samedi 30 avril 2011

Alex Beaupain / Antoine Leonpaul / Nicolas Comment


Une autre chronique de synthèse pour trois autres albums d'ici qui passent en boucle sur le poste de mon véhicule (toujours pas mp3), le boitier sur le tableau de bord renvoyant la pochette vermillon sur le pare-brise. C'est exactement le genre de musique que je mets quand je roule, album de vacances, souvenirs de situations qui vont prendre c'est sûr. Et puis c'est comme quelqu'un qui te parle, un auto-stoppeur qui te raconte sa vie, une tranche de la sienne, tu écoutes, tu jubiles, tu partages avec une tranche à toi, tu y trouves des points communs, tu ris à pleines dents, tu deviens inconscient et le temps défile.
Après la pause étonnante de Doré/Alister (après le recul, je persiste, vraiment deux très bons disques), voici succinctement, trois autres pièces qui collent à mon pare brise ensoleillé.

Nicolas Comment 2010 "Nous étions dieu" label : kwaidan (échelle de richter : 7.1)

J'écoute ce disque depuis plusieurs mois avec un certains intérêt. Ayant défrayé la chronique chez mes amis blogueurs, je prends cette galette comme je l'ai abordée la première fois, un disque excellent, évidemment coincée entre Gainsbourg/Biolay/Fred Poulet. Je suis à l'écart, est-ce le soleil, je n'ai pas tout saisi. Je prends et ça défile impec. J'aime beaucoup ce disque.

Antoine Leonpaul 2011 "antoine leonpaul" label : because (échelle de richter :6.1)

Un super bon petit cd du cru qui rappelle tout de suite Albin De La Simone (j'en ai profité pour écouter le superbe « Bungalow!) et du Souchon (son lanceur) des débuts.

Alex Beaupain 2011 "Pourquoi battait mon coeur" label : naïve (échelle de richter : 8.8)

C'est finalement Alex Beaupain qui remporte cette fois-ci mes suffrages. Reapeat sur la touche, les kilomètres défilent avec un certains bien être palpable. Complètement déçu par « 33 tours » sa production 2008, je me suis procuré ce disque avec l'indulgence des effets dévastateurs des « chansons d'amour », Christophe Honoré lui permettant une séance de rattrapage pour « Garçon d'honneur » 2005 passé sous silence (quelques chansons écrites ici sont reprises sur "les chansons d'amour"). C'est avec fracas donc qu'il resurgit grâce à la bande son. « Pourquoi battait mon coeur » est un véritable retour 2005/2007, un album excellent à tous les niveaux. La voix vire Florent Marchet et épouse à merveille les contes romantico-métropolitain qu'il affecte tout particulièrement. Il y a toujours la Bastille et des amours. Les mélodies sont implacables et les arrangements sublimes. Quant à la pochette, c'est elle qui met du rouge à mon pare brise, histoire d'ensanglanter les colza mourants.











Voilà la bande son des quelques départementales, tronçons d'autoroutes, des accès à la plages en dénivelé accentué, du Perche à la Bretagne, du colza au granit.
















Juste un petit travelling arrière pour afficher ici un de mes plus beaux disques d'ici, celui qui revient tout le temps, sur lequel il faudrait s'attarder quelques instants, mais puisqu'il s'agit d'une autre chronique fainéante en vrac, voici ce petit bijou récurent, ma fidélité hexagonale. Un des rares à toujours se retrouver sur la route dans ma pochette cd. Tout pourrait se résumer à ce disque.


Julien Baer 1997 "Julien Baer" label : polydor.





mardi 26 avril 2011

Erland & the Carnival






Le deuxième album des Erland & the carnival est un formidable voyage vers les Strangglers poivrés de Barrett.
En fait, les Strangglers que j’ai découvert avec « Dreamtine » en 1987, m’a toujours laissé sur la fin depuis ce chef d’oeuvre. « nightingale » peut palier. Une petite relève aux mêmes allures psychédéliques que leurs ainés, frôlant parfois les nappes synthétiques de Broadcast.

Dans la lignée d’une douce folie dingue chaussée de Mockassin, ma dernière aventure foutraque, ET&C prend le relais délicieusement barré d’une pop ludique sombrant par moment dans l’inquiétude. L’autre point commun avec Connan, c’est le nombre d’idées à la seconde. Des idées sonores, instrumentales, d’arrangements originaux et bien à lui. Unique donc. C’est une autre vision claire d’exprimer un matériel riche avec un langage particulier, une autre belle originalité heureuse qui passe en boucle, des plages ensoleillées très attachantes.


