vendredi 27 avril 2012

Louis Ville

Un petit étranglement de gosier, un déglutition sèche, l'écoute du dernier album de Louis Ville me chamboule. Une âme de paysage qui danse dans un regard, de la poésie violemment humaine en chuchotis désespérés. Des « veillées incessantes » et des « beaux riens » qui nous insufflent de belles souffrances.
Je suis en équilibre.
Un corps que l'on croit dépérir, et une libido sans dessus dessous. On se recroqueville devant ces remugles de cul qui sentent plus fort que le cendrier qui fait l'aumône, nos galbes deviennent des sensualités de poussières pâtissières. Et cette envie de saignée qui fait surfer la main sur la veine, ronger le frein, cette trace de cosmétique qui n'en finit plus. Embrasse-moi comme si c'était la dernière gorgée de salive.
Le zinc sent la vieille éponge, le verre culotté écluse les âmes échouées et des haleines séchées par des alcools forts. Des visages du monde entier dansent, crooneur de cabaret, le rauque est aussi dans la paume, le glauque glisse sur les dentelles jaunies, le rideau s'ouvre. Tarir ses fantasmes, museler, à quoi sert de s'aimer si l'on creuse pour rien?

Je reviens d'un voyage.
« .. Cinémas.. » de Louis Ville est sorti en 2011. Il ressort ces jours-ci « ..Moteur! » avec en édition de luxe, quatre nouveaux titres, dont « Hotel pourri » en duo avec Mell, et surtout « Attends-moi » avec Marcel Kanche, dont on ne sort pas indemne. Quel logique collaboration, Louis Ville à mi chemin entre Kanche et Arno.
Louis Ville 2011/12 « ..Cinémas../ Moteur! » label : Balandras Editions-Sherzo Productions
http://www.myspace.com/louisvillesinger
http://www.louis-ville.fr/
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"Roussi" avril 2012 (15P)

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mercredi 25 avril 2012

Jack White

Un goût de fadasse. Même « Sixteen saltines » s'étiole, glisse entre les doigts. L'impression que rien ne bouge jusqu'à « Weep themselves to sleep », avec le piano endiablé à la 90 day men, mais qui s'oublie dès la suivante « I'm shakin' ».
L'impression que le marron des Dead weather lui va à ravir, que le noir et blanc des Raconteurs se marie superbement, que le rouge White Strippes est son meilleur habit, mais que le bleu solo y'a un truc qui cloche. Premier album seul, c'est peut être ça, un sentiment de solitude.
L'impression d'écouter un album moyen de Robert Plant bien loin de Jimmy Page. L'impression que les chansons commencent bien, mais qu'au quart on lâche prise.
Un truc qui cloche, y'a même quelques pièces insupportables... le son ? La parure ? Les arrangements ?

Pourtant merde, un guitar hero !!! Je retourne au DVD que je découvre ce mois-ci, « It might get loud » sorti pourtant en 2006. Document époustouflant de la genèse, le processus. Justement, là y'a Jimmy Page. Pas bleu, pas seul, je passe mon tour.

Jack White 2012 « Blunderbuss » label : third man
échelle de richter : 4,9
support mp3
après 1 écoute

 

mardi 24 avril 2012




J'écoute Ferrat 66 ....................  et je lis cette lettre de Philippe Torreton à Ferrat...diffusée il y a quelques heures.... au printemps de quoi rêves-tu ...


Jean,
J'aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J'aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu'à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j'étais à Entraigues il n'y a pas si longtemps et je n'ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c'est sacré ! 

Pardon te t'emmerder, mais l'heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d'idées , je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n'as que les titres d'une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l'heure est grave!

Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s'abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s'immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l'on traque comme d'autres en d'autres temps que tu as chantés, celle qu'on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n'est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l'on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l'essentiel...

Jean, rechante quelque chose je t'en prie, toi, qui en voulais à D'Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu'un air de liberté flottait sur Saigon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s'est vendu à la Première dame de France.Ecris nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tout ceux qui le soutiennent !

Jean, l'huma ne se vend plus aux bouches des métro, c'est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l'info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs... Tu l'aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l'Elysée pour avoir l'honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu...

