jeudi 20 septembre 2012

Swans 2012


Grand Jeu Des Blogueurs Mangeurs De Disques (4ème édition)
Thème # 3 :LA BEAUTE DU DIABLE (une musique qui fait peur mais qu'on aime ça)

Attention chien méchant.
Prenez garde avant d'entrer sur les terres de Swans.
Basse maladive, drums musclées, guitares méchantes, synthés cryptiques, chant habité au timbre gras, tout pour laisser le badaud au seuil de la grille. Musique industrielle côtoyant le gothique psychédélique, de l'urbain proche d'un cimetière....
 
C'est pas une raison pour se barrer en courant. Le cimetière est ceinturé de gros murs hauts en silex, et la ruelle d'où s'ouvre le panorama mortifère est éclairée de quelques lampadaires lunaires. Rien à craindre, Swans a muri sa musique, depuis le temps que Michael Gira et sa bande menacent, s'exhibent et se ruent dans la fosse. Tout ici, s'érige comme le demi-donjon qui tient tète depuis des siècles. Il y a bien quelques pierres qui tombent au bout d'une poignée d'années, mais elles ne sont jamais tombées sur un crane, un périmètre de sécurité veille. D'ailleurs, j'en ai chipé une que je laisse reposer dans mon garage comme un trophée. Lequel ?, celui d'arriver à aimer la musique de Swans sans jamais avoir signé le pacte qui tendrait à franchir l'épais mur de silex pour capter les feux follets, pour communier avec le diable.
Sans jamais sombrer dans le cliché, les derniers opus de Swans que Gira réinvente depuis quelques années, se laisse écouter, naturellement, avec en substance, la timide envie de se klaxonner la gueule dans le mathématiquement sombre. Une légère envie de désespoir musclé à l'upercut avec une tranquille envie de mordre.. pas le pire des temps de chien en fait. Il est facile de se laisser tenter par le vertige choc et la colère artistique sans pour autant planter les crocs dans n'importe quelle carotide.
D'ailleurs, au verso, c'est le sphincter du cleps qui est offert à toutes les extrémités de bottes enragées. Entre les deux pochettes, un puissant double album frôlant l'intelligence constructive, qui paraît quelques mois après le double live «We rose from your bed with the sun in our head » , au même design.
Allez, vous pouvez entrer sans problème, le pit est là qui hurle, mais il est enchainé à la cave. On l'entend juste gueuler et on imagine les canines baveuses, juste en dessous des deux billes cernées de poils qui cherchent du regard une proie. Entrez, vous allez juste frissonner à frôler le soupirail entrouvert sous lequel de grosses chaines font un va-et-vient sur la dalle de ciment crasseuse.
Swans fait peur, pour qui n'est jamais venu. Gira montre ses fesses au public, le chien son oeil de bronze, maître de cérémonie sur scène.. et pourtant, c'est hyper bon sur la platine, bien dosé, construit. Swans fait peur par son passé trash destroy rageusement goth... « Swans are dead », le monstrueux « Cop/young god.greed/holy money », l'effrayant « Filth/body to body, job to job » à l'époque où le pit déchiquetait, déjà des dents sur la pochette.
Venez, entrez.. vous verrez, c'est pas loin du nirvana, il a quand même accueilli Mi and Lau, Lisa Germano, James Blackshaw, Devendra Banhart, Larkin Grimm.... eux n'ont pas eux peur de pénétrer dans cette propriété diaboliquement paradisiaque...puis il a sorti « The great annihilator », sombre, mais acoustiquement apaisé.
Sous ses allures de mastodonte terrifiant, une poésie sombre vient diluer la violence. Michael Gira carbure, de sa carrière solo à Swans, en passant par Angel of light... tourmente crescendo, un art béton, mais pas armé... c'est vachement bon les nouveaux disques de Swans, même les gentils monstres de 33 minutes « The seer » .
On ne sait juste pas si vous en ressortirez.....

Swans 2012 « The seer » label : young god records

en écoute intégrale:
http://soundcloud.com/selftitledmag/sets/swans-the-seer
www.younggodrecords.com






pour ceux qui veulent:
http://newalbumreleases.net/47731/swans-the-seer-2012/#more-47731




13 commentaires:

Mister Moods a dit…

Je ne l'ai pas encore écouté celui-là mais avec les Swans, pas de doute, tu es "en plein dedans".
Bien joué Charlu et beau billet !

Pascal Georges a dit…

Décidément jour des découvertes.
Vu au coin du net, de revues...
Jamais écouté.
Vais remédier.

charlu a dit…

Hein qu'y a une certaine beauté dans l'oeuvre de Gira !!! car c'est pas le genre de zic que j'écoute tous les jours.
Grand cru celui là.

sorgual a dit…

J'avais juste regardé la pochette sans trop savoir si j'allais explorer. Bon allez je plonge. Si la grande Véronique est la Barbara pop, eux c'est quoi ? Non réponds pas je vais encore plus avoir la trouille.

Fracas 64 a dit…

Ouf! C'est spécial ça! Je vais voir....

charlu a dit…

Y'a un esprit sur cet album qui frôle celui d'OUTSIDE de Bowie.... ça aussi ça fout les j'tons.

La Rouge a dit…

J'adore ce CD. Excellent.

Toorsch a dit…

J'adore... Et la pochette est sublime, ce qui ne gâche rien. Je vois que vous avez tous suivi le thème avec un grand sérieux...

Everett W. Gilles a dit…

Hello.
Moi la pochette m'aurait plutôt fait fuir, et j'aurais loupé quelque chose.
Là c'est fait, je connais, et effectivement, ça colle au thème comme un chewing-gum à la semelle.
C'est pas la musique qui me fait peur, c'est de t'imaginer en train de l'écouter...;))))))
EWG

charlu a dit…

Ah ah... on a tous un côté clébard qui ressort plus ou moins !!
Truc bizarre, j'ai jamais peint avec !! ..je garde ma collection de Swans/Angel of light pour mes escapades nocturnes immobiles :D

Le Club Des Mangeurs De Disques a dit…

Il faudra que j'aille voir par là car je ne connais qu'une reprise de "Love Will..." de Joy Division.
Jimmy

Till a dit…

Hi Charlu,

J'écoute un peu et c'est...suffocant, angoissant, étouffant. Mais passionnant aussi. Ce genre-là peut facilement glisser dans le Grand Guignol, là c'est maîtrisé avec suffisamment de retenue (de talent ?) pour rester dans ses rails.
Merci pour ça.

Décidément un thème qui me plait bien.

charlu a dit…

Merci Till... c'est exactement ça..les Swans n'ont pas toujours étaient autant maîtrisés !! souvent dans l'extrème trash avec qq pièces inaudibles. Je garde étouffant, mais avec une superbe construction et une gestion sonore qui fait de The Seer 2h de zic "écoutable" à conditin d'aimer un poil l'industriel, punkie, rock abrasif, et la cave .
ça fait plaisir de voi que ça plait .. atoute