dimanche 30 mars 2008

Anthony Reynolds


Dénigrer toute son œuvre et ses productions passées, faire table rase de tout artifice et toute collaboration, prévoir sa disparition quelques années après la parution de cet album qui deviendrait ainsi son dernier… voilà ce qui pourrait être une « chronique d’une mort annoncée ». Comment peut on habiller un tel désarroi, un compte à rebours létal par de si belles chansons pop, sirupeuses, habillées avec classe, à la production élégante ? En tout cas le sentiment de sa fin annoncée déclenche chez Anthony Reynolds ce qui devra être son plus bel album, comme une renaissance.
Cette collection de pépites pop apaisantes culmine magnifiquement entre Elton John calme au piano et Robbie William dans ses ballades amoureuses. Certes « country girls » et « the disappointed » plongent l’âme dans une mélancolie légère comme savent le faire les crooners quand les violons s’allongent en nappes romantiques. « The hill » est au plus bas des abysses et on se dit que ça y est, la fin est proche. Mais le point final à ce testament musical "song of leaving" comme un bouquet final détonne et pulse comme un morceau de Joe Jackson.
Cet album respire tout sauf cette dérive alcoolique violente et morbide dans laquelle baigne l’artiste depuis quelques années. "British ballads" en apothéose musicale pourrait faire office de conclusion parfaite, comme d’une renaissance artistique. D’ailleurs Reynolds n’avait-il pas annoncé de stopper net sa carrière si l’excellent dernier album des Jack , en collaboration avec son binôme M.Scott, ne marchait pas ? « The end of the way it’s always been » est paru en 2002 comme annonciateur d’un éternel recommencement. Même si le succès commercial ne fut pas au rendez-vous malgré la haute tenue du disque, Anthony est toujours là et reviendra sûrement, réincarné en un autre projet artistique, à nouveau sur un autre label (déjà too pure ; acuarela ; les disques du crépuscule..), sous un autre nom, une autre forme, fantomatique ou pas.
Anthony REYNOLDS 2007 "british ballads" label:spinney

Jakob Olausson


J’ai écouté ce disque pour la première fois lors d’un trajet ferroviaire, au casque, à l’instant même où une pluie battante laissait derrière elle une atmosphère chargée d’humidité. Un soleil de mars radieux jetait ses derniers éclats avant le coucher et jouait avec les gouttelettes de rosée humaine accumulées sur le carreau embué.
Le son idéal pour ce paysage kaléidoscopique et trouble. Les rayons saccadés et découpés par le passage des arbres à grande vitesse jouaient avec cette condensation lourde. Le jeu délicat de cette lumière stroboscopique frappait la rétine dans une transe éblouissante.
Comment résister encore une fois à cette coïncidence de l’image et du son ? Le jeu de guitare de Jakob Olausson sur « silhouette v » flirte avec le psychédélisme d’un Pink Floyd de bord de rivière « Grantchester Meadows ». Des bruitages naturels, des voix doublées et hallucinées, une musicalité de paysage comme sortie du studio d’Ummaguma. Une harmonie artistique instantanée, un raccord unique qu’il est impossible de programmer ou de reproduire tant chaque moment intense où un album touche l’affect à son point le plus sensible tombe miraculeusement de manière opportune. La jubilation d’une combinaison entre l’élément naturel et sa bande son reste un moment unique.
Il est vrai que l’album pris au hasard d’un moment anodin ou d'un instant géographique quelconque peut rebuter voire irriter quand les conditions de la communion ne sont pas réunies. "Moonlight farm" fait parti des disques qu’il faut aller chercher, attendre le moment, la situation rare qui rend l’émotion perméable et le plaisir à son comble.
Dans la lignée très à la mode des disques folk barré « Moonlight Farm », tiré à 800 exemplaires, signe un drone léger qui garde un pied dans le réel. Olausson est un bidouilleur de bande son enregistrée sur 4 pistes et disponible sur CD-R uniquement. C’est le fondateur du label DE STIJL qui offrait, sur l’écoute d’une démo, la possibilité d’enregistrer officiellement son premier album. A l’origine, « Moonlight Farm » est sorti en vinyl en février 2006.
Puisqu’il est mentionné ici comme référence, je voudrais juste avouer un instant l’influence foudroyante, le déclic irréversible de la découverte du double album "Ummaguma" qui devait à jamais ouvrir toutes les portes d’une musique débridée, libre et féconde d’imagination picturale. La musicalité des paysages transposée concrètement en son impressionniste, animalier, fauve, visionnaire, voilé par quelques artifices brumeux ou acides. Précurseur fondamental de musique ambiante psychédélique, je serai sûrement venu à reparler de cette influence floydienne tant elle a ouvert toutes mes portes artistiques.