Jean, l'argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. Lajustice avance péniblement grâce au courage de quelques uns, et l'on ose donner des leçons de civilisation au monde...
Jean, l'Allemagne n'est plus qu'à un euro de l'heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l'haleine fétide des renvois populistes de cette droite "décomplexée".

Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l'homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n'est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes nen finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce nest pas les numéros de cirque du Salon de lAgriculture qui vont nous prouver le contraire.
Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l'industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s'endetter il s'endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite... Finies les jacqueries!

Jean, la Commune n'en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade... Ici on massacre l'Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l'excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés...

Jean, je te quitte, pardon de t'avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j'aime cette France, je l'aime ruisselante de rage et de fatigue, j'aime sa voix rauque de trop de luttes, je l'aime intransigeante, exigeante, je l'aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d'elle même pour le plus pauvre qu'elle, quand elle s'appelle en 54 par temps d'hiver, ou en 40 à l'approche de l'été. Je l'aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu'à elle même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts...
Jean, je voudrais tellement t'annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...

Je t'embrasse.
Philippe Torreton

dimanche 22 avril 2012

Epaule de biche (22 avril 2012 : 12P)



Divaguer dans l'inconscient et se perdre au détour d'un sente inconnu, un autre itinéraire des collines qu'on croyait posséder. Mon village n'a pas encore tout avoué. Il reste des endroits secrets, et ma terre dévoile son épaule comme si je la découvrais pour la première fois. Un autre angle, le cœur de la tour, sa chair en pleine lumière, cette pierre laiteuse et son ventre de biche. De la mousse s'agrippe depuis des millénaires, pas tant que ça, sa volupté taillée perdure, son érection se fige, toujours aux aguets. Daguet duveteux, daim crémeux, pierres caramels, quel élan ce donjon amputé !!
Le limon gras a coloré la roche blanche roussâtre, le vent a poli de son souffle violent la taille érigée. Un périmètre de sécurité éloigne les badauds et les amoureux. Il est impossible de toucher la pierre de mon épaule. Seuls les corbeaux mordorés s'y reposent avant de repartir pour le champ. Les hirondelles aussi, moins frileuses que les pigeons, quand elle lâchent la flèche pour la voir d'un peu plus loin. Moi, je n'ai que mon huile pour témoigner du mur épais qui bande l'horizon de ma Beauce.
Une excursion nouvelle, un épisode inédit pour voir le ventre de ma tour, de face, sortie d'un bois, son pelage de nougat noisette et ses dents d'émail jauni en meurtrières intactes.. fier comme la biche et son petit cul blanc, immuable et noble qui vous regarde au bout du champ, inatteignable et belle comme un fantasme.

« 183 times » en boucle pour la bande son de cette séance de peinture. Je n'émerge pas du dernier album de Greg Haines, « Digressions ».... comme un refuge d'excursion surréaliste, et pâmoison virtuelle.

prise zoom sur ocre vert hors ciel :


vendredi 20 avril 2012

Michael Kiwanuka



Le recueil de Simon Reynolds « Retromania » est une formidable réflexion sur notre vision culturelle et notre comportement nostalgique de plus en plus appuyé. S’affranchir du passé tout en « vivant comme si demain n’existait pas ». White Strippes et The Strokes en 2001 ont donné le coup d’envoi du travelling arrière. Depuis les bacs de disquaires n’ont cessé de s’engouffrer dans les archives musicales, une véritable saignée de toutes les œuvres existantes, sous forme de coffrets, rééditions…c’est devenu une « force dominante ». A regarder dans le rétroviseur, le processus semble devenu irréversible et s’est amplifié, c’est l’heure du gros bilan où plus rien ne s’invente, une « obsession du rétro ».
Cette tendance est très largement favorisée par l’hyperconsommation. Ce qui était réservé « aux esthètes, connaisseurs et collectionneurs », est maintenant devenu ouvert à tous. La mise à disposition absolue, de pièces introuvables avant, bat son plein. Richesse ou danger ? « Assèchement progressif » ? Mode passagère ? Frein à l’évolution ? C’était mieux avant ? Le rock est-il devenu un musée ? Gros débat.
Il est clair que le rock a vieilli, que tout a déjà été inventé et la seule mutation des 2000’s est le mode de consommation. Pas de nouveau style musical.

