lundi 31 janvier 2011

Chuck Jackson / Elvis Presley : "Any day now"







Après ma pause Al Green, en fouillant un peu mes archives, je suis tombé sur MA chanson préférée d'Elvis via l'original de 1962 par Chuck Jackson.. Burt Bucharach à l'écriture et Elvis à la reprise, dans un élan orchestral qui me fait fondre (un même orchestre, un même esprit vibre sur l'album de Findlay Brown 2010, un des plus beau de l'année). Et puis avec Presley, il y a la pause crooner-lyrique en plein milieu, comme dans "Suspicious mind".
En face B de "Elvis from Memphis" 1969, et aussi en face B de "In the Ghetto", ce morceau est coincé quelquepart dans le subconscient cérémonieux qui rend vulnérable.
échelle de Richter : inclassable
source : location (double réédition deluxe Elvis from Memphis 1969) + vinyle original
après mille écoutes


dimanche 30 janvier 2011

Sélection dominicale.





Retour sur les terres de l'oncle Sam, pour un break dominical. Pas très bavard, voici en très bref mon choix de disque d'hier et d'aujourd'hui, qui coulent depuis que le soleil a accompagné mon premier expresso ce matin:

Amos Lee 2010 « mission bell ». gros disque à tubes, imparable, agréable à souhait pour un dimanche matin ensoleillé. Petit air Calexico pour ce morceau.
http://amoslee.com/
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Bobby Bazini 2010 « better in time ». Superbe voix, proche d'Amos Lee...Ben Harper, Ray Lamontagne..et plein d'autres.
http://www.bobbybazini.com/

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.Ray Lamontagne and the pariah dogs 2010 « god willin'&the creek don't rise »..obligé après un tel disque d'aller vers la source et vers un ami blogueur (chouchou de Francky et pour moi son meilleur disque).
http://www.raylamontagne.com/

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Anders Osborne 2010 « american patchwork ». Look entre Bonnie "Prince" Billy et ZZ Top..et bien la musique c'est un peu les trois d'avant et ZZ Top en plus.
http://www.andersosborne.com/
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.Bravo Johnson 2010 "come tatse the sun" ..terriblement Neil Young, première écoute, n
ouveauté, gros disque..cela mériterait une chronique, mais je suis avachi et peu bavard.
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Gregg Allman 2011 « low country blues ». Un grand blues man assez méconnu ici, avec un album country et une voix à la Stevie Ray Vaughan.
Encore un disque produit par T Bone burnett..et ça se sent.

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.The Jayhawks 1992 « hoolywood tawn hall ». Direction grand classique country/rock alternatif réédité ces jours derniers. Une sorte d'assurance discographique.


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Al Green 1973 « call me »..pour finir le jour le plus vide de la semaine en beauté, en même temps le soleil de ce matin se couche..fête ?? intimité ?? chaleur pour compenser ?? Al Green qui en 1977, écrit un album superbe «The belle » à sa compagne pour lui annoncer qu'
il va devenir pasteur.
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Leonard Cohen 2009 "songs from the road" ..Un petit dernier pour la route, histoire de revenir au crépuscule bien installé, au socle, à la perfection.
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Tous ces disques sont très recommandés quand on veut laisser couler une journée d'hiver en oisif, posé (avachi) sur le canapé (euh le rocking chair) avec plein de fanzines et de caféine.


vendredi 28 janvier 2011

Stranded Horse







Prenons la poudre d'escampette, après cette pause d'humeur fuyante, quittons le tumulte et partons pour un tendre asile, un doux refuge. Un délicat filet d'eau dans une lande inhabitée en capillaire, se dirige vers la Manche vert de sable laiteux. Yann Tambour lui aussi a quitté le tumulte il y a quelques années, laissant son word spoken urbain sur l'asphalte.