En ce qui me concerne, la pop ludiquement expérimentale a été initiée par le duo Zappa/Captain Beefheart. Depuis, sous palettes diverses, pas mal d’artistes plus ou moins bon (c’est pas donné à tout le monde d’exceller dans la gaudriole) s’essayent au délire. Il y ‘a même « this night » qui me renvoie directement à Jethro Tull fin 70’s, même élucubration sautillantes.
Malgré toutes ces références psyché 70’s, la tendance de cet album reste collée au mur, tout près des poster de Starsky et Hutch. Et tel une face B (la belle époque), le disque vire à partrir de « nightingale » dans la mélancolie poisseuse, comme si c’est ici que l’auteur voulait nous attirer..


Erland & the Carnival 2011 « nightingale » label : yep rock
www.erlandandthecarnival.com




échelle de richter : 8
support : mp3
après 2 écoutes


quand on aime : the stranglers ; syd barrett

Alister / Julien Doré















Deux album d’ici que je découvre en même temps. Deuxième album pour les deux, pochette dans la même optique bleutée, et même si les provenances des deux diffèrent, la fibre 70’s est là autant chez Alister que chez Julien Doré.
Pose hexagonale pas désagréable et même étonnement très bonne tellement les deux premiers albums m’avaient laissé de marbre.
Chronique fainéante pour deux disques excellents. Entre parenthèse, c’est la curiosité d’écouter Dominique A au service de Doré qui m’a fait me plonger dans ce disque, curiosité que je n’ai jamais réussi à avoir avec Calogéro. Bon ok, ça fait un peu cliché, mais sur une plage anticyclonique sous un soleil de plomb, ça passe nickel.

Alister 2011 « double détente »
Julien Doré 2011 « Bichon »




Vu qu'avec le recul, je trouve mon billet un poil light, je vous laisse avec Francky qui, de toute façon, parlera mieux que moi de "Bichon".
http://muziksetcultures.over-blog.fr/article-bichon-julien-dore-72391860.html

vendredi 22 avril 2011

Daniel Martin Moore


Créer un album d'obédience Gospel sans soutane, ni édifice religieux, sans bras levés au ciel ni regards allumés est un exercice original. Une impression d'agnostique, voire d'athée qui n'a rien pour me déplaire.
L'habit ne fait pas le moine et loin des clichés, Daniel Martin Moore sort un album de blues jazz aux architectures classées gospel (tout cela, Ray Charles en a fait le R'n'B), touché par la grâce, inspiré et totalement mystique.
Réjouissant et accompli on touche ici la perfection. Les quelques touches de swing manouche sont maîtrisées par d'excellents musiciens. Loin de son folk intime original, il rend hommage à sa façon à une grande culture. Magnifique.





Daniel Martin Moore 2011 « In the cool of the day » label : sub pop
http://www.danielmartinmoore.com/
http://www.subpop.com/

échelle de richter : 8
support : cd
après 5 écoutes





Daniel Martin Moore - Dark Road by subpop

jeudi 21 avril 2011

Sarabeth Tucek


Il fait toujours bon feuilleter les pages de Mme Pastel au gré d'un art féminin intemporel et souvent en avance. Six mois avant le grand rush, Anna Calvi y était (quoiqu'on pense d'elle), auprès de Kate Bush en fidélité récurrente.



C'est Sarabeth Tucek qui cette fois-ci m'a interpellée. Ce disque est un enchantement, alternant les ballades doucereuses à la voix bien placée, et chansons pop plus rock comme si les Crazy horse étaient de la partie.
Le disque débute sur un troublant « the wound and the bow » aux vocalises Kate Bush. Puis la voix se place, plus grave, sur « Wooden », et les gars derrière débutent le gig à leur tour, comme s'ils avaient joué « Southern man » un jour.
Tout le reste est fidèle à cette intro qui met la barre très haute, entre rythmique pop délicatement grungy et romantisme jazzy amoureux.
La pochette est superbe, l'artiste plus encore (aussi belle que Joan at the policewoman) et après le classicisme de Rumer, l'americana blues suave de Sarabeth Tucek offre un superbe album discret, humble, terriblement féminin, absolument Mme Pastel.


Sarabeth Tucek 2011 « get well soon » label : sonic cathedrale
http://www.soniccathedral.co.uk/
http://www.sarabethtucek.wordprogress.com/


échelle de richter 8,6

support cd

après 2 écoutes



Quand on aime: cat power; neil young


Sarabeth Tucek 'Wooden' by Sonic Cathedral

mercredi 20 avril 2011

Nicolas Jaar


Il y a bien longtemps que je n'ai pas contemplé un tel paysage electro. L'impression de tourner en rond depuis quelques temps (2 ou 3 ans), j'ai perdu la manie de fouiller systématiquement les rayons synthétiques. Et pourtant, je reste fermement attaché aux descriptifs ambiants échantillonnés plus ou moins introspectifs. Plus électronica que techno donc, je suis toujours à l'affût du déclic. Il est arrivé avec Nicolas JAAR et « Space is only noise ».
Difficile à définir tellement ce disque est une surdose de richesse en tout genre: programmation autour de voix (Goddard qui dialogue par exemple), d'instruments acoustiques, quelques plages piano aussi libre que Keith Jarrett, d'autres instruments branchés, des synthé, des guitares claires, du dub raffiné qui se noie dans le tableau mélancolique, des sonorités, des gadgets, des idées à la pelle et des textes glanés en patchwork...