Et puis peu importe, la musique est intemporelle. Michael Kiwanuka a beau avoir 24 ans, le plaisir que procure l’écoute de son premier album est de la même intensité qu’à l’écoute d’un Terry Calier 74, qui lui avait déjà convoquait Nick Drake et Otis Reeding … Les racines sont sucées depuis longtemps. La sève est toujours là, profitons-en, consommons, trions, « Home again » est un évènement artistique tout court.
Mojo, il y a tout juste un an, annonçait la couleur. Le single « Tell me a tale » entamait la compilation du mois. Quelle gifle cette chanson de cuivres soul et violons romantiques 70’s. Michael Kiwanuka est d’une autre époque, il est d’ici, maintenant, son album est une pure pépite au charme simple et au bonheur léger. Merveilleuse pochette millésimée, comme les disques soul d’hier.
Une nouveauté, hébergée, d’ailleurs par la Motown. Une très vieille école.. comme quoi la musique est définitivement intemporelle.

Michael Kiwanuka 2012 « Home again » label : motown.
http://www.michaelkiwanuka.fr/
http://www.motown.com/











Rapoon





Retour sous les cieux irradiés du label Soleil Moon et sur les terres brûlantes de Rapoon emmené par le prolifique Robin Storey, aussi membre de Zoviet France.
Il est des drones de magma monocordes qui s’étendent à l’infini avec rien d’autre que le souffle chaud d’un vent sonore. Celui de Rapoon est un papier peint sur lequel viennent se poser des scénettes musicales vivantes. Des chants, des oiseaux, des choeurs, des violons flous et de l’électronique ambiante et molle, avec toujours dans l’atmosphère ce souffle inquiétant.
Exotisme cataclysmique néo-paradisiaque, une lente machine gigantesque avance doucement et avale tout sur son passage. Des apparitions fantomatiques d’un monde enfoui hantent.
Noctambule, et mystique.
Simon Fisher Turner, Z ‘ev, Legendary pink dots, Death in june, Soleil moon reste une des plus belles agences de voyage.

Sublime écrin.
Rapoon 2012 « Stray » label : soleil moon
http://www.soleilmoon.com/
http://www.discogs.com/Rapoon-Stray/release/3442554
http://www.deezer.com/fr/music/rapoon/stray-1513576
échelle de richter : 6,9
support cd
après 1 écoute

mardi 17 avril 2012

Greg Haines




Les sanglots longs des violons ….
La dernière fois que j'ai côtoyé les marécages néo-classique de Greg Haines, c'était chez Miasmah records.
Ici, chez les australiens de Preservation, il entonne une symphonie drone de violons tétanisants. Cathédrale sonore, les plages contemporaines acoustiques se rependent sur une surface crémeuse et solennelle.
Dans l'anonymat le plus total, Dustin O'Halloran, Nils Frahm et Peter Broderick sont réunis autour de Greg Haines pour une messe symphonique ambiante bouleversante. Le lait d'un ciel sucré divulgue les secrets d'un rêve fantomatique. Orgues nébuleux, cordes lacrymales, souffle virtuel, comment ne pas être absorbé, sombrer. La descente vers les fonds séminaux est abyssale. Une beauté pure, une douleur orgasmique, l'archet pénètre sans rien demandé en échange. Peter transperce, Greg panse, les fonds ou les hauteurs n'ont jamais été aussi dévastatrices.
A nouveau perdu dans la verticalité, je cherche le palier pour la dérive. « 183 times » est une blessure.
Un véritable orchestre est au service de cet hymne à la nature huileuse, celle qui insuffle la photosynthèse, celle qui donne aux mitochondries le matériel, la substance qui gonfle le cytoplasme juste ce qu'il faut, pour ne pas que la cellule éclate..le juste équilibre vital d'un cœur imaginaire qui bat en symphonie amniotique, en vie océanique. Des pensées rachidiennes et des envies de chairs blanche trempées transpirent de l' « azure », de « nuestro pueblo ».. tout le monde est concentré, recroquevillé pour cet immense cérémonie absolument vénusienne. Une chef d'œuvre classique.

