un brouhaha sonore paradisiaque, mais le silence éphémère s’efface devant la mélodie qui reprend comme un ultime murmure, un souffle qui achève.
Ce premier album 2008 suit au pas le bilan de l’année précédente, et il est fort à parier que celui-ci restera indétrônable pour celle qui vient de débuter. Il faudrait une deuxième chronique pour parler des autres chansons extraordinaires de l’album sans être pompeux ou prolixe, vous dire que « it’s a nickname » et « my love’s on the pier » sont belles comme des balades de M Ward ; que « after all these years » est étonnante et gaie comme une chanson de John Matthias mais je vais en rester là, attendre de reprendre des forces, que Louise veuille bien me redonner un aspect plus digne.

Syd Matters : 2008 "ghost days"



samedi 12 janvier 2008

Bilan 2007

Exercice difficile que de bâtir la synthèse d’une année de musique avec la crainte d’être passé à côté d’un bon disque mal écouté, d’avoir été influencé par tel ou tel évènement médiatique (PJ H), de se débarrasser de certains préjugés comme la stature déjà historique d’un groupe « culte » comme Low, de se laisser influencer par la fréquentation record d’un disque sur la platine et de se dire que The Coral est dans les 10 meilleurs albums pop parce qu’il est celui le plus écouté des derniers mois. L’émotion extrême ressenti à l’écoute d’un disque à un temps T n’est–il pas plus crédible ??? Et puis il y des disques qui nous vont bien, sans aucune raison particulière, sans trop savoir pourquoi il fait parti de nos préférences. Bref, se rapprocher le plus possible de ce que pourrait être la liste idéale des albums réellement bons avec en plus des critères plus personnels. Aussi, voilà balancé la liste exhaustive d’un bilan qui pourrait légèrement se modifier suivant les « humeurs ».
Des commentaires afin de "justifier" mes choix de synthèse sont ajoutés à cette liste sur le lien suivant: http://desbouquinistesany.mabulle.com/index.php


10 Meilleurs albums pop :
Piano Magic : part monster ( http://www.importantrecords.com/ )
Low : drums and guns ( http://www.subpop.com/ )
P J Harvey : white chalk ( http://www.islandrecords.co.uk/ )
The Coral : roots and echoes ( http://www.delatsonic.com/ )
Apostle of Hustle : national anthem of nowhere ( http://www.arts-crafts.ca/ )
Songs of green pheasant : gyllyng street ( http://www.fat-cat.co.uk/ )
Single : pio pio (http://www.elefant.com/ )
Fabio Viscogliosi : fenomeno ( http://www.microberecords.com/ )
Hrsta : ghosts will come and kiss our eyes ( http://www.cstrecords.com/ )
Caribou : andorra ( merge records)

Meilleurs albums folk :
Remate
: no land ( http://www.acuareladiscos.com/ )
Vic Chesnutt : north star deserter ( http://www.cstrecords.com/ )
Amiina : kurr (ever records; http://www.aminamusic.com/ )
Nancy Elizabeth : battle and victory ( http://www.theleaflabel.com/ )
Findlay Brown : separated by the sea ( http://www.peacefrog.com/ )
Alela Diane : pirate gospel ( http://www.fargorecords.com/ )
Elvis Perkins : ash Wednesday ( http://www.xlrecordings.com/ )
Rio en el Medio : the bridge of dynamite ( http://www.hi-mu.com/ )
Tuung : good arrows ( http://www.fulltimehobby.co.uk/ )
Beach House: devotion ( http://www.carpakrecords.com/ )

Meilleurs albums acid/weird:
Jana Hunter
: there’s no home ( http://www.gnomonsong.com/ )
Théo Angell : dearly beloved ( http://www.amishrecords.com/ )
Jonquil : lions ( http://www.tryharder.com/ )
Corsican Paintbrush : aquarium hymn ( http://www.digitalisindistries.com/ )
Volcano the Bear : amidst the noise and twigs ( http://www.blrrecords.com/ )

Meilleurs albums frenchies :
Collen : les ondes silencieuses ( http://www.theleaflabel.com/ )
Red : social hide & seek (universal)
Drey : drey ( http://www.hrzfld.com/ )
Faustine Seilman : silent valley ( http://www.collectif-effervescence.com/ )
Thee, Standed Horse : churning strides ( http://www.blanktapes.org/ )

Meilleurs albums français :
Nicolas Repac : la grande roue ( http://www.discograph.com/ )
Benjamin Biolay : trash yeye ( virgin music)
Etienne Daho: l'invitation (virgin)
Jean Guidoni : la pointe rouge ( adami)
Yves Simon : rumeurs (barclay)