Voyage immobile, exploration cinématographique, flash moderne, urbain, spacieux, claustro, lunaire, totalement noctambule, « Space is only noise » est une véritable transe à cogitation lente, des soubresauts cérébraux en danse molle d'appréhension neurasthénique. Une beauté soul par moment, Ray Charles en apparition Moby vient réchauffer quelques phrases de Tristan Tzara sous un piano libre comme Robert Wyatt. Un véritable roman sonore, un concept cohérent.
Plus profond que Wax Tailor, beau comme l'unique disque de Worm is green, intelligent comme une pièce de Jay Alansky, soutenu comme un Pulseprogramming, aussi fin que « The dynamics » d'Osaka, aussi dépaysant que les « Voyage into paradise » du Dr Alex Paterson, et aussi éclatant que Faultline.

Nicolas Jaar déclenche, inspire, injecte les paysages et les situations, à nous auditeurs affamés de voyages immobiles, mais aussi vers d'autres créateurs. Un clip est né de « keep me there »... un flash, un déclic, un personnage en court métrage, une tranche de vie et du coup une bande son féconde.


Lucas lâche les mots pour justifier sa passion de l'auteur. Il m'a autorisé à diffuser son clip réalisé avec son équipe et des bouts de son mail en contexte .. voici :

C'est avant tout pour allé vers les gens qui ont adoré cet album que j'ai voulu faire un clip, avec l'idée de donner à ses amateurs (dont je fais parti) un objet visuel à partager, avec son univers propre, où la musique de Nicolas Jaar aurait toute sa place. En effet, en pianotant sur youtube, j'était frapper de trouver aucun clip. Or je trouve que sa musique, dans son essence, à quelque chose de profondément visuel. Bref, l'idée de faire un video clip est donc naît assez naturellement dans la mesure où, pour moi, son écoute suppose une expérience vachement visuelle. De file en aiguille le personnage de Gregorino est naît, une sorte de flic en fin de parcours, tournant en rond (un peu comme un vynil), bouffé par une existence blafarde. Je crois qu'à la première écoute du morceau "keep me there" j'ai eu cette impression de mélancolie, d'où ce personnage. Mais au fur à mesure des écoutes tu te rends compte que derrière cette mélancolie apparente se cache en réalité des formes élancées, à la fois chaude et réconfortante (bref le féminin). Pour rendre compte de cette seconde dimension, le travail de mon chef opérateur (Amine Berrada) ainsi que de ma monteuse (Avril Besson) a été déterminant: on a fait en sorte d'alterner les teintes froides et chaudes et on s'est refusé de monter mécaniquement sur la caisse claire (pour ne pas avoir un résultat hyper séquencé).

À par ça le tournage, qui a été fantastique, a duré 7 jours non-stop. On a tourné un peu partout dans Paris et sa banlieue: Beaugrenelle, Pigalles, St Ouen, Pantin, Bobigny, Gennevilliers... Le travail de préparation a été vachement déterminant car on voulait créé une ville mêlant le mystère à la crasse, où les ruelles bouffées par la pénombre attirent autant qu'elle font peur. À ce niveau le travail de Jim Dupuy, avec qui j'ai d'ailleurs développé le récit du clip, a été d'une importance folle, on a parcouru la ville ensemble pendant des journées durant, à l'affût du moindre immeubles douteux, pont en acier, .... Et puis c'est grâce à Jim également que j'ai trouvé mon bon vieux Gregorino, et oui, c'est son père qui s'est prêté au jeu, et franchement il a été du tonnerre on peu le dire (j'ai d'ailleurs du mal à croire qu'il n'ai jamais joué auparavant). Donc pour mille raison Jim Dupuy (lui aussi 20 ans, comme moi) a était fondamental tout au long de cette aventure.

Nicolas Jaar 2011 " Space is only noise" label : circus company


http://www.nicolasjaar.net/


http://www.circuscompany.fr/

échelle de richter : 8,5


support cd


après 2 écoutes




lundi 18 avril 2011

Connan Mockasin


Une envie d’être n’importe où, vers d’autres lieux, Connan Mockasin. Changement de paysage certifié, un autre horizon désorienté saisi à l’écoute des morceaux atypiquement bricolés de « Forever dolphin love », premier album du Néo Zélandais Connan hosford.