Et pourtant « Encre » 2001 et « Flux » 2004 étaient venus apporter un air neuf dans la « rap ». La crudité, la violence froide claquaient un son unique digne du collectif fou et bouillonnant clapping musique qui l'hébergeait à l'époque.
Quelque chose s'est passé après ce flux terrible..un concert à l'Elysée Montmartre avec sa contrebassiste, une disponibilité chaleureuse (même si c'est en mail), son concert à Nantes dans ma boite aux lettres..et puis l'effacement.








En 2006, on voit apparaître Encre discrètement sur le label maintenant disparu intr-version. Quel catalogue !, quelle voisinage fou avec Constellation !!, quelle disparition injuste !!!. Ceci dit, un ep « Encre à kora » sort en édition très limitée (un objet rare et précieux) dans un minimalisme qui rompt totalement avec ses travaux précédents, à l'image de sa fuite vers le naturel. Issu de l'Ircam (comme Emilie Simon), Yann a une vision de la musique très particulière, absolue dans le dépouillement et la restitution transcendantale. C'est sur miasmah records (autre corne d'abondance musicale) qu'on le repère avec PlexusII et une kora en boucle, répétitive à souhait, presque abstraite (conjuguer la tradition et l'expérimentation... pas donné à tout le monde). Intr-version et Miasmah, après son succès initial, il fallait oser, être fou, comme pour mieux réapparaître.






En 2007, Yann Tambour réapparait, toujours avec sa Kora (uniquement), mais sous le nom de Thee Stranded Horse. « Chuming strides » est alors un bouleversant disque de folk inattendu, avec une voix différente et une collection de chansons paralysantes....comme si M.Ward des débuts chantaient avec cette douce harpe africaine. Et « so goes the pusle » semble chanter un couplet de « mercy street » de Gabriel; « Le sel » nous embarquait dans son nouveau paysage à pleurer....



Le grand retour de Stranded Horse (sans le Thee), avec un peu plus de monde, encore plus loin dans le recueillement, plus loin dans les dunes hors-saison à travers lesquelles personnes ne erre. La présence du violon ajoute à tout cela, c'est sûr.
Deux titres en français et on retrouve au loin son timbre du début : « les axes déréglés », comme une explication à sa dérobade, un murmure acoustique engourdi par la beauté des choses. Il y a aussi la présence du grand maître Sissoko (qui vient de sortir un superbe disque chez NoFormat!).
Il y a le silence, l'invocation, la supplication, celle de retourner à l'essentiel, faire table rase du superflu. Fertile à souhait, « Humbling tides » dépasse toutes les compromissions, une cure de fraîcheur, une pluie lustrale de cordes sèches, une résonance parfaite en réponse au vent qui souffle entre les dunes.

Stranded Horse 2011 « humbling tides » label : talitres.

http://www.talitres.com/
http://www.theestrandedhorse.com/
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sur l'échelle de Richter : 8,9
source : cd
après 3 écoutes


Anna Calvi


Dithyrambique, unanime, véritable ras de marée.... Sans avoir écouté l'album, je jette ma deuxième chronique sourde. La première avec Andrew Bird , avait déclenché chez moi le côté fétichiste assuré, ici c'est une autre histoire.
Je lis énormément de choses sur Anna Calvi, disque du mois partout, débats houleux sur la toile, renommée culturelle avant même d'être sorti. Les médias partent à l'assaut des ventes, les blogueurs eux ont plus de recul. Même Tsugi lâche la larme...VoxPop, Magic!, Rolling Stones... au tour de Rock 'n'Folk (magazine que je vénère) et la fidèle apparition gastrique des chroniques N.Ungemuth (pour lui REM sont des nains, et « Le Noise » le pire album 2010...y'en a une tonne comme ça résumé dans un bouquin..il parait).
Un bouquet d'étiquettes est à disposition pour cette artiste anglaise qui doit effectivement avoir beaucoup de talent. R'n'F pour défendre ce grand disque, en brûle quelques unes. Ainsi PJ Harvey est une artiste à la « sécheresse récurrente », Buckley un pleurnichard et Siouxsie des guignols. C'est ici juste un avant goût de ses compétences aigries strictement provocatrices. Rétro, poussiéreuse, sa liste d'artistes allergisants est en fait l'inventaire de ceux qui ont fait l'histoire de la musique des 70's; 80's; 90's et 00's.
Frileux d'écouter un disque plébiscité avant l'heure (alors que je suis persuadé qu'il est très bon)..N.U achève et injecte le dégout. Pour une fois qu'il aime une artiste, c'est pour mieux en laminer dix autres.

