samedi 28 février 2015

Gemma Ray 2014



Dès la première note, Howe Gelb chuchote, et la couleur de l'album est annoncée. Ça va sentir le sable des plaines géantes, les longues routes Tarantino, le soleil Calexico avec une jolie voix, celle de Gemma Ray. Mais ne vous fier aux apparences, Gemma est anglaise avec un minou laiteux et une fraîcheur dans les compositions à ruiner la haine d'un chacal.. et pourtant, ça renifle la tiag, le moteur qui vrombit et il est possible de se sentir pousser les chaussettes pour aller faire reluire la piste de danse.

Adorablement espiègle, « Milk for your motors » est débordant de plaisir, et quand y'a Gemma Ray qui frétille, les chansons passent en boucle.
Résonance, écho, intemporel, ce huitième album est le plus rock des filles que j'ai croisé ce week end, du lait anglais pour les moteurs de Chevrolet, un disque pour prendre la route..n'importe où.

Merci à Esb pour le tuyau.


Gemma Ray 2014 « Milk for yours motors » label : sound of brit

vendredi 27 février 2015

Saint Saviour 2014



Le timbre s'est dilué dans des vapeurs de princesses maritimes, les balades dans le bucolique. Piano, violon sur des guitares sèches, on flâne avec Saint Saviour à condition d'épouse sa délicatesse à s'en étourdir les pommettes.
« In the seams » est le deuxième album de l'anglaise, c'est une rêverie cristalline, une halte dans un paysage que l'on connait, on aime tellement y retourner. Beau comme du Obel, Goldfrapp, Kate Bush, MarissaNadler...
Pas moins crépusculaire, c'est un album à lanterner sur les rivages des côtes anglaises et même sur le granit de St Malo.


Saint Saviour 2014 « In the Seams » label : surface area

jeudi 26 février 2015

Tina Dico 2014



Un timbre à faire frémir, une gorge magnifique sur des chansons à tomber, « As far as love goes » notamment , c'est la teinte lumineuse des albums de la Danoise Tina Dickow. Elle est sort depuis presque quinze ans, le dernier en date, « Whispers » ne déroge pas à son folk bluesy de balades sensuelles qui imposent comme une puissance pastel, un clair-obscur charnel.
 
Tina Dico, c'est un peu comme la musique d'Anna Terhneim avec la voix d'Annie Lennox. Un horizon crépusculaire, intime et acoustique, une jolie pause.


Tina Dickow 2014 « Whispers » label : finest gramophone





lundi 23 février 2015

Duke Garwood 2015



 
Duke Garwood, est un remède pour les déçus des divagations de Mark Lanegan, ils ont d'ailleurs déjàcollaboré. Il distille un folk à peine branché sur le secteur, un blues façon Rodoplphe Burger.
« Heavy love » est crépusculaire, chaleureux, Clapton ou Tony Joe White quelquefois, ce discret londonien aux multiples labels offre une incantation boisée des grands soirs.


Duke Garwood 2015 « Heavy Love » label : heavenly


vendredi 20 février 2015

Andrew Bird 2015



On reste dans l'acoustique, la vieille connaissance, le maritime ou plutôt le fil de l'eau.
Andrew Bird joue avec les débits, les marées ou le lit des sources.
Il a juste gardé son appeau qui fait le moineau de ses opus, sa voix se gomme sous les méandres de son violon. Il dépayse, il vogue sur un tableau impressionniste d'une autre palette.
 

Le canyon devient bucolique, les clapotis comme un papier peint racoleur s'efface peu à peu sous le jeu virevoltant de ses cordes. Son sifflement Morricone devaste l'espace. C'est un néo-classique merveilleux de dessin colorisé d'ocre brûlant et de cobalt éblouissant à travers desquels coule une rivière fraîche et surprenante. Pourquoi ça coule là et comment c'est ici, la possibilité d'un lit.

Andrew Bird brouille les pistes, avance au grès des méandres encastrés et spacieux. C'est un album instrumental fantastique qui invite au voyage à travers un trait et une ambiance, des colonnes de pierres plaquées de résonance. C'est la bande son d'un périple de randonneur musicien foulant la poussière et longeant une rivière claire et joufflue.