La vitre est criblée de pluie, je peins, Greg Haines se lamente, sa mélodie est là, derrière moi, la verrière est habitée d'une onde qui injecte, d'une présence, je ne suis plus tout seul. Un souffle.

Greg Haine 2011 « Digressions » label : preservation
http://greghaines.wordpress.com/discography/
http://www.preservation.com.au/
http://www.junodownload.com/products/digressions/1920248-02/




lundi 16 avril 2012

Dr John



Danger Mouse s'est emparé du son du dernier album des Black Keys pour un brûlot blues-rock époustouflant. Dan Auderbach, des Black Keys lui s'est approprié le blues exotique du grand pianiste de la Louisiane DR John. Et moi, j'aime bien les potes qui viennent se graisser la paluche sur une entité musicale souple et ouverte.
« Gris gris » 1968 en ouverture balance encore son blues psychédélique sur ma platine, et depuis, une discographie gargantuesque qu'il faudrait une vie pour l'explorer de fond en comble. Il est du voisinage des foutraques rock, comme Zappa ou Captain Beefheart, mais en moins fou..lui c'est plus le blues, la soul, piquée de gospel, de zideco, de vaudou marécageux, du funk bancal et du cabaret ravagé, barbu et sourcilleux, son jazz psychédélique ensorcelle.
Gumbo, une fois de plus envoie un blues fou, avec la maturité retenue et la maîtrise d'un sexagénaire toujours branché sur le triphasé.
La voix d'un Tom Waits ice age »), l'esprit d'un Roy Buchanan complètement habité par un Willy DeVille transcendé.

LRRooster a lâché les fauves, un grand cru de sa cave qu'il a partagé spontanément. Merci vieux coq, et franchement, Auberbach ici ça se sent, comme Danger Mouse chez les Keys, c'est très bon, le son est classe, les arrangements divins, les soli impecables (« Getaway »..une tuerie) et les hanches bien roulées. Un grand grand disque, un millésime, un pieds terrible.

Dr John 2012 « Locked down » label : nonesuch
http://www.nonesuch.com/albums/locked-down
www.drjohn.org
échelle de richter 8,5
support mp3
après 3 écoutes






dimanche 15 avril 2012

Ferré 69



Justement, avant « Amour anarchie » et la zone pop, un récital à Bobino en 69, avec dedans comme un bilan, des chansons de 20 ans déjà. « Vingt ans » justement, puis plein d'autres, avec des fantômes, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire...Des anarchistes, « la marseillaise », puis « ils ont voté ».. ils vont bientôt voter.. et puis après ??
Un moment épique, le tout Paris se bouscule, ça commence à devenir bien Ferré.. ça s'étend et se répand.
Yvan Audouard du Canard enchainé, n'est pas heureux, il regrette le vieux Ferré, la gueule gladiateur, le dénonciateur... « ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare ».

« Léo Ferré à Bobino : le cri anarchiste arraché au folklore » titre le magazine Variétés.

Ou encore Claude Sarraute du « Monde » est sur place : « Bruissant de programmes froissés, de bons vœux échangés, de ragots chuchotés, la salle attend. Et lui attend aussi, la tète bourdonnant d'images, de notes et de mots.....On a su en effet qu'un grand vent de folie soufflé sur le château en Espagne de Léo Ferré, dissipant son impossible rêve de fondre et de confondre les espèces, d'unir bêtes et gens au sein d'une même famille...Pour l'arracher à l'obscurité de ses débuts, pour faire admettre à tous l'âpreté, la violence et la sensibilité de son immense talent, Madeleine Ferré s'était ingéniée à le mettre en scène. Ferré n'a plus besoin de sourire plaqués, de gestes appliqués pour rassurer, convaincre et imposer sa vision prophétique de ce monde où nous vivons.. » bobino 21heures.

France soir aussi en parle avec Jacqueline Cartier.. « costume de velour noir, yeux qui papillotent aux lumières..il est visage nu et dépouillé de ses anciens gestes maladroits.. »
Agrafés à l'intérieur du vinyle, ces articles publiés ce jour là.
« Pépée » pour son singe et « La nuit » pour Paul Castanier, son pianiste aveugle... et 13 autres nouveautés sur scène.
1969 à Bobino, une mise au point avant ..autre chose.