Un billet riposte sur Le Noise que j'ai envoyé pour le courrier R'n'F (mon fidèle mensuel depuis que j'ai 15 ans) et pas diffusé, j'auto-publie donc ce billet négatif, qui va à l'encontre de mes convictions (ne se pencher que sur les disques que l'on aime, et on est pas dans le monde de Oui-oui).
Anna Calvi, j'attends que ça décante un peu alentours pour me procurer cet opus... on est pas aux pièces.
Je garde le souvenir de la présentation de cette artiste par Mme Pastel qui possède tout le charme nécessaire à la découverte de tels talents. Anna Calvi chez Mme Pastel, c'était il y a six mois, ici et . Un petit retour en arrière pour oublier N.U.

mercredi 26 janvier 2011

Iron & Wine


Passé chez 4AD, le son de Iron & Wine est sophistiqué, un virage donc, Sam Bean a laissé sa pop pataude chez Sub Pop. Découvert en 2004 avec « our endless numbered days » je suis resté légèrement sur ma fin, attendant l’étincelle (que les média suggéraient sans cesse), jusqu’à « Shepherd’s dog » inclus. Les disques enquillés, pas mauvais du tout, manquaient ainsi de charisme, la barbe Bonnie « Prince »Billy n’y changeant rien. « Kiss each other clean » est une belle surprise et peut donc réconcilier avec cette nouvelle fraîcheur musicale, cette belle enveloppe sonore qui du coup met en valeur ses mélodies requinquées.
Seul hic, les chœurs comme l’a si bien remarqué Blake (toujours un temps d’avance et plus alerte que moi..je reste d’accord avec sa comparaison à Paul Simon). En ce qui me concerne c’est exactement là qu’il perd ce qu’il a gagné en qualité sonore…un peu comme l’effet bloquant des chœurs sur Syd Matters 2010. Cela devait arriver, à force de transcender la supercherie Animal Collective (des derniers disques), on se retrouve avec des influences tra la la un peu partout.
Ceci dit, « Kiss each other clean » à l'image de la superbe pochette est un album qui compte en cette rentrée 2011 et "rabbit will run" et "brother in love" sont des petits bijoux de folk moderne.

Iron & Wine 2011 « kiss each other clean » label : 4AD
Version multimédia (3 vidéos) ici

mardi 25 janvier 2011

Les Marquises



Un poil à la bourre, je prends enfin le temps de parler du groupe Franco-américain Les Marquises.

Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui m’accompagnent sur les sentes gris, torturés et brumeux de mes dérives solitaires. Recroquevillé dans mes abysses récurrentes, je cherche en permanence la bande son qui pourrait coller à ces errances de chien battu. Les Marquises sont dorénavant calés sur Hood et Crescent, mes camarades sonores habituels de cette cohérence mélancolique. Quel disque, quelle violence froide sous un ciel plombé de jazz dégingandé et de noirceur habitée. La différence pour « Lost lost lost », c’est que les ondes qui s'en échappe ne sont pas aussi minimales et décharnées que les deux entités marginales précédentes (hood et crescent), le son décuplé est vertigineux, cuivré et puissant. Par moment on est sur quelques mêmes brides d'onde que Dominique A (et la batterie de Sacha Toorop) quand il errait son vague à l'âme profond sur Remué.