 
J'ai un ami qui va fouler le GR 65 et prendre trois mois de sa vie pour longer les rivières qui transpercent les villes, qui parsèment les terres arides de la castilla y leon irriguées par le Duero, le Cantal, l'Aveyron, le Tarn, le Pays Basque, du Morvan à la Galice.
Je pense à ce rocher de la Ciudad Rodrigo et ses terres d'ocre poussiéreux, la musique de « Echolocations : Canyon » dans la tète à l'envers à fouler.
Je marcherai Parfois avec toi.



Andrew Bird 2015 « Echolocations : Canyon » label :




jeudi 19 février 2015

Alasdair Roberts 2015



Une autre vieille connaissance, éclaboussée d'embruns cette fois-ci, de l'iode plein les ouïes, des criques recroquevillées et de l'écume sur les accords, c'est le nouvel album éponyme d'Alasdair Roberts.

Si Crowley est irlandais, Roberts lui est écossais et ses airs ont la pureté des fjords quand la flanelle des flots s'encanaille et que le ciel fait grise mine.
Il a débuté au sein du groupe Appendix Out avec quelques pépites à dénicher, puis Secretly Canadian a hébergé son premier album solo, juste avant de partir logiquement pour Drag City, cette auberge acidulée des folkeux chamaniques. C'est à ce moment là qu'est apparu son chef d'œuvre « Farewell Sorrow » en 2003. A croire qu'il n'y avait là que la mer et la lumière, les côtes écossaises apaisées, tout le poids de la terre quand la mer est à quelques embrasures.

Ce nouvel album ne s'éloigne pas des roches en dentelle, des rivages herbeux fouettés par un air marin tiède, vierge et brumeux. Alasdair Roberts, ce Jason Molina des Cornouailles, suit son chemin de poète des bras de mer, quand l'eau se dessaisit, renonce à sa douceur, se dilue et s'offre au sel.
Et si l'on restait là, des heures devant la houle....


Alasdair Roberts 2015 « Alasdair Roberts » label : drag city




lundi 16 février 2015

Adrian Crowley 2014



Adrian Crowley est une vieille connaissance, un artiste qui a fait mouche dès la première note de son quatrième album. C'était en 2007, je n'ai pas arrête depuis. Comme ici, je n'ai montré aucune résistance à ses mélancolies errantes, à son timbre Callahan ou Micah P.Hinson et c'est d'ailleurs auprès de ces confrères là qu'il vient nous faire pleurer de contemplation.

Rien a changé, ses complaintes bien en dessous du degré zéro me figent à nouveau. Je ne sais pas si c'est plus gris que « Seasons of the parks », ou plus haut que « I see three birds flying », mais je sais que les manteaux sont fermés jusqu'au col, les gorges emmitouflées, et les visages inclinés.

De toute façon, quelques degrés en moins, c'est une mélodie qui transperce un peu plus, « The hungry grass » est un sommet en profondeur, une invitation suffocante à planer où l'on veut. Cette chanson arrive sans prévenir, comme une osmose avec mes cellules, une mélodie et un chant comme une picouse, une envergure et une lumière comme de l'oxygène.
Pourquoi je sombre sur un air qui glisse sur un Am plombé avant d'avoir frôlé le Dm aérien ? Tant de chansons s'échouent ainsi sur des accords mineurs.

« The Hacket Song », « The Magpie Song »... de sublimes récidives.

Adrian Crowley n'en finit pas de nous happer vers les nues abyssales, c'est un chant baladin qui agacent nos sous-sols larmoyants.

Adrian Crowley 2014 « Some blue morning » label : the chemical underground



samedi 14 février 2015

Jorge Mautner 1972



Je n'sais plus à qui je disais ça y'a pas longtemps, mais cette langue là me fait des choses partout. Sous peu qu'elle soit accompagnée d'une guitare sèche, d'une décennie que j'affectionne particulièrement, et de la chaleur qui va avec, du bariolé et du son lézardé entre quelques murs blanc de chaux qui éclaboussent.. là, je ne répond plus de rien.
 

Certes, ce n'est pas la Lusitanie d'une mélancolie saudade à faire chialer un string, c'est le Brésil pur sucre avec ses rythmes, sa tension, son accent chantant d'un autre continent, la folie oisive d'une moiteur indécente. Jorge Mautner en 1972 a le physique de John Mayall, y'a du violon et des façon Branduardi... mais c'est au Brésil..y'a que là pour un son comme celui-là, là où tremble une énorme culture musicale ancestrale et des plages entières de disques enfouis près à être réédités, et qui le sont depuis que le rétro a submergé les bacs.