Troublante pochette avec dedans la bande son qui l’illustre. Un portrait fauve dégingandé, un expressionnisme troublant et ténébreux, cauchemar ou rêve, tout dépend de l’humeur. La mienne est en partance, une grosse envie d’être ailleurs aide, vers d’autres cieux. Une vision bancale pour une pop jazz profondément introspective. Un portrait expérimental en épouvantail, un exutoire moderne musical qu’une voix défigurée incarne à merveille. Quelle aubaine quand on a envie de fuir.


Ce disque est d’une intelligence rare, absolument libre et psychédélique, il gronde dans un monde, non pas parallèle, mais qui prend la tangente. On se sent bizarrement bien dans ce magma flou. Un concept kaléidoscopique toxique danse follement sous des cieux très sombres, car sous ses airs de fanfaron pop, « Forever dolphin love» agglutine ses distorsions bulbeuses dans la mélancolie, gaiement moribondes. Le bonus live n’enlève rien à la folie douce.


Ce trublion au visage Patrick Wolf/Andy Wharol, vient de dévoiler un disque étonnant qu’il faudra décortiquer longuement pour en assimiler toutes les finesses et toute l’intelligence d’un matériel camouflé sous des masques faussement bravaches.


Pour les humeurs, c’est selon, à voir en fonction, à prendre tout de suite, à laisser mûrir, à reprendre par surprise, feinter, ou à boire goulûment jusqu’à l’ivresse… comme moi.

Connan Mockasin 2011 « Forever dolphin love » label : phantasy sound www.myspace.com/connanmockasin www.phantasysound.co.uk/ . échelle de richter : 8,6 support : cd après 3 écoutes . Quand on aime : syd barett ; MGMT sous lexomil ; zappa déprimé . .

Connan Mockasin "Forever Dolphin Love" by +dB

dimanche 17 avril 2011

Alexi Murdoch


Une belle coïncidence que la venue dans les bacs ces jours ci de « Towards the sun ». Arrivant juste après le week end dernier à réunir quelques galettes d'obédience Nick Drake, je tombe sur le deuxième album folk d'Alexi Murdoch, au rayon nouveauté cette fois-ci. La contrée reculée écossaise en berceau, une seule journée d'intimité minimale aura suffit à Alexi pour enregistrer cet album.

Complètement Nick Drake donc, les longues plages folk qu'il prend soin d'installer lentement ont un souffle celtique léger, comme James Yorkston, de l'acoustique british proche d'Alasdair Roberts, avec une onde de soul dans la voix, comme José Gonzales.

Les paysages nus s'enchainent comme de douces matinées intimement chatoyantes.


Superbe pochette, City slang en hospitalité, sobriété des présentations, 37 min, 7 pistes et de doux instruments en brumes viennent flotter derrière ce duo guitare/voix très attachant.


Alexi Murdoch 2011 « Towards the sun » label : city slang




échelle de richter : 7,8

support cd

après 2 écoutes


quand on aime : james yorkston; alasdair roberts; nick drake; josé gonzales


Alexi Murdoch - Towards The Sun by cityslang

jeudi 14 avril 2011

Bill Callahan


Bill Callahan est une autre allégeance, pour des raisons différentes de Low, mais encrée dans mon identité culturelle qui rend immuable chacune des leurs sorties. Il sont quelques uns comme cela.

Bill Callahan, ça a commencé pour moi en 1997 avec « Red apple falls ». Un énorme coup de foudre qui n’a jamais cessé. Une créature idyllique au fond d’une rivière vous offre une pomme sans rien en échange, elle et il devaient m’embarquer dans les profondeurs pop underground : sa voix ténébreuse dans les mêmes profondeurs que Ian Stuart Staple, son Lo-fi minimal et lancinant particulièrement troublant à l’époque. Longue fidélité, les disques se sont enchaînés avec un autre pic sur « Rain on Lens ». Le brouillard enfumé s’est dissipé, Bill Callahan sans pseudo a signé, trois disques déjà depuis 2009. Le troisième est là depuis quelques jours.


Toujours son naturel glutineux, son country-folk bien à lui, répétitif, inventif, caverneux, avec les mêmes petits défauts qui font de ses disques des prises bruts et authentiques. Peut être le plus smog des trois, « Apocalyspe » en une seule écoute est incroyablement bon. Une grande maîtrise de son art. Peut être la découverte d’un nouvel album qui me fait sortir celui-là du lot. Avec le recul, sa discographie se nivellera sans doute. En attendant les sept morceaux dégoulinent dans mon casque avec un réel bonheur, une autre évidence plus douce que jamais. Sa discographie gonfle à vitesse régulière, sans aucun dérapage, chaque pièce est un élément indispensable pour son règne bien au dessus du lot.