Ils sont un paquet les frenshies a teinter leur pop de jazz : Don Nino dont on a plus de nouvelle mais qui a laissé derrière lui trois formidables albumsreal seasons make reasons » la révélation; « on the bright scale » et « mentors menteurs! ») ; NLF3, plus gai, plus ludique ; Manuel Bienvenu avec une apparition époustouflante chez Asphalt Duchess elephant home » en 2005) mais expatrié depuis au Japon bring me the head of MB » est sorti dans la discrétion la plus total en 2008, et ici cette année seulement sur db records).
Beaucoup trop de Radiohead dans les étiquettes (plutot Eraser de T.Yorke comme le souligne très bien hop-blog) ici et là, plutôt Robert Wyatt ou Berg Sans Nipple… « Lost lost lost » affiche une ambitieuse envolée expérimentale musclée de très haute qualité, revigorée par le CV des trois garçons.
Je me retrouve totalement dans l'univers sombre et jazz de Hood. Les Marquises, désormais nouvelle compagnie d'égarement.

Les Marquises 2010 « lost lost lost » label : lost recordings

http://www.lesmarquises.net/

L'intégralité (ou presque) des clips de l'album sur la chronique multi-média ici.

quand on aime : Hood; Crescent; Don Nino; berg sans nipple

superbement chroniqué chez "la musique à papa", sans étiquette ni comparatif.

lundi 24 janvier 2011

Terry Callier / Duncan Browne .... Nick Drake




Autre aparté, autre chaise, le royaume uni cette fois-ci, Duncan Browne. « Give me take you » est sur toutes les lèvres, mais c'est son opus de 1971 qui me chipe un peu de temps en cette fin de journée hivernale humide. On pourrait appeler cela « à la recherche de Nick Drake ». La poésie est la même, le jeu de guitare, le vague à l'âme, juste la voix un poil plus haut perchée. Quelle époque, quel folk, quel artiste disparu très tôt lui aussi. Petite mélancolie classique pop britannique tellement
profonde, tellement rare. « Cast no shadow » le point culminant coincé entre Drake donc et Chris DeBurg.

Un autre disque qui appelle à Nick Drake, même époque, totalement à l'opposé du timbre vocal de D.Browne et de sa culture, mais la même façon d'aborder le folk dans sa plus belle quintessence. « Dancing girl » sur l'album « What Color is Love » 1972 fracasse toutes les rotules. Il débute sur la même poésie lacrymale que « magic » ou « river man ». Puis l'orchestre fait son apparition au bout de quatre minutes...et c'est Axelrod qui est convoqué pour enflammer ce folk bouleversant. Terry Callier devant l'insuccès de son travail est retourné à l'informatique, son métier officiel avant d'être à nouveau sollicité dans les années 80.

Duncan Browne 1971 "Duancan browne"
Terry Callier 1972 "what color is love"
Nick Drake 2004 "Made to love magic"



T Bone Burnett



Puisque nous sommes dans le coin, voici trois albums plus calmes aux écoutes rocking-chair. Le point commun des trois disques des vastes plaines, c'est T-Bone Burnett et sa formidable vision de l'americana. Ce cow-boy aux lunettes noires a sorti en 2008 sur Nonesuch, un formidable cru cuivré, country blues rock, relevé, lancinant de très haute tenue. « Tooth of crime » reste pour moi la crème délicieuse de sa grande carrière qu'on ne défend plus. Marc Ribot est à la guitare. « the slowdown » claque au galop et dompte les cuivres graves qui tournent autour des harmonies vocales comme un vieux jazz de cabaret. Un sommet. Je défie quiconque de ne pas sombrer stupidement sur « kill zone », douce balade bourrée de glucose aux airs de Jeff Lynne, Tom Petty voire George Harrsson (bah oui les travelling wilburys). Mine de rien, cet album reste assez expérimental, et quelques morceaux dérivent et partent dans des nappes sonores et vocales étonnantes " telepresence (make the metal scream)". T Bone Burnett 2008 "Tooth of crime" label : nonesuch 9/10