 
J'ai stocké cette musique au creux de mes globules depuis plusieurs mois, il aura fallu un déclic une fois de plus pour me dire qu'il fallait en parler.
J'ai la canne à sucre qui m'excite les papilles, du sable dans la raie, des couleurs qui me brûle la plèvre.. la même palette de pochette que « More », la même fumée sans doute, c'est une époque artistique impossible à assouvir, j'en ai plein les oreilles, les portugaises ensablées... « Para Illuminar a cidade » est absolument d'ailleurs, jouissif, terriblement humain quand une terre vous prends par toutes les émotions, partout et par tous les bouts.

 
Merci infiniment Echiré pour cette merveille que j'ai pris goulument et que j'écoute très souvent, quand j'ai le bulbe gelé. J'ai pris, et je renvois vers Tonio qui m'a un poil énervé avec son billet douBlazilaihiii.. caralho é muito bom.... Obrigadinho amigos.
Juste en bonus, le rock du cafard, absolument Brasil cinglé 70's en live.

Cet album là est son premier.. une petite dizaine d'albums depuis, Jorge est toujours aussi virulent, engagé, avec son violon, il est le passeur d’une contre-culture incarnée par ses amis locaux, les Tropicalistes bahianais Gilberto Gil et Caetano Velososes derniers travaux datent de 2007 et 2013.

Jorge Mautner 1972 « Para iluminar a cidade » label : pirata
 

jeudi 12 février 2015

Asaf Avidan 2014



Alors nous y voilà, j'attendais une âme convaincante pour arrêter de tournouiller autour du pot.
Un courrier extraordinaire est venu enflammer ma boite. Tu le savais Tonio que je ne résisterai pas ou plus.
J'ai zappé « Different pulses » à cause d'eux, ou de. Une résistance inutile au buzz Asaf.
Bref, voici le premier album d'Avidan que j'écoute. « Gold Shadow » est grandiose à tous les niveaux, mais si je développe je vais avoir l'air complètement naze après tout ce qu'y s'est dit et redit depuis plusieurs années sur lui et sa musique, sur tout ce que je n'ai pas voulu entendre.
 

Bon, si peut être quelques impressions, j'ai totalement sombré sur « My tunnels are long and dark these days ». « The jail that sets you free » avait pourtant enfiévré ma découverte juste avant.
« Gold Shadow » est venu dissiper absolument tout mon scepticisme. C'est sur cette dorure là que j'ai abdiqué. Cette chanson est une merveille.
J'ai jamais entendu une voix pareille..ça y est, je repars sur des banalités... Son timbre, c'est comme un mélange extraordinaire entre Amy Whinehouse et Bob Dylan, ou une Wanda Jacskon maintenant sous botox...

 
« Gold Shadow » est contemplatif, remuant, à se tordre de mélancolie. Une poésie folle sourde sous ce son puissant.
 

« These words you want to hear » redonne un grand sourire autour de ce manège heureux d'acoustique euphorique. Une danse contagieuse et ensoleillée.
Mais c'était sans compter sur « The Labyrinth song ». Alors que je croyais l'album bouclé, finissant sur une touche heureuse et dorée, le fantôme de Cohen avec une voix symétriquement opposée est venu me perforer le poitrail... « Songs of love and hate » dans la tronche, pétrifiée.

 
Dans la continuité de Perfume Genius, Clementine, j'avance dans cette pop moderne d'émotion et de talent. Quant à « Gold Shadow », il va falloir que j'aille voir de plus près le discographie d'Asaf Avidan.

Asaf Avidan 2014 « Gold Shadow » label : telmavar



lundi 9 février 2015

Perfume Genius



C'est surement l'effet Clementine, cet hiver-ci, je suis curieux de toute pop moderne, attiré par l'extravagance d'une écriture colorée, édulcorée, juteuse et originale.
Sans pouvoir encore m'y étendre, je suis resté un certains temps sur Asaf Avidan soufflé par Dev et ses émotions d'envergures, et j'ai ricoché illico sur Perfume Genius sans savoir pourquoi ni par qui j'avais été amené là.
 

C'est flamboyant et perturbé, une voix de tète, puissante et luxuriante habite chacun des morceaux.
Les synthés, les idées, la pertinence des expressions, l'intelligence des émotions, « Too Bright » est saisissant.
« Fool » est là comme pour illustrer le grain. C'est habité et délicieux, fou et bariolé, une senteur géniale avec un vibrato, une beauté foldingue de pastel fauve, de sépia ultra moderne, de vives émotions.
 