Bill Callahan 2011 « Apocalyspe » label :drag city



échelle de richter : 8,85

support : mp3

après 1 écoute


Bill Callahan - Drover by FlatRat

mardi 12 avril 2011

Low


Ça débute comme un conte de fée « try to sleep », une chanson pop rêveuse enchanteresse chantée par Alan, puis c'est au tour de Mimi « you see everything », une troisième avec Alan plus blues cette fois-ci « witches » et on se dit que nous allons vivre une épopée légère, comme si Low avait lâché du leste pour prendre de la hauteur.. pourquoi pas, depuis que la discographie du groupe a été bétonnée par l'immense coffret « A lifetime of temporary relief », on prend les nouvelles œuvres du trio du Minnesota comme ils viennent, assis sur l'irréfutable, quelles soient plus expérimentales sur le très recherché et raffiné « Drums and guns » (ma préférence avec « Trust »), ou plus brut et rugueux sur « The great destroyer », (un peu moins dans mes cordes).

Puis, on baisse d'un ton, « done » retrouve un peu de lenteur, le minimalisme qu'on leur connaît et que l'on implore.

On arrête de rigoler sur « especially me », les harmonies vocales viennent s'échouer sur une superbe mélodie. Lancinante guitare d'Alan sur le tambourin de Mimi, le violon... cryptique comme on aime.

« $20 » enfonce encore plus, l'envergure est de mise, la lumière s'assombrit et je retrouve ébaubi la torpeur mélancolique dont je ne suis toujours pas revenu, sur « Trust ».

« majesty magic », et le corps disparaît un peu plus dans les sables mouvants, quelle jolie façon de voir les choses que cette lenteur visqueuse et édénique.

« nightingale » arrive comme un remède, une énorme bouffée d'air pur à peine croyable de luminosité. Tout prend forme en épreuve lacrymale. Comment ne pas succomber devant une telle évidence ? Amadoué, guidé, cette lente avancée vers le contentement est un chemin en clair-obscur habituel chez Low.

Il y a des notes, des changements d'accords qui remuent viscéralement. Quelle belle histoire d'amour qui dure ! quelle constance!! « nothing but heart » en avant dernière position, confirme l'immense plaisir que j'ai pu avoir à la découverte de la reprise « fearless » (cuvée Floyd 71), sur un ep des sessions de « Trust ». Absolument floydien de cette époque, cet hymne choral s'étale sur plus de huit minutes en crescendo troublant.





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Juste avant la découverte de « C'mon », j'ai pris le consternant Beady Eye en pleine poire dès ce matin. Quelle horreur, quelle médiocrité camouflée de bruit, avec une fausse rapidité, quelle continuité dans le grossier déguisé. A des années lumières, Low est venu comme une pluie lustrale chasser la nausée de la plus belle façon qu'il soit, une nouvelle fois touché par la grâce.

Low 2011 "C'mon" label : rough trade

www.chairkickers.com/ chronique vidéos ici
échelle de richter : 8,8

support cd

après 3 écoutes


lundi 11 avril 2011

Jim Sullivan / Michael Chapman


Puisque nous sommes dans la réédition, voici un autre label réservé pour les résurrections : Light in the attic records.




Jim Sullivan est dans mes préférences de sorties 2010. Il suffit juste de se laisser envouter par cet opus improbable comme si Lee Hazlewood ou Terry Calier étaient dirigés par David Axelrod. La tronche du Captain Beffheart, Jim Sullivan sort ce premier album solo en 1969 après avoir flirté quelques instants au sein de The survivors en 65. A l'écoute de ce grand disque 70's avant l'heure, on imagine ce qu'aurait pu être la carrière de Jim Sullivan si on avait pas, en1975, retrouvé son véhicule rempli de guitares, mais sans lui et sans aucune nouvelle depuis. Jazz-pop-soul-psyché dans toute sa splendeur, « U.F.O » est entêtant et dégagé, presque poétique « jerome ».

Jim Sullivan 1969 "U.F.O"



La deuxième réédition, c'est Michael Chapman. « Fully qualified survivor » son deuxième album, sorti en 1970 sous le rond central jaune et vert Harvest. Quelques pièces instrumentales ragtime viennent côtoyer Bert Jansch (« naked ladies and electric ragtime »; »fishbeard sunset »; « andru's easy rider »), mais pour le reste, c'est un prodigieux voyage rock entre Bowie Ziggy et Roy Harper (ou encore Roxy music; Syd Barrett ou The Who..). Une multitude d'instruments sont invités pour ce psychédélique album folk-pop, considéré comme le meilleur des 70's par John Peel. Violon, violoncelle sur « aviator » (un sommet comme aura Huricane de Dylan aura pu l'être), guitare branchée sur le très floydien « stranger in the room » ou le claptonnien « soulful lady » avec des mélodies aussi belles que Gene Clark. « Fullu qualified survivor » découvert ces jours-ci, est aussi calé dans mes préférences rééditées, tout près de Jim Sullivan.