T-Bone Burnett c'est aussi et surtout un gros producteur de qualité. « The Union », cette année est passé un poil dans les oubliettes. Et pourtant ce trio sublime était sur le papier assez casse-gueule. Oui mais voilà, TBB est derrière, gère et contrôles les papis poussifs. Elton John, Leon Russell et Bernie Taupin. Évidemment ils sont là avec leurs petites touches perso, et on retrouve Elton John, comme on a pas entendu depuis longtemps. Après avoir hésité pas mal de temps et abordé cet opus avec un apriori, je me suis posé littéralement sur mon rocking-chair pour savourer cette grande réunion...retrouvant entre autre quelques émotions des début de carrière du pianiste à lunettes (Honky chateau, Goodbye yellow brick road et surtout Elton John 1970). Pochette musée grévin certes, mais Marc Ribot est à nouveau à la guitare, une apparition de Neil Young à la voix sur la plus belle chanson de l'album « gone to shiloh ».... « The union » est un moment plus qu'agréable.
Elton John / Leon Russell 2010 "The union" label : mercury 8/10


Enfin, petit disque anodin, sympathique, qui se laisse écouter toujours sur la chaise à bascule, Ryan Bingham & the dead horses. Sa particularité, c'est d'être jeune, hébergé chez Lost Highway (copain de chambre de Ryan Adams) , de chanter comme Steve Earle et Springsteen (je vous avez prévenu, c'est l'Amérique)... et produit par T-Bone Burnett.
Ryan Bingham & the dead horses 2010 "Junky star" label : lost highway 6,5/10

Wanda Jackson


Mon ainée de 15 ans découvre Elvis (via viva Elvis) dont elle est folle comme s'il aurait pu être un jour le beau père de Michael. Qu'à cela ne tienne, je riposte avec Wanda et pose sa résurection sur ma platine.
Bon d'accord, la moumoute est laquée, le dentier bien fixé, l'arthrose définitive, le CV au fond de la gaine, la niac d'Anny Cordy qui veut toujours y croire, les franges du king sous le bras qu'on dirait une descente de biceps, mais Wanda Jackson est là, debout, elle balance, mémère envoie le bois.
Ce disque est noir de monde, tout d'abord les conseils de Bob Dylan comme une injection de botox ou en soin palliatif, il y a le percussionniste des Morning Jacket, Carl Broemel, et surtout Jack White à la guitare et aux manettes (merde il les lui faut toutes ).
Quel disque, quelle fureur, la queen of rockabilly assure un max. On y croit, on est dedans, on s'amuse comme eux, et la voix d'Elvis rappelle à l'ordre des choses. Elle porte le string de Whinehouse et sa version est plus belle encore, plus alcoolisée. Il y a tout ça dedans, plein de cuivres, un lourd passé une tradition grasse et tenace. Les yeux sont toujours aussi beaux, la rockabilly attitude intacte, le son est très bon, un disque pour rien, mais très bon à passer à fond sur sa départementale défoncée, décapoté, Rayban et Stetson.... vivement le printemps.
Ménopausée ou pas, l'organe est là, rock, burné et buriné, la retraite à 60 ans dans les boots, et comme dirait l'autre « the party ain't over ».
N'ayez pas peur du cliché, c'est très très bon.. désolé.




Wanda Jackson 2011 "the party ain't over" . label: nonesuch





jeudi 20 janvier 2011

Wire




Il est temps, après ma longue flottaison drone planante expérimentale, de revenir dans le « monde des vivants », que les semelles recollent à la terre ferme.