Un récital en matinée pour finir de revenir.. agonie dominicale.

Léo Ferré 1969 « récital en public à Bobino » label : barclay.
www.leo-ferre.com

Ferré 72

Un requiem hexagonal en album vert, négatif fauve. Ferré au sommet, l'après pop zoo, avec du récitatif, un morceau fleuve, « il n'y a plus rien » provenant d'un projet cinématographique. Fini la pop, du philharmonique qui ne le lâchera plus, il chante, gueule et parle avec ses thèmes de prédilection : l'oppression, la solitude, les putes et la mort. « Préface », le premier slam de l'histoire ??
Complètement essoufflé par les chef d'œuvre du double « Amour anarchie » et l'explosion « La solitude », il est bon de se réfugier historiquement et convalescent, histoire de soigner une gueule de bois d'un tronc de cent ans d'age, dans les méandres sombres d' « Il n'y a plus rien ». « l'oppression » analgésique dans les veines à se laisser tanguer par la houle des violons comme sur « les étrangers ».
« Des problèmes de mélancolie »...., retour à Caussimon. Un album reculé après les paillettes, une transition. Un monument.

« si les copains cassaient leur âme à tant presser le citron de la nuit dans les brumes pernod.... »

Léo Ferré 1972 « Il n'ya plus rien » label :Blaclay







jeudi 12 avril 2012

Les danseurs (15P) : Pan & Me





Une respiration d'outre-tombe, le corps prisonnier dérive dans son scaphandre.
Solitude de paille.
Néoclassique gothique, angoisses.
Cordes graves et lancinantes comme le ressac,
piano en suspension perdu dans la voûte qui saigne l'encre,
percussions industrielles.
Pluie de moisson. Farfadets emmanchés.
Solitude à deux, solipsisme et danse immobile.
Déréliction stridente, thébaïde beauceronne et menace du ciel.
Désert de chaume, plus aucune graine à défendre.
Cohue des corbeaux sous l'empyrée en sanglots,
déluge de violon.
Résignation.
Bande son d'un film imaginaire apocalyptique.




Pan & Me 2011 « paal » label : denovali
http://www.denovali.com/







mercredi 11 avril 2012

Mike Wexler



Planant juste à la bonne hauteur, du Lo-Fi avec des nappes de synthé floydien en plus, « More » en mode post-rock (« pariah »), du Nick Drake en fusion HRSTA (« spectrum »), la voix de Mike Moya n’est pas si loin, introspection surdimensionnée, je n’est pas entendu d’album aussi beau depuis le lumineux «Where leaves block the sun » de Bevel 2002 avec ses relents de Popol Vuh, ou encore Melpo Mene et son unique chef d’œuvre.


Un soleil noir cramoisi.


« lens » en éclairage pop, juste avant que les trompettes de « the trace » ne viennent injecter à nouveau l’encre post-rock façon Cererus Shoal sur « Element and structure/permanace ». Le post rock, c’est un peu des ondes jazz qui viennent étendre les lueurs, ce sont celles de Robert Wyatt ici, ou Don Nino, qui embellissent en filigrane (« prime »).
« glyph » en folk trouble guitare sèche/piano fidèle à son premier label…on touche le fond. Et « luminal » apothéose psychédélique en épilogue où l’on ses sent éparpillé, engourdissement total.
Lilacs & champagne m’avait aiguillé vers le label Mexican summer. Ce deuxième album pour moi du collectif confirme l’appui des lumières lourdes d’un endroit du monde à explorer.
C’est Amish et sa collection de weird folk qui abritait le premier album introuvable de Mike Wexler. « Dispossession », son deuxième, sous des visibilités plus franches est une sublime collection de chansons atmosphériques enregistrées live avec une touche d’improvisation. Des cordes et des claviers, solidement maintenu par une basse 70’s. Un pur enchantement et un retour aux nouveautés.