Michael Chapman 1970 "Fully qualified survivor"




Light in the attic records est un inventaire de pépites à dénicher de toute urgence. Les livrets sont étoffés d'historique, de contexte, de photos.. deux disques 70's absolument indispensables.

dimanche 10 avril 2011

Bert Jansch / Don Crawford / James Taylor.





Certaines chansons sont là pour accompagner les jours suivants, indélébiles, affublés de remugles adolescents liés au climat, à une couleur, une lumière, un sentiment. Et comme le chien de Pavlov, les airs reviennent des années après à nous faire baver avec la même force, comme si nous y étions. J'ai dû écouter « Granchester meadows » au bord d'une rivière pas loin d'une prairie caniculaire légèrement habitée d'alouettes et d'abeilles. A chaque écoute de ce morceau, la même ambiance m'envahit, les mêmes émotions. L'inverse est aussi vrai, un vent chaud qui souffle dans les branches fleuries sous un concert de piaf, me donne l'envie d'écouter ces 8min dantesques d'Ummaguma côté studio, le cru jamais égalé des Floyd 69. Du coup, après deux passages fidèlement émouvants, je décide d'aller fouiller dans ma boite à trésors pour dénicher quelques vieilleries similaires, rééditions caniculaires comme bande son à mon rocking-chair au soleil torride d'avril.














Le premier et pas des moindres, Bert Jansch ce grand virtuose country folk à la limite du classique (« chambertin »). Nous sommes en 1974, au beau milieu de sa trilogie Charisma records (la vision du rond central des pièces du catalogue Famous charisma est aussi un flash particulier). Charisma, et Bert Jansch ici faisait tâche, noyé autour des dinosaures rock prog que l'on connait. L.A.suround, son envergure indiscutable maintenant, se forge ici sur ces 12 plages décontractées malgré la haute qualité du jeu de guitare et des mélodies. Typiquement 70's, je passe ce disque systématiquement avec 3 premiers passages du chef d'œuvre « fresh as a sweet sunday morning » qui ouvre l'idyllique paysage. Klaus Voorman est à la basse, Red Rhodes à la pedal steel, l'histoire s'écrit avec une grande fraîcheur, une pause de pureté partagée à l'époque avec Nick Drake. Ben Chasny en élève a dû être injecté à cette époque.


Bert Jansch 1974 « L.A.Turnaround ». label : the famous charisma (réédition EMI 2009)












Beaucoup plus discret, quasiment introuvable (première édition en 2009) Don Crawford s'inscrit avec sa trilogie à lui, dans la lignée de Bert Jansch en moins virtuose. La voix est assez proche avec une pointe crooner Sinatra en plus, le style aussi avec une onde psyché en plus (l'orgue de Fredman y est pour quelque chose). Le champêtre est là, le rural torride et la pochette jumelle. Nous sommes en 1971 et aussi dans les contrées de Nick Drake. « my daddy gave me wings of wax » est le sommet. Ce disque est abrité par un label exclusivement réservé aux rééditions, Wounded bird records, inépuisable.


Don Crawford 1971 « Would you understand my nakedness? » label : wounded bird.








On remonte dans les hautes sphères de la renommée avec « One man dog » qui n'est pas un grand classique de James Taylor, mais que la discrétion oubliette n'a rien pour me déplaire. La voix est plus nasale, le style plus Crosby Still & Nash, la pochette dans la même lignée aussi. Un peu moins tendu, hyper sympa à l'oreille, cette fournée 72 est plus pop que les deux précédents, James Taylor sort alors de son unique expérience Apple 1969 où il arboré une jolie tronche Cabrel 70's sur son premier album éponyme hébergé par les Beatles.

Un peu loin du génie Jansch, ça swing un peu plus avec un brin de soul dans le chant, c'est juste un disque cool qui colle au transat cuit du soleil printanier.



James Taylor 1972 « One man dog » label : warner bros








La trilogie printanière d'alors se termine par une envie folle de repasser encore une fois « fresh as a sweet sunday morning » de Bert Jansch, je m'en lasse pas, je suis accroc, et la boucle est bouclée... une autre étape de la mission « à la recherche de Nick Drake »..ou d'un autre "granchester meadows".

vendredi 8 avril 2011

Timber timbre


L'esprit d'Elvis s'est emparé du corps de Taylor Kirk. Des vapeurs crooner au timbre king se colle à un certain comportement déhanché baroque, comme si Findlay Brown que j'adore, s'emparait de l'œuvre de Flotation toy warning sous des cieux introvertis.

Nous lisons un doux-dingue mélange d'époques à travers une épopée fantasque pop digne des plus rêveuses évaporations de Patrick Watson ou Chris Garneau. Timber Timbre, c'est un parcours un poil atypique, puisqu'il laisse sa pop rustique Lo-Fi chez Morr music, d'obédience électro-pop moderne, pour Full time hobby, d'emballage traditionnel brut.