« Red barked tree» c’est un peu redéfinir l’essence même de Wire et une synthèse de leur longue carrière. Retrouver la vitesse d’origine, l’urgence tout en y apportant l’accalmie pop, le son moderne de l’escapade Githead, créé sur le label de Colin Newman Swim, et le rock tonitruant du retour 2003. « Object 47 » en 2008 avait laissé le groupe sur un son propre, une écoute facile pour un disque présentable. Ce cru 2011 renoue avec la tension grandiloquente qui a fait la marque de fabrique du séisme musical exploité pour eux, entre 77 et 79. L’esprit punk venait alors mater le mouvement hippie mourant et le glam rock foisonnant.
« two minutes » et « moreover » sont des sommets de rage déjà lâchée généreusement sur « read & burn » et son équivalent lp «Send » . Le groupe revenait à la vitesse d'une comète sans Bruce Gilbert.
La mutation consommée, Wire accouche d'un travail décontracté avec tout le patrimoine dans la besace. Et c’est très bon, indie, rock, punk, pop, et l’art de Colin Newman, ainsi que sa voix, touchent à la perfection.
« ivre sans temps mort, jouir sans entrave » suinte à nouveau dans ce disque merveilleusement emballé. Concis et propre, brûlant et maîtrisé, « Red barked tree» est un aboutissement, un grand cru, le disque idéal pour revenir sur terre.





J'ai découvert Wire avec "154", (sortie en 1979 et prété fin 90's (eh oui si tard) par Rodg), la dernière pièce d'une trilogie inaugurale aux guitares distordues, à l'esprit punk surpassant The Clash ou Sex Pistol (dans la qualité des morceaux). Cette musique effrénée était alors nouvelle pour moi et m'a initié à la cold wave, au punk, les autres ont suivi. Wire redécouvert avec plus de hargne quelques années plus tard avec « Send » et « Read & burn » 2003..et là c'est la révélation, l'injection des anticorps grâce auxquels je peux écouter dorénavant toute cette culture rageuse et urgente. Une vitesse à couper le souffle (morceaux entre 1.50 et 3 min maximum) et un son de guitare métallurgique. Immédiatement Githead en 2005 embraye sur un son et une ligne de basse que j'adore, torride et chaloupée. « Profile » passe en boucle avec un zoom spécial sur « raining down », puis « alpha », « cosmology for beginners » et « they are » (les autres albums de Githead sont nettement moins bons). Voilà pourquoi en l'espace de deux jours et quatre écoutes (la cinquième en ce moment), je suis tombé complètement accroc à « Red barked tree » dans son ensemble, un espèce d'aggloméré de tout ça. Un chef d'œuvre....et si on commençait le top 2011 rubrique rock ?

Wire 2011 "Red barked tree" label : pink flag.
http://www.pinkflag.com/

Chronique multi-média (5 vidéos) ici.

mardi 18 janvier 2011

Machinefabriek



Je vous donne des nouvelles de mon plasticien sonore préféré Rutger Zuydervelt alias Machinefabriek. On ne reste pas quelques mois sans en avoir de ses nouvelles. Peut être le plus prolifique, le plus discret aussi, il reste présent dans les bacs quelque soit la date d'enregistrement de chacun de ses paysages.
Machinefabriek se promène sur plusieurs label à la fois, un parcours labyrinthique. Il suffit juste pour suivre sa discographie d'aller se réfugier sur son site officiel, véritable organigramme.
En attendant, une texture convoque le souffle et la résonance sur 4 plages enregistrées live de 2006 à 2007. A l'origine, « Voeld » est sorti en 2008 sur srasounds. Il est ici réédité sur cold spring avec un morceau en plus « drijfzand » (qui aurait sa place dans la BO de « Dune ») pour 74 minutes de vol minimal où rien ne bouge, dans un calme absolu, un rêve sonore idéal, comme un massage cérébral.

Sur Home normal, il est associé au clarinettiste Gareth Davis, pour un trip aussi recroquevillé, abyssal : "Drape". Ce sont ici les cuivres de Davis avalés par l'apesanteur qui anime le vertige de Rutger. Une maîtrise extrême à peine croyable, un vol inespéré à boire sans retenu sur son canapé quand on à le vertige, quand on est claustro, frileux et paresseux.