Mike Wexler 2012 « Dispossession » label : mexican summer
http://www.mexicansummer.com/shop/mike-wexler-dispossession/
échelle de richter : 8,9
support cd
après 4 écoutes


lundi 9 avril 2012

Chet Baker 55/56




CD 3 : le 24 octobre, Chet ne retrouve plus que Jimmy Bond: Peter Littman a regagné les 2tats Unis. Nils Bertil « Bert » Dahlander, un batteur suédois qui avait accompagné Lars Gullin, occupe la place. Devant le clavier s'installe un quasi inconnu, Gérard Gustin qu'Eddie Barclay venait de prendre sous contrat. Fraîchement engagé au Club St-Germain, il avait mené jusque là sa carrière sur la côte d'Azur. Dans un tel contexte, obligation est faite de recourir aux « Standars »....
CD5 : Le 25, un septette attend Chet pour mettre en boïte quatre mini-concertos. Pierre Michelot- iltient aussi la fonction de chef d'orchestre- Christian Chevallier et Bobby Jaspar s'en sont partagés les partitions. Bassiste hors-pair, Michelot qui avait étudié l'harmonie avec André Hodeir, admirait Chet parce qu' « avec des moyens ordinaires, il arrivait à faire des phrases d'une beauté extraordinaire, faites de simplicité et de clarté ». Grâce aux différentes prises de Chet de Dinah, il devient aisé de suivre leur édification : recherche du tempo idéal, ajustage des parties orchestrales, erreurs aussi,.., découvertes également : le chorus que prend le trompéttiste au cours de la prise 4 de Chet, inédite elle aussi, est peut-être le plus beau qu'il ait inventé sur ce morceau.
CD 8 : Ultime visite de Chet au studio Pathé-magellan. Il doit y retrouver à nouveau un septette car, ayant beaucoup aimé les arrangements de Pierre Michelot gravés cinq mois plus tôt, il lui avait à nouveau passé commande. Dans un délai aussi court, Michelot ne put livrer que « Mythe » et « Not to slow »; deuxpartitions remarquables, si remarquables d'ailleurs qu'à son retour aux Etats Unis, Chet les emmena avec lui......

Si le samedi fut blues du matin au soir, ce lundi lui, atterrit sur les terres jazz. Il y a quelques semaines Jimmy a posé sur mon étagère « The last great concert » m'électrisant le bulbe à l'écoute de ce mélodrame musical (j'y ai vu l'inspiration direct de « When » de Gallo avec « my funny valentine » entre autre). J'avance doucement dans le jazz, je puise parmi vos symptômes, me pose sur les aiguillages et me laisse submerger au fil des locations. Mingus, Thelonious, puis ici Chet Baker, plein le baluchon.
J'écoute ce pavé rare, ce chef d'œuvre compilé témoignage d'une époque. Épopée parisienne de 1955 à 56, photos à l'apui, et textes en français.
Je vous offre quelques propos de journal de bord, plein de noms, un mythe, la grande époque... Un lundi dominical a siroter du jazz avec un Madiran 2007.. merci pour vos secrets jazz les p 'tits gars, je plane, je déguste.
Chet Baker 1955/56 « Chet Baker and his orchestra/ pathé-magellan studio » label : barclay.
Box 8CD, format vinyl + livret (dispo bibliothèque JP Melville Paris 13)
http://www.chetbaker.net/







Sinatra 64




L'année 64, Sinatra envoie sur les ondes son album de Noël. Cette même année, il tente pour la première fois une touche rock'n'roll sur quelques chansons, « softly, as i leave you », « then suddenly love », « available ». Un léger drum kit, des backing vocals, un clavier, trois supers morceaux. Timide révolution, notable quand même.
Virage pop, le reste du disque est une fidèle collection de pièces d'amant crooner, dont quelques unes utilisées dans des films.
1964, un disque de Noël Sinatra, et pourquoi pas ce sublime album dominical pour un lundi pascal.