Full time hobby mine de rien s'accapare, et Timber timbre crée désormais auprès de Micah P Hinson en compagnie des nouveaux saboteurs. En fond de paysage de « Creep on creepin'on », Colin Stetson (omniprésent sur le disque) souffle à nouveau dans son organe cuprifère, comme une transition populaire à son chef d'œuvre enfoui dans l'invisibilité. Mariés au piano protagoniste de Taylor, les cuivres s'épanouissent comme jamais. Planent une touche psychédélique du king halluciné et une certaine rêverie pop en bande-son fantastique, comme un stage musical chez Owen Palett (présent ici), et The Coral.

Passionnément rétro-sophistiquée, innovante et déroutante, l'œuvre barrée du trio emmenée par Taylor Kirk rassure dans son intemporalité, son génie et sa vision des belles choses embarquées à quelques mètres du sol. Si quelques plages paraissent expérimentales, « Creep on creepin'on » version violette (c'est ma version d'acquisition à moi, le disque est sorti sous trois colories, pourpre, verte et grise) reste un album concept puissant (tout pour me plaire donc).

Elvis, arrête de faire le con, sors de cette belle âme qui n'arrête pas de bourgeonner ses racines en arbre arc-en-ciel. Déjà, en 2010, Timber timbre avait lancé les hostilités loin de morr music, et l'on ne pensait pas qu'il pourrait transcender cet effort plus haut encore. C'est chose faite avec cette variante 2011 (très prolifique donc) qui semble se présenter comme un prétendant à l'apogée des disques pop baroques concepts si rares.


Timber timbre 2011 « Creep on creepin'on » label : full time hobby


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http://www.fulltimehobby.co.uk/


http://www.timbertimbre.com/


échelle de richter : 8,4


support : cd violet


après 3 écoutes


.quand :on aime : elvispresley; owen palett; patrick watson



chronique multi-média ICI

mercredi 6 avril 2011

The kills


Le mellotron de Roxy music 1972 sonne comme une idée inspirée. Du coup, Jamie « hotel » Hince qui l'écoute en boucle, s'y met, et sur d'autres instruments par la même occasion. Il faut dire, qu'il passe de longs moments à étudier l'album en chantier. La disponibilité d'Alison « VV » Mosshart en cavale chez les Dead Weather laisse à désirer. Du coup, le disque est cogiter, étudié et approfondi et différent des précédents.


« satellite » percute lourdement comme un hymne rock planétaire. « DNA » en habit ultra orangé pas moins, et même plus encore, déguisé en gimmick ZZ Top chanté par Patti Smith. La nouvelle fournée de The kills est tubesque. Après la claque Black Joe Lewis, il fallait une transition à la brûlure.

« Blood pressure » sous ses airs rock décadent plus blues que jamais, est donc une étape élaborée et travaillée du couple séparément soudé. Une espèce d'osmose en pointillés, de cohérence se dégagent de ce disque, le quatrième, avec un côté plus sophistiqué, et très décontracté à la fois. Une intelligence pop remplace les précédentes obscurités No wow » par exemple), euphorisée d'esprit rock qui suce son venin dans le Velvet, et Candy devient Baby. Ce disque passe du côté hit-rock comme a pu l'être le très controversé « Welcome to the monkey house » des Dandy Wharols à l'époque où l'on attendait d'eux une autre cavalcade « get off ». « wild arms », pause Lennon à lui, « the last goodbye » sa pause Nico à elle, habillée pour le coup d'un voile Sparklehorse avec en bonus une envolée vocale qui devrait calmer pas mal de prétendante (ou perdantes; eh ouaih tjrs la nausée avec Calvi) ...


Ce disque est excellent, sans changer le cours des choses, comme tout bon disque rock. Moins garage, moins rugueux, plus chanson, The kills, maintenant que les White Stripes ne sont plus, tient le flambeau couple-rock le plus fort de la scène rock.« Seven army » en 2003 sonnait l'hallali pour le rouge et blanc, et la naissance de The kills. Ils sont désormais libres de toute concurrence.


The kills 2011 « Blood pressure » label : domino





échelle de richter : 7,8

support : prêt

après 2 écoutes


quand on aime : dead weather; velvet underground; ultra orange...

CHRONIQUE MULTI-MEDIA ICI


lundi 4 avril 2011

Black Joe Lewis


Peu de prise à court sûr dans le Public Hi-Fi studio d'Austin, de l'instantannée. Une urgence scandaleusement sexy s'est emparée de Black Joe Lewis. Sur lost highway sort une pause torride, une colossale récréation live, concise, efficace.