Si Scott Tuma mordait la poussière, Barn Owl flânait dans la stratosphère. Machinefabriek lui est bien plus haut, très très loin, un espèce de paradis auditif irréversible loin de l'attraction terrestre. Et pourtant on en revient et on en redemande. Très recommandé pour qui aime l'infiniment grand, ou l'infiniment petit.


Machinefabriek 2010 "Vloed" label : cold spring
Machinefabriek & Gareth Davis 2010 "drape" label : home normal

Scott Tuma



Un long silence de 2 minutes vient mettre fin à une demi-heure d’instrumentaux troubles, avant d’entamer une messe en portugais de 18 minutes. Ainsi, une relique sonore lusitanienne ajoute à l’émotion nébuleuse qui règne tout au long du disque, un orgue, des chants, une voix qui célèbre et on ressort groggy sur trois bonus offrant la même turbidité.
J’ai déjà parler de Scott Tuma dans ces pages. Aussi, le même engourdissement inonde ces ondes comateuses. Un rêve vaporeux fidèle aux paysages folk cramés de l’auteur. Une toxicité caniculaire dilate les arpèges du banjo. Un semblant d’urbanisme tente de percer, mais les vents solaires ensablés et remplis d’insectes sont plus forts encore. Il faut s'abriter et attendre, en écoutant, en espérant l'accalmie.
Barn Owl a quitté Digitalis industries, Scott Tuma lui habite toujours dans les murs du collectif aliéné.
Très acoustique, il faut attendre « free dirt » pour entendre les cordes se brancher sur le secteur, le cataclysme est proche. Les trois morceaux finaux ajoutés, l'accalmie espérée, sont des duos de guitare sèche et de violon, comme des complaintes douces et pleureuses.

L’année 2010 est aussi, chez Root Strata, la collaboration entre Scott Tuma, Matt Christensen et Mike Weis, sous le nom de Good Stuff House, pour un album intrigant et aussi caniculaire, mais plus acide, plus psychédélique ". Quatre énormes drones industriels suffocants à la merci des âmes en partance pour un voyage immobile, sorti sous 300 exemplaires et que j'ai chopé comme on marque un essai.


Pour résumer le trip et imaginer le voyage, Scott Tuma est un membre de Boxhead Ensemble, groupe expérimental néo-classique (chez atavistic) et les deux autres sont Zelienople (groupe expérimantal ambiant aussi chez digitalis, type et autres).
Scott Tuma 2010 " dandelion" label : digitalis industries
Good Stuff House "endless bummer" label : root strata

dimanche 16 janvier 2011

Barn Owl



Débutons l'année avec fracas sur un drone élégiaque, une cathédrale sonore, un shoegaze électrique brulant à des années lumière de l'écorce terrestre.
Le métal enragé sonne dès la première note « sundown » et envoie l'album directement dans les hautes sphères. Luxuriant, le drone s'allonge en doux vrombissement jusqu'à la pause finger picking familier à Ben Chasny : « cavern hymne ». Courte accalmie puisque le pH regrimpe en flèche sur « flatlands » et le souffle incandescent rebrule les yeux. « twilight » transfère la nappe vers un piano, un autre drone inventé par Keith Jarrett dans ses moments les plus abandonnés, et tout flotte désintégré.
Le planant et le vent musicale allongent les notes et les morceaux, la particularité de Barn Owl est aussi de proposer des plages drone courte avec la même densité : « incantation »(1min30). « light from the mesa » est un final majestueux.
Une très haute dimension s'est emparée de Barn Owl depuis qu'il a posé ses guitares chez Thrill Jockey, un son pastoral, une autre échelle sonore tétanisante, laissant leur profonde intimité invisible chez Digitalis avec « From our mouths a perpetual light » en 2008, ou sur les deux projets solo des deux membres de Barn Owl: « Psychic mud shrine » d'Evan Caminiti 2009, et « Nemcatacoa » de Elm (jon porras). Thrill Jockey innove ici avec l'hébergement de son premier souffle solaire torride et vivifiant.
Barn Owl 2010 "Ancestral star" label : thrill jockey
Chronique Multi-média ici.