Sinatra 1964 « Softly, as i leave you » label : reprise.
http://www.sinatra.com/















samedi 7 avril 2012

Eric Clapton 74




Les fans purs et durs du guitare-hero Eric Clapton, se sont heurtés à cet easy blues façon JJ Cale, avec encore dans le ventre sa carrière époustouflante : Yardbirds, Blind Faith, Derek and the dominos, Cream. Le conformisme a pris possession du jeu endiablé de Clapton, pour un blues funky reaggae posé, un album rocking-chair. Comment lui jeter la pierre après le tumulte, la dérive. 1970, le premier album solo « Eric Clapton » se résume à une bande d'amis à la rescousse du génie de la gratte en plein naufrage. « After midnight » de JJ Cale était la reprise phare du disque. Ici, c'est « I shot the sheriff » gros succès illustrant sa résurrection, trois ans après.
Fini le guitare-hero et les soli endiablés, Clapton se contrôle, se restreint même, devient subtil et lucide. Place à la mélodie, à l'hyper cool 70's américain d'un grand guitariste britannique en vilégiature.




Tout est concentré autour de cette résidence ponctuelle de Miami. La pochette, la température, le refuge et la convalescence. De super musicos, une sublime choriste, un raz de marée commercial, des critiques dithyrambiques, cet album reste unique dans la carrière de Slowhand, et surtout une renaissance. Ce succès sera dupliqué en 77 avec « Slow hand » justement et le retour à JJ Cale « cocaine ».

La version 2004 de « 461 ocean boulevard » propose un live Londonien assez moyen en son, et 5 bonus out-takes qui vont à merveille avec l'ensemble de l'album, y'a juste plein de soli en plus, du blues easy cool sur 6 à 8 min.

Voilà pour clore un samedi blues décontracte en final, avec un pic millésimé dans la carrière d'Eric Clapton.
Un disque qu'on ne devrait plus présenter, mais c'est tellement bon à chaque fois. J'ai révisé mon bac avec ce disque en boucle, version vinyl...ça fait un bail, tellement familier.

Eric Clapton 1974 « 461 ocean boulevard » label : polydor
http://www.ericclapton.com/
échelle de richter 9
après 1000 écoute (K7, vinyl, cd et deluxe)
















Taste 70




L'erre Rory Gallagher se dessine ici, sur « On the boards ». D'autant plus qu'il est l'auteur compositeur, chanteur, guitariste...leader.
Sur une base logiquement rock irlandais, le blues band Taste formé en 66 dévoile une réelle affection de Gallagher pour le jazz. Le morceau « It's happened before, it's ll happen again » est une tuerie, et l'on apprend que c'est lui qui tient l'alto-sax, quand il n'est pas à l'harmonica. En l'espace d'un mois il s'est imperturbablement adonné au saxophone pour gérer quelques soli de l'album.
On découvre le style unique de Rory agé de 22 ans alors, son toucher nerveux et sa vision rock de blues blanc épique à venir. Deuxième album du groupe, un passage sur l'Île de Wight auprès d'Hendrix, Jethro Tull.. « On the boards » qu'on pourrait rapprocher d'un Cream, déborde de fraîcheur, imparfait, impression live, authentique, rare et vachement bon. (le morceau « on the boards » me rappelle étrangement « try again » de Supertramp 1970 si Helliwell avait été là(écoute plus bas)). Superbe pochette à la Led Zep.
Le berceau.
C'est samedi, du blues au programme, au détour d'une belle occas moins de 4e chipée dans une caisse comme on cherche les œufs dans le jardin, une matinée bien chaud-bouillante.

Taste 1970 « On the boards » label : polydor
http://www.rorygallagher.com/#/discography/taste
échelle de richter : 7,9
support cd
après 2 écoutes













Merci à Blues Roost à qui j'ai chipé qq infos... blog inépuisable sur Rory.