Cet album est une couleur pleine de couleurs, une palette, un rock dandy écorché.
« Don't let them in » est une sucrerie barge pour valser avec un rayon de soleil. Orgue rayonnant, mélodies syncopées, une sensibilité fracassée.
« I'm a mother » est une irruption implosée, un râle étranglé pour une balade lunaire féconde.
« Too bright » généreuse et troublante, je décline à l'écoute du clin d'œil revigorant, de cette « Queen » clinquante et robotique.
« No good » comme le petit prince de Saez.

 
Perfume Genius est un autre piano-voix glamour que l'on aimera si un jour on s'est perdu à travers les méandres alambiqués de James Stewart de Xiu Xiu.

Perfume Genius 2014 « Too Bright » label : matador

jeudi 5 février 2015

Matthieu Malon 2014



« A quoi tu penses ? », je pense toujours à ça quand je pénètre la sphère d’une âme qui approche la mienne. La proximité humaine est un sport permanent, il faut avoir bossé, appréhendé, observé, écouté pour se glisser et longer.
J’ai toujours à mâchouiller dans mes tablettes, un chewing-gum parfumé au solipsisme.
Rien ne transparait même frôlé, rien ne transpire même pénétré.
 

Frôler, longer, jauger se dévoiler comme appât, pas à pas, juste pour voir si, ou pas.. S’ouvrir à reculons, phagocyter sa propre solitude, plonger et se dire que l’unique aquilon est calfeutré au plus profond des alvéoles. Et puis finir inéluctablement seul au fond de sa cellule biologique, cette incarcération individuelle autour de laquelle même le plus proche ne fera qu’effleurer le énième uppercut. Puis finir par se les donner, s’affliger, se battre contre le vent.
 

Mon cerveau est un vestiaire que je récure moi-même, je pisse le sang, l'hémostase comme serpillère à toute épreuve, et même si mes arcades sont solides, mes reins craignent les coups bas.
 

Matthieu Malon cogne, bat les bacs sans bousculade.. et pourtant, le dithyrambique discret, comme disent les journalistes, c’est bien fait pour ceux qui n’ont pas était baffé par « Peut-être un jour ». 14 ans après « Froid » que j’avais adoré, ce nouvel album de M.Malon est sorti l’an passé, coinçant les Laudanum extraordinaires beaucoup plus répandu, et un deuxième album autoproduit.

 
La piscine est vide, y’a tellement de trucs à remplir, comme un espoir sans fond, faut juste bosser au quotidien, convoiter, supplier, racoler, espérer ou quémander.. et puis voir venir. C’est pas gagné d'avance. Au pire, la piscine est vide, et même seul dedans, y’a de quoi se réfugier pour poser son cul, son univers invisible, son alcôve secret et garder l’espoir de se faire remplir, de se faire nourrir avec tout le temps qu’on passe à se vider..pour les autres, comme un alibi à son propre vide.

C’est un album trempé, bien rempli, la rythmique est infernale, les compositions bétons, l’album puissant juste comme il faut malgré l'intimité des textes comme par chez Cloup ou un Wire electro de par chez nous.
On écoute « Peut-être un jour » comme on se bagarre avec nos sentiments rageurs.
 

Matthieu Malon 2014 « Peut-être un jour » label : monopsome



lundi 2 février 2015

Anja Lechner - François Couturier



Voilà exactement un album qui peut me faire oublier l'oppression d'un hiver, me faire aimer n'importe quelle saison.
C'est un dialogue merveilleux entre un piano et un violoncelle. Anja Lechner est une soliste classique qui aime les improvisations, parler avec les cordes jazz voyageuses de François Couturier.

 
Hildur, Colleen, Jorane, je les adore... je découvre Anja, grâce au voyage de François près d'Anouar, une arborescence ECM.

 
Les forêts peuvent bien incendier le ciel et maquiller rouge le soleil d'hiver, ce moderato embellit absolument tout. Ce soir à mon retour, il faisait pour la première fois depuis l'automne dernier, avec cette danse de cordes sous la voûte exhalée. Il n'y a pas de hasard, cette musique est une embellie.

Anja Lechner / François Couturier 2013 « Moderato Cantabile » label : ECM