jeudi 13 janvier 2011

The Black Heart Procession et autres canassons



Cascadeur, comme les Daft Punk, se coiffent d'un casque de moto pour faire de la musique, Oslo Telescopic quant à eux ont préféré se bander le crâne pour apparaître au grand jour. D'autres dissimulent leurs tètes dans des tronches équestres comme pour arborer d'énormes gueules de bois.
Mes deux petits chevaux de bois préférés sentent effectivement l'alcool fort, la murge et on reprendrait bien un dernier verre avec eux.


Mark Linkous s'est perdu dans l'excès à maintes reprises jusqu'à disparaître en laissant un monument posthume dans le plus grand désordre. Vivant sur la toile, c'est un fois parti très loin que la dernière galette de Sparklehorse est apparue physiquement dans les bacs. « Dark night of the soul » comme une préméditation, laisse un bouquet final extraordinaire en compagnie de l'omniprésent Danger Mouse et d'une pléthore de voix pour une gigantesque réunion artistique. Mais comme pas mal d'aficionados, « It's a wonderful life » fut indéniablement l'incontournable disque de chevet... à l'époque où il dissimulait encore sa calebasse derrière une crinière.

Sparklehorse 2009 « Dark night ofthe soul » label : internet



Encore plus profond dans les abysses ténébreux d'un rock nocturne, Black Heart Procession ont sorti en 2010 leur sixième album et leur retour fracassant chez Temporary Residence (touch and go ont désormais disparu). Je me souviens encore de cet étourdissante apparition en 99 avec « 2 », notre canasson jouait de la trompette, et les chauve-souris rouges voltigeaient sur fond noir. Une voix à faire pâlir Bill Callahan dansant avec un accordéon et une scie.
« Rats » en 2010 a avoiné mon cerveau en rock toxique pour mieux braver le tumulte misanthrope du trafic qui nous plaque, asphyxié. Quelle gueule de bois ce disque, quel retour, quel galop surréaliste. Et pourtant ça débute comme une berceuse pennsylvanienne, tendre et comateuse avec des violons ajoutés. « Wasteland » reprend le flambeau d'un Tom Waits diabolisé. « Witching Stone » calme le jeu avec un morceau pop au gimmick pianistique. « Heaven and Hell » est là à point nommé dissertant sur l'avenir et le passé du groupe. « drugs » encore une berceuse pieuse avec la lenteur d'une nuit sans bruit, ni vent où viennent se ruer quelques cœurs volants, des zèbres fantômes et des lunes anthracites. J'ai le nouveau foin des Black Heart Procession entre les mains, ce retour noctambule m'enchante et me ramène à « 2 » et « three » mes errances d'alors.
Black Heart Procession 2010 « six » label:temporary residence.




Quant au chevaux de pochettes, il y a quelques disques excellents dont lesauteurs n'ont osé se coiffer de crinière mais:
SOY UN CABALLO (excellent folk intime, ouaté, carrefour artistique : melon galia, venus, morning star, high llamas); BOB SEGER et son imparable « against the wind » (mon premier essai peinture en reproduction), Alex Delivery (plus expérimental en son) et The Besnard Lake (le shoegaze pastoral qu'on leur connais) chez Jagjaguwar; Flowers from the man who shot your cousin en 2006 (ruminant eux aussi des balades à l'état pur, proche de Roger Quigley cette fois-ci).
Tous ces disques équestres ont un espace démesuré, et sont absolument recommandés.
Bob Seger 1982 « against the wind » label : colubia.
Alex Delivery 2007 « star destroyer » label : jagjaguwar
The Besnard Lakes 2007 « the besnard lakes are the dark horse » label : jagjaguwar
Flower from the man who shot your cousin 2006 « hapless » label : waterhouse
Soy un Caballo 2006 "soy un caballo" label:matamore