jeudi 5 avril 2012

mercredi 4 avril 2012

Phantom dog beneath the moon / "L'arbre" 74x51 avril 2012













Je vais oser quelques comparaisons qui me viennent à l'écoute de ce folk contemplatif recroquevillé. Imaginez Nick Drake dévié par Robert Wyatt, happé par Gorky Zygotic Mynci, et projeté dans un espace gracieux de Song of Great Pheasant, The Zephyrs, le tout balayé de
blanc avec dans la brosse une légère touche de vert émeraude piquée de terre d'ombre brûlée.
Un Rover sous anesthésie.
Phantom dog beneath the moon a injecté une béatitude romantico-dramatique dans cette contemplation pop fraîche et d'apparence innocente. Hanté et atmosphérique.
Quelques peaux tendues, beaucoup de cordes écarlates, une voix que la tète absorbe, des complaintes nues, des ondes de cuivres embrumés, mon horizon s'est nappé d'un brouillard de limon gras, le frémissement s'est abattu, le foulard a reprit son collier, les mains ont plongée dans les poches imbibées, le cerveau s'est répandu là, en flaque, sur une terre féconde de céréales rasées, de « miroirs dans la boue », un champ mou d'où surgissent des fantômes, dans la plus pure douceur. Une autre promenade solitaire près de l'arbre, l'anticyclone n'est qu'une pommade, la fioriture tenace d'un sol beauceron habité par des entrées maritimes. L'arbre a disparu sous les couches rugueuses d'un post rock qui clôture l'album, une nébuleuse cataclysmique perfore la nuque et embarque définitivement.
Un mirage.

Phantom dog beneath the moon 2010 « The trees, the sea in a lunar stream » label : rusted rail
http://www.rustedrail.com/phantomdog4







lundi 2 avril 2012

Jethro Tull's Ian Anderson

Depuis 2008, Jethro Tull a pris l'habitude de fêter les 40 ans de leurs sorties discographiques. Deluxe bourrés d'inédits et de recul avec déjà « This was », « Stand up », « Aqualung ».
Nous arrivons donc sur l'épique « Thick as a brick », et en guise de remastering, Ian Anderson a décidé de créer une suite.


EHHHH, un nouveau Jethro Tull sur les promontoires !! Leur dernière pièce était une compilation avec quelques nouvelles compositions entrecoupées d'anciennes « Christmas songs » 2003 et un album solo de Ian Anderson « Rupi's songs »2003 aussi.
Bon ok, il s'agit ici d'un album de Jethro Tull's Ian Anderson, mais TAAB2 sort au nom du groupe, et en hommage au chef d'œuvre sorti il y a 40 ans et qui vint rompre alors le grand succès d' « Aqualung ».
A l'époque, le rock progressif prenait des allures de blues-folk-hard médiéval, comme savait si bien construire le grand héron à flute. Cassure nette puisqu'en concert les fans attendant les tubes du groupe, prenaient d'un bloc ce patchwork complexe basé sur les textes récompensés d'un poète imaginaire de huit ans, Gérald Bostock. Tellement déroutés qu'ils devaient lâcher le groupe dès la récidive progressive « A passion play » en 73.

Ian Anderson revient avec un « Thick as a brick 2 » fraichement écrit et composé. Martin Barre, Barriemore Barlow, Jeffrey Hammond-Hammond, John Evan ne sont plus de la partie, quatre autres musiciens viennent prendre le rôle et jouer le même rock baroque musclé, rebondissant, mélodieux et celtique. Ce nouveau foutoir ordonné garde l'esprit 70's, avec une touche "The roots to branches" 1995 en plus. Une tournée planétaire est prévue, l'intégralité de l'opus 72 en première partie, TAAB2 en second...ça va chier grave à l'Olympia le 28 novembre 2012.

Le vinyle 72 était proposé sous forme d'un quotidien à déplier. Un même canard est proposé pour ce retour, séparément cette fois-ci. Ce design journalistique avait d'ailleurs pris plus de temps à réaliser que le disque lui-même..la belle époque.

Nous côtoyons depuis quelques temps les 40 ans d'albums mythiques qui ont bâtis l'histoire du rock 70's. Après tous les King Crimson, et en attendant Ziggy en juin, « Thick as a brick » déboule..ehhh un nouveau Jethro Tull bordel !! Un silence médiatique, et pourtant ce midi, des férus ravagés se sont précipités sur les quelques exemplaires affichés depuis quelques heures. J'ai pris le dernier in extrémis, près à ma battre...l'aurait fallu me passer sur le corps !!!

Jethro Tull's Ian Anderson 2012 « Thick as a brick 2» label : chrysalis
échelle de richter : 8,9
support cd/dvd
après 2 écoutes

http://www.j-tull.com/