Meilleures musiques de film :
Alex Beaupain : les chansons d’amour (naïve)
Sylvain Chauveau : nuage ( http://www.typerecords.com/ ) très belle chronique sur http://les-passions-de-fab.skynetblogs.be/


Meilleurs albums electro :
Alex Gopher
: alex gopher
Von Sudenfed : tromatic reflexions ( domino records)
Machinefabriek : weeler ( http://www.lampse.com/ )
Mira Calix : eyes set against ( http://www.warprecords.com/ )
Szely : processing other perspectives ( http://www.mosz.com/ )
Thee more Shallow : book of bad breaks ( http://www.anticon.com/ )
Apparat : walls ( http://www.shitkatapult.com/ )
Bibi tanga & Professeur inlassable : yellow gauze ( http://www.0101-music.com/ )
Agoria : the green armchoir
Ultralyd : conditions for a piece of music ( http://www.runegrammofon.com/ )

Meilleurs albums ambiant/noisy/open:
On : second souffle ( http://www.brocoli.org/ )
Winter family : winter family ( http://www.subrosa.net/ )
Encre : plexus II ( miasmah records)
David Toop : sound body ( http://www.samadhisound.com/ )
Organ Eye : organ eye ( http://www.staubgold.com/ )

Meilleurs albums kraut / musique sportive:
Battles : mirrored ( http://www.warprecords.com/ )
King Kong was a cat : (v/s) (http://www.uniquerecords.org/ )
Perceval music : dormer sommeil ! ( http://www.collectif-effervescence.com/ )

dimanche 6 janvier 2008














On peut trouver un réel plaisir à écouter Xavier Rudd quand on finit par s’ennuyer de la monotonie d’un disque de Ben Harper ou de Jack Johnson par exemple. Le style bluesy légèrement soul est aussi la base de la musique de Xavier Rudd, mais son disque à lui, "while moth" est beaucoup plus assaisonné. Le jeu de guitare plus fou, les slides plus rapides, la voix plus puissante, il lâche les fauves . Sa voix justement pourrait prêter à confusion quant à la couleur de sa peau….mais le métissage ne s’arrête pas ici, sa musique est aussi embellie de reggae, et d’une touche afro qui fait de l’ensemble de ce disque, une œuvre folk chamanique transcendantale. Le métissage n’est –il pas la meilleure façon de rendre le classissisme musical moins pompeux ? Les chœurs aborigènes sont à chaque fois invités pour rehausser les balades qui pourraient vite ressembler à celles de son confrère international qui plafonne dans les charts. Un feu de camp sur une plage, une danse de papillons nocturnes, des guitares en transe, des djambés purs comme des prières. Bon si vraiment vous êtes en manque de Ben Harper, vous pouvez toujours vous attarder sur l’harmonica de "whiripool", ou sur le banjot de "come back", "set it up "; "anni kookoo". Mais vous allez finir par tomber sur le chant chamanique du sommet tribal de "Message stick" et partir inévitablement sur les chemins attirants d’une musique assaisonnée.


Toujours le même feu de camp, mais avec un rivage psychédélique, des animaux mythiques, des licornes, des oiseaux au plumage démesuré, la mer est rouge, noire et la lumière crépusculaire. Qui d’autre que Fargo ou Misra peuvent héberger un tel vertige musical, une poésie mystérieuse d’un groupe qui porte un nom d’oiseau nocturne ? Shearwater emmené par Johnatan Meiburg joue avec les silences, comme le faisait Mark Hollis à l’époque de son album solo (1998). De Mark Hollis, Johnatan a aussi le timbre et les tremblements émus dans la voix. Mais Shearwater oscille avec la lumière éclatante et la pénombre murmurée. La rumeur mystique éclate quelquefois comme un éblouissement, plongeant l’auditeur dans un clair-obscur colérique, avant de revenir au cœur de la lumière tamisée.

D’un psychédélisme à un autre, des jeux de lumière, on passe cette fois-ci au jeu temporel, une musique fantomatique qui rappelle l’origine du mouvement acid-folk. Un retour vers le futur qui ramènerait à la vie des groupes avortés de l’époque où, tel un cliché, les filles dansaient pieds nus dans l’herbe, avec des fleurs, des colliers, et des chemises en lin blanc transparent.
La flûte est venimeuse, les accords angoissants des guitares rappellent aussi les heures sombres de Greg Weeks quand il exorcisait sa noirceur poétique chez alice-in-wonder (label dijonnais stoppé en 2002). Meg Baird avec sa fraîcheur hippie vient diluer cette fragilité que pourrait incarner David Tibet. Meg Baird de son côté amorce timidement une carrière solo avec son récent album « dear companion ». Elle vient aussi, le temps d'un mini-album récréatif, de collaborer avec Bonnie « Prince » Billy, autre chantre boisé d’aujourd’hui. ….. C’est dans ce monde atemporel, folk et psychédélique que se promène cette collaboration d’artiste sous le nom de ESPERS.
De "Byss et Abyss", on ne sait plus de Jethro Tull ou de Syd Barett lequel des fantômes nous touche le plus…les larsens et les échos nous percutent et l’ effet de l’acide est à son apogée. Voyage fantastique.