Tous les morceaux font 3 minutes, les cuivres suent, la voix hurle, les guitares ont chauds. Nous sommes dans les contrées de Bob Seger, Raphael Saadiq, Robert Cray.


Du jerk, du boogie, de la soul et du funk, du blues à forte dose, à la frontière de tout ça avec un poil de punk en sus. Plus Stax que Motown, le front perle et le palpitant débloque. La nervosité tient le disque très local à bout de bras, une grosse pastille de guronsan rural.


Joe Lewis peut aussi bien prendre la voix de John Mayall ballad of jimmy tanks ») que celle de James Brown. Entre parenthèse, j'écris cette chronique en pleine lecture de « Life » de Keef... bande son idéale.. quel disque, quel bouquin. « livin ' in the jungle » attaque sur les chapeaux de roues et je défaille sur « you been lyin ' »...


La température caniculaire record du 1er avril n'est pas un poisson... c'est grace à Black Joe Lewis.


Black Joe Lewis 2011 « Scandalous » label : lost highway





échelle de richter : 8,2

support cd

après 3 écoutes


quand on aime : james brown; robert cray; john mayall; bob seger; raphael saadiq...


dimanche 3 avril 2011

Philippe Poirier



Dominique A était présent sur « Qu'est ce qui m'a pris », la cuvée 2004 de Philippe Poirier. Ce n'est pas un hasard, car la musique de Dominique A, comme celle de Philippe Poirier est jazzy métissée de eighties. D'ailleurs, ça me fait cogiter sur l'énorme paradoxe qui me hante depuis que mes oreilles oreillent: Dominique A d'obédience 80's est quand même l'outrecuidance de toutes mes chimères alors que je m'introduis à peine dans cette décennie musicale synthétique qui m'a hérissée pendant tant de temps et qui n'est toujours pas dans mes préférences. Comment imaginer sur « gouvernance », que c'est Philippe Poirier qui ait composé et pas Dominique A ? C'est une intersection, une rencontre qui coule de source. Parole et chant de Dominique A, le reste c'est Philippe Poirier, une logique implacable.




Un grande famille donc. D'autant plus que « Qu'est ce qui m'a pris » est hébergé chez microbe d'alors, et la pochette dessinée par Fabio Viscogliosi, de la même écurie, sous laquelle il a sorti deux albums formidables que je passe toujours avec la même émotion. Depuis, les tuiles microbe se sont envolées, Dominique A dilue son jazz Remué vertigineusement introverti dans un esprit eighties plus franc (« la musique ») ou plus acoustique L'horizon »). Quant à Philippe Poirier, il sort sept ans après un album eighties métissé de jazz chez Herzfzld. Son fils est le Roméo de Romeo &Sarah, disque époustouflant sorti sous les nouvelles tuiles strasbourgeoises. D'ailleurs Romeo à le physique de Philippe, qui lui ressemble beaucoup à Rodolphe Burger. Seul point commun au blues man abyssale qui partagea avec lui les heures de gloire de Kat Onoma. Une grande famille donc, des verts, des plus murs, des bons, des artistes qui œuvrent pour la même cause, ceux qui se cachent pour émouvoir irréversiblement.


Ce nouvel album me rappelle un super disque très proche de celui-ci, sorti en 2002 chez un autre label disparu Derniere bande, le refuge des restes du Kat Onoma. Une collaboration avec Stefan Shneider, l'électronicien de To rococo rot, ou septembre collective. Un complément, un disque important pour la nouvelle carrière de Philippe Poirier.


Philippe Poirier, c'est plus le clavier et le vent que la guitare .. des cuivres en ligne de conduite, assisté de Jérôme Bensoussan, aussi dépression ventilée de Dominique A quand il scrute l'Horizon. Il y a surtout Dominique Brusson aux manettes, autre point commun.

S'ajoute à cela une once d'expérimentation sonore, une voix monocorde, une certaine modernité qui rappelle celle de Mobiil, le groupe disparu d'Olivier Mellano (aussi guitariste de Dominique A). « il » est un sommet de mélancolie jazz électro-ambiant jazz, à mi chemin entre Dominuqe A et Robert Wyatt. « les triangles allongés » envoie directement sur les pistes torturées et sophistiquées d'Oslo Telescopic (très très grande famille donc). Le fils est là pour les effets sur « les minces ».


Un disque indispensable, un invité de choix d'une autre génération chez les jeunes herbes folles du label qui monte assurément. Un artiste au cv impressionnant, dessinateur, auteur compositeur interprète, multi instrumentiste, et cinéaste de court métrages.




Philippe Poirier 2011 « Les triangles allongés » label : herzfeld






échelle de richter : 8,3

support cd

après 4 écoutes


quand on aime : fred poulet; julien baer; dominique a; marc gauvin; Oslo telescopic; marcel kanche; mobiil ..