Jakob OLAUSSON , 2007 "moonlight farm" label : DE STIJL

http://www.destijlrecs.com/




mercredi 19 mars 2008

Tau Emerald


Nous avions laissé Nancy Elizabeth sur les sentes d’un folk boisé, exacerbé par une sensibilité nomade aux traditions celtiques sans pour autant sombrer totalement dans l’irréel. C’est en quittant ces longs chemins dans lesquels viennent s’engouffrer toute la horde de troubadours en vogue que mystérieusement les sous-bois nous happèrent vers des endroits magiques. Deux nymphettes habillées de clochettes (« Stoikite ») nous hypnotisent de leurs chants éthérés. Les cordes sont lancinantes (« Full moon » ; « water divining ») et les flûtes spirituelles (« travellers two » ; « Barrowlands »), la sensibilité musicale distille une poésie d’une extrême fragilité. Envoûtés par les accords acides et le chant animal nous nous enfonçons dans la fougère et la profondeur moite d’une forêt sans age. L’esprit nous guide et nous endort dans une fascination mystique. Un somnambulisme achève d’attirer nos esprits quand les instruments s’effacent devant des voix à capella (« Hebane ») et l’on est plus sûr de retrouver son chemin, avalé par ce monde fantastique où le végétal dessine des visages.
Tara Burke et Sharron Kraus sont les auteurs de ce bivouac artistique fantomatique. A nouveau issu d’une collaboration ponctuelle, ce groupe Tau Emerald endort pour des songes humides, végétaux, chlorophylliens, suaves et acides. Du bois, du vent et des cordes, des voix comme des esprits malandrins pour des âmes dérobées. Et l’on regagne les grands chemins comme par miracle et dépouillé de tout sens commun.
Les deux ménestrels ont un cv artistique assez conséquent, côtoyant les cordes les plus psychédéliques de la musique folk : Jack Rose ; Alexandre Tucker ; Kristian Kieffer ; Christina Carter pour l’ anglaise Sharron Kraus qui œuvre habituellement pour le collectif Australien « Camera obscura ». Quant à la pennsylvanienne Tara Burke, elle n’est autre que Fursaxa, hébergée par ATP records mais aussi sous les ailes merveilleuses de eclipse records, autre label mythique folk dans son côté le plus délirant. L’album est mixer par Jeffrey Alexander, membre des groupes Iditarod et Black forest/black sea.
Toute cette grande famille est là cachée sous les bois à attendre le passage d’une âme curieuse pour venir déguster la moelle des arbres, attiré comme un chant de sirène par deux anges de flûtes et de guitares.
TAU EMERALD 2007 "travellers two" label : important records

lundi 17 mars 2008

Maarten


Normandie, Californie, Rouen ou Modesto, des pôles géographiques opposés pour une réunion musicale au sommet qui convoque une multitude de références. La principale, Grandaddy fermement affichée par la présence de Jason Lytle aux manettes, balayant ainsi la torpeur que nous avions de devoir rester orphelin d’un groupe devenu une référence en peu de temps et que nous savions perdu depuis « Sumday ». La présence fantomatique de Grandaddy chez les Normands est une collaboration inespérée de deux cultures musicales proches, d'une pop terreuse et rurale que l’on sent accablée par une canicule inhabituelle sous nos cieux tempérés, mais tellement en adéquation avec la nonchalance aérée des barbus de Modesto.
Le premier album des Maarten, passé totalement inaperçu « pictures of a danish girl », distillait déjà une pop fraîche et sensible, beaucoup plus chlorophyllienne comme pouvait le laisser deviner la pochette. Une jolie collection de ballades comme savait le faire Eliott Smith ou Nick Drake.
Puis les 4x4 sont arrivés, le soleil plombé est venu balayer l’innocence et alcooliser les ambiances. Même la voix de Wilfried Scheaffer s’est légèrement voilée et les mâchoires se sont épaissies de l’apathie de Lytle. L’esprit rode et la musique est habitée, les instruments et la torpeur sont fournis avec, les idées sonores aussi, l’influence est de taille. On est fou de cette musique qui colle aux tiags, l’ombre des Radar Bros (qui en passant sortent leur disque le plus sombre) et de Sparklehorse nous plombent la silhouette. Jason Lytle aurait t-il pris possession du corps des Maarten pour continuer à exister ?…. Leur premier opus n’était t-il pas déjà sous influence et proposait un terrain favorable à ce jeu d’art croisé s’exprimant de la même façon ? Jason Lytle n’est pas à l’écriture, et pourtant « so lonely » valse aussi mollement qu’une chanson de Sumday ; « sad songs » roule des hanches langoureusement comme dans the sophtware slump ; « a new year » introduit comme « now it’s on » et « your mother should know » fait aussi office de standard Grandaddyien. Les fans de Maarten ou de Grandaddy devraient trouver leur bonheur, l’esprit californien plane chez eux comme l’Arizona des Calexico hante les granges de la Maison Tellier. Métissage divin d'un cow-boy scrutant l'azur des plages normandes, assis sur sa chaise pliante.

En attendant d’essayer de comprendre qui est où et pourquoi, prenons cette réunion artistique au sommet très naturellement, sans encombre car quelque soit l’influence le disque est de haute qualité et la présence miraculeuse du Grandaddy ne pourra qu’apporter à « my favorite sheriff » plus de visibilité chez nos piètres disquaires hexagonaux et être ainsi ranger au plus haut des étagères discographiques, normandes ou pas.

MAARTEN 2007 my favorite sheriff label : boxson
Quand on aime : Maarten; Grandaddy, Sparklehorse, Radar Bros.