Afin de clore ces quelques heures dominicales d’écoute acidifiée, un dessert acidulé, un ovni qu’il faut mettre sur la platine comme une conclusion, un objet totalement introuvable dans nos contrées (sold out du label, à peine sorti), chopé in extremis chez un bon disquaire parisien, CIRCLE « tower » avec Verde comme invité. Un jam organique, à la limite du free jazz et du répétitif post-rock 70’s. Toujours ce jeu du temps perdu, les percussions sont claires, les cymbales légères et le psychédélisme flottant non sans rappeler les trips hallucinatoires de Can. Prolixe Finlandais hébergé chez Last visible dog , label au catalogue faramineux, inépuisable, une grande famille aux arborescences infinies… à visiter et fouiller pour les affamés de disques rares.
Xavier Rudd 2007 "while moth" label : ANTI-
Shearwater 2007 "palo santo" label: matador
Espers 2003 "espers" label : locust
Circle "tower" featuring Verde 2007 "tower" label : last visible dog

samedi 5 janvier 2008

La maison Tellier




« A la croisée des deux mondes »….. Non ce n’est pas une chronique d’actualité cinématographique, mais plutôt une incroyable excursion géographique et temporelle, mise en musique par un groupe hexagonale, un tableau familial digne des pérégrinations texanes des frères Wilburys qui, entre parenthèse, viennent de voir leurs deux albums réédités et enrichis pour l’occasion de quelques inédits. Tellier est cette fois-ci le clan de cow-boys loser qui vont mettre en scène pour la deuxième fois des tranches de vies grivoises, de cavales ratées , de bordels, de meurtres crapuleux, de pendaison et d’amour désespéré…bref un western des temps modernes à l’époque des impressionnistes. La maison Tellier, nom du groupe, est aussi une nouvelle de Guy De Maupassant. On lutine toujours avec des filles, mais la Valstar remplace la Chartreuse. Toulouse Lautrec en santiags, entre avec fracas dans un saloon sur les murs duquel sont accrochées des toiles d’Utrillo. Des cow-boys ivrognes et mal rasés hèlent au milieu des filles de joie, Clint Eastwood en cavale et éperdu de Suzanne Valadon se balade dans un petit quartier bourgeois de l'Eure.
Tout cela se passe ici, pas loin de chez nous, et pourtant Morriconne est joué par Calexico avec Bertrand Cantat au chant. On croit même rencontrer David Eugène Edwards venu boire un verre à l’occasion d’une chanson « Thank god i’m a country girl », titre déjà annoncé comme une transition sur la pochette du précédent album. Même Dominique A vient traîner ses éperons dans ce bordel cinématographique à l’occasion d’une reprise des « terres brunes ». Des chants gospels se baladent sur les pavés, Tom Petty (des Travelling Wilburys) semble invité à la guitare sur « to a friend ». Lippie, la seule présence féminine, au beau milieu de cette bande de poilus alcoolisés chante comme Anna Ternheim.
Bref on ne sait plus où l’on est et les histoires simples, tantôt en anglais, tantôt en français, d’une famille de paumés qui s’ennuie défilent agréablement. Il y a des colts, mais aussi des stations services, des granges à foin, des trompettes texanes, une soutane (celle du gros curé de Meudon ?) et un shérif, des tauliers, la soupe populaire, des bois mais aussi des cactus, un 49.3 comme défense conjugale…..
La trompette mielleuse de « second souffle » nous berce dans ce chagrin d’amour comme « à la petite semaine » d’hier. Le premier album, plus homogène que second souffle, est paru en 2006 dans la plus vague indifférence, sauf pour radio nova , défricheur incommensurable de grands talents injustement boycottés, qui persiste et signe en passant à nouveau la chanson éponyme, la plus belle de l’album.
Tout l’arsenal musical digne de ce bordel géographique est là ; toute la famille Tellier plus soudée que jamais est réunie pour nous conter, nous chanter cette épopée anachronique bien roulée et chaudement composée.

La maison Tellier 2007 "second souffle" label: euro-visions

http://www.lamaisontellier.com/
http://www.euro-